Thorens Goumaz Adèle · Nationalrat · 2011-03-14
Thorens Goumaz Adèle · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2011-03-14
Wortprotokoll
"Ecologie industrielle", voici une expression qui commence à peine à être connue en Suisse romande et qui l'est probablement encore moins en Suisse alémanique. C'est pourtant un mot que vous allez entendre de plus en plus souvent, à la fois dans les milieux économiques et dans les milieux favorables à la protection de l'environnement.
L'écologie industrielle n'est pas une idéologie, mais une façon vraiment innovante d'aborder l'économie. Elle comporte une dimension analytique qui vise à décrire les activités économiques en portant une attention particulière aux flux et aux stocks de matières et d'énergie qu'elles impliquent. Ceci permet d'appréhender la manière dont une entreprise, un secteur économique ou une économie donnée exploitent les ressources dont ils disposent. Sur cette base, l'écologie industrielle propose des solutions permettant d'optimiser le flux des matières et de l'énergie dont elle a mis l'existence en lumière, dans le but de mieux gérer les stocks que l'entreprise, le secteur économique ou l'économie étudiée ont à disposition. Car nos ressources sont limitées.
Beaucoup d'entre nous sont aujourd'hui conscients des efforts à réaliser dans le domaine de l'efficacité énergétique. Mais qui se préoccupe de ce que l'on appelle l'efficacité matérielle, c'est-à-dire l'optimisation de l'usage des matériaux? Beaucoup de ressources vitales pour notre économie, comme les métaux, le phosphore ou encore le gravier, existent en quantité limitée et ne sont pas renouvelables. Une des solutions proposées par l'écologie industrielle est la constitution de symbioses industrielles: des entreprises voisines collaborent pour optimiser la gestion de leurs ressources. Le site de Kalundborg au Danemark fut pionnier en la matière: une raffinerie, une centrale électrique, une entreprise de biotechnologie, une usine de panneaux en plâtre et la municipalité locale optimisent leur gestion des différents matériaux - gypse, biomasse, cendre ou encore soufre -, mais aussi du gaz, de l'eau et de la chaleur. Un seul exemple: la même eau est utilisée par les différentes entreprises pour le chauffage, le refroidissement ou le rinçage.
Tout cela peut bien sûr vous sembler exotique, mais sachez que des exemples existent également en Suisse. Le canton de Genève, qui a inscrit les principes de l'écologie industrielle dans sa législation, a créé le projet Ecomat-GE avec des professionnels de la construction. Son but est de ne plus mettre en décharge que la part non valorisable des matériaux de construction. La réutilisation de matériaux minéraux recyclés a été testée sur des chantiers pilotes, et ces nouvelles pratiques sont promues auprès des professionnels de la construction. En 2012, le canton de Genève projette ainsi d'atteindre 85 pour cent de valorisation globale des déchets de chantier sur son territoire.
Le Valais est également très actif. La région de Sierre travaille notamment à un projet d'agglomération éco-industriel pour optimiser la gestion de l'énergie, de la mobilité et des déchets en collaboration avec les entreprises.
Par mon postulat, je demande d'étudier les moyens de généraliser ces bonnes pratiques à l'ensemble de la Suisse. Les entreprises ont souvent besoin d'une intervention externe pour s'engager. Il s'agit principalement de les sensibiliser aux opportunités offertes par l'écologie industrielle et de les mettre en contact les unes avec les autres. Les collectivités publiques ont ainsi un rôle de coordination à jouer. L'écologie industrielle est une discipline très prometteuse dont l'une des vertus est de concilier protection de l'environnement et compétitivité des entreprises.
Dans sa réponse, le Conseil fédéral dit accepter mon postulat à condition qu'il n'implique pas de nouvelles subventions ni de démarches imposées aux entreprises. Cela n'a jamais été mon but. Je soutiens dès lors volontiers la perspective proposée par le Conseil fédéral et vous remercie de bien vouloir suivre le Conseil fédéral en adoptant mon postulat.