Baettig Dominique · Nationalrat · 2011-04-13
Baettig Dominique · Nationalrat · Jura · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2011-04-13
Wortprotokoll
Je ne vais pas répéter ce qui a déjà été dit autant d'un point de vue que d'un autre. Je vais essayer de m'exprimer en tant que simple citoyen, mais passionné de politique, souverainiste, partisan de la démocratie directe. Pour moi, c'est cela la valeur fondamentale, la valeur absolue. Pour moi, la démocratie directe, le droit de référendum et d'initiative sont plus une culture politique que du droit. C'est quelque chose de fondamental auquel il serait extrêmement dangereux de renoncer. Je pense que les droits sont des droits réels, concrets, incarnés. La liberté et le droit s'expriment en tant que citoyen, en tant qu'habitant d'une commune, en tant que canton. C'est dans des communautés réelles, ancrées, enracinées, qu'on a la capacité de définir ce qui est bon pour soi et ce qui ne l'est pas, que la démocratie s'exerce réellement.
Je pense, comme Monsieur Nidegger, que nous avons dans notre pays la chance d'avoir un certain nombre de droits que beaucoup d'autres nous envient, pas simplement en Europe, et je trouve que nous sommes vraiment un peu coquets, un peu snobs de vouloir les limiter ou en tout cas d'en refuser une extension légitime.
De quoi avez-vous peur, Mesdames et Messieurs? Pourquoi avez-vous tellement peur de la population, du peuple, que vous voulez l'empêcher de se prononcer sur des traités internationaux? Les traités internationaux ne sont pas des "peanuts". Il y en a beaucoup, c'est vrai, mais peut-être serait-on obligé d'en signer moins s'il y avait un contrôle populaire et un contrôle démocratique! On devrait aussi mieux expliquer aux gens ce qui se passe; il y aurait moins de méfiance, moins de "parano": qu'est-ce que nos autorités sont en train d'organiser derrière notre dos? Je fais partie de ces gens qui ont peur de se trouver impliqués un jour dans une guerre. On a vu les exemples très récemment des guerres néocoloniales, des croisades qui sont en route, des conflits de civilisation dans lesquels je n'ai pas envie, en tant que citoyen libre de ce pays, de me retrouver impliqué un jour à mon insu, à mon corps défendant.
La démocratie directe a un certain nombre d'avantages par rapport à son contraire, qui est la technocratie, qui est la gouvernance discrète de l'ombre. La démocratie directe fait en sorte que la population soit mieux informée sur les sujets politiques. On le sait aujourd'hui - cela a été étudié dans d'autres pays -, lorsque les citoyens interviennent directement par des référendums, par exemple, ils sont mieux informés sur les sujets que les simples parlementaires. Les citoyens votent aussi dans le secret des urnes, ce que nous, parlementaires, ne faisons pas; nous sommes repérés, nous sommes donc sujets à des pressions. Je pense que le peuple a une plus grande liberté, un plus grand bon sens pour prendre des décisions fondamentales et échapper à un certain nombre de pressions.
La démocratie directe favorise aussi la concorde politique entre les citoyens. Les référendums remettent en cause les majorités souvent intolérantes et non évolutives qui sont constituées autour des partis et ils se substituent à des majorités formées autour d'idées, qui sont variables. Il y a donc une véritable légitimité suprême et un contrôle du peuple. La sagesse gouvernementale aussi est favorisée par le référendum. La démocratie directe conduit le gouvernement à agir avec une modération de bon aloi et à tenir compte des sentiments réels du peuple. Elle libère l'action gouvernementale de la pression des médias, parce que l'expérience historique a démontré que les médias sont impuissants - on l'a vu aussi chez nous - à téléguider les votes des citoyens dans un référendum sur un sujet concret.
La démocratie directe et le droit de référendum permettent aussi d'évoluer sans autocensure. La démocratie directe permet d'évoquer les sujets qui sont censurés par l'establishment et prévient d'éventuelles révoltes populaires. Elle contribue aussi à la sérénité de la vie politique: en multipliant les scrutins, on dédramatise et on calme la vie politique en évitant des frustrations. Elle renforce le civisme: la démocratie directe porte sur des sujets de fond et revalorise la politique aux yeux des citoyens. Elle porte non sur les querelles des hommes politiques, mais sur l'administration des choses. Ainsi, la démocratie directe est une meilleure gouvernance, et je m'étonne pour ma part qu'on veuille empêcher cette extension des droits démocratiques.
C'est la raison pour laquelle, en mon nom personnel, je soutiens cette initiative et que je vous invite à rejeter le contre-projet direct.