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Couchepin Pascal · Bundesrat · 2001-06-05

Couchepin Pascal · Bundesrat · Wallis · 2001-06-05

Wortprotokoll

Cette motion pose en effet un problème intéressant. Problème d'abord de savoir quel est le rôle de l'Etat dans la formation permanente, comprise non pas au sens strict de formation permanente professionnelle, mais au sens d'amélioration générale professionnelle et d'amélioration de la capacité de chacun à affronter les problèmes de l'existence. C'est aussi un problème philosophique, mais qui a aussi des résonances économiques d'une certaine importance.

L'aspect philosophique, c'est le rôle de l'Etat dans le développement de la personnalité. J'ai eu l'occasion, dans d'autres circonstances qu'aujourd'hui, de parler de paternalisme d'Etat. On peut quand même dire qu'il faut résister à la tentation du "Staatspaternalismus", du paternalisme d'Etat, qui considère qu'il a les moyens de faire progresser chacun sur le chemin d'une meilleure connaissance de soi, d'une meilleure adaptation de soi, qui serait dispensée à travers des moyens étatiques, grâce à des cours de perfectionnement ou de formation de trois à cinq jours par an. Il y a quand même, Monsieur Gross - même si, comme vous, je souhaite que tout le monde essaie de s'améliorer et de mieux comprendre dans quel environnement il vit et comment il peut s'adapter -, un préjugé philosophique qui vous fait penser que si l'Etat dispense trois à cinq jours de cours par an ou donne la liberté à chacun, pendant trois à cinq jours, de choisir ce qu'il veut, en dehors des vacances, pour se former, chacun accédera à un niveau d'humanité supérieure et bénéficiera de cette capacité de mieux s'intégrer que vous souhaitez et que je souhaite aussi. Vous avez parlé d'une fracture de la société. On peut regarder encore [PAGE 521] tous les systèmes, mais le meilleur système d'intégration d'une société, j'ai eu souvent l'occasion de le dire ces derniers temps, c'est l'intégration par le travail. On a beau dire que le temps du travail est fini, ce n'est pas une réalité. On a beau dire qu'on va vers une société où on est libéré de l'obligation du travail et qu'il faut viser d'autres moyens d'intégration, il n'en reste pas moins que le moyen ordinaire aujourd'hui de s'intégrer, pour le citoyen et la citoyenne, c'est quand même le travail. Et la Suisse est un modèle d'intégration par le travail.

Nous avons le plus haut taux d'occupation d'Europe, nous avons le plus bas taux de chômage d'Europe; nous avons aussi, et c'est un aspect négatif de ces deux aspects qualitativement positifs, un certain nombre de "working poors", mais cela permet l'intégration par le travail. Ce qui est intéressant, c'est de constater, d'après les enquêtes qui ont été faites, que les "working poors" ne sont pas toujours les mêmes. Il y a un certain nombre de gens qui le sont et qui sortent de cette condition. C'est donc la preuve que, par le travail, on réussit à intégrer les gens puisque des gens qui commencent avec le statut, mauvais, j'allais dire, de "working poors" finissent par s'en sortir, alors que si on avait d'autres cadres sociaux, d'autres conditions sociales, probablement ils ne seraient pas des "working poors", mais ils seraient au chômage et sortiraient probablement plus difficilement de cet état parce qu'ils n'auraient pas pu faire le premier pas en mettant le pied à l'étrier. Le meilleur moyen d'éviter la fracture sociale, qui est un sujet sérieux de réflexion pour tous ceux qui s'intéressent à la société moderne, c'est l'intégration par le travail. Et, en tous les cas, l'idée que l'Etat peut, paternellement, conférer deux ou trois ou cinq jours de formation à chacun par an est une idée qui est philosophiquement fausse à mes yeux; mais je ne vous conteste pas le droit de penser que c'est justifié, et le Parlement décidera.

Deuxième point, sur lequel le Parlement doit être absolument au clair, c'est le coût de ce paternalisme d'Etat. Le paternalisme d'Etat a un coût; c'est peut-être 2 milliards de francs, c'est probablement plus, probablement de l'ordre de 3 milliards de francs par an. Alors, est-ce que c'est vraiment le meilleur moyen d'affecter des ressources limitées que de conférer ce droit supplémentaire à l'ensemble de la population, alors qu'il y a d'autres exigences beaucoup plus urgentes qui se font jour, notamment dans le domaine du financement de l'éducation, du financement de la recherche ou de la durabilité des systèmes sociaux? Je crois que ce n'est pas le moment d'ajouter une dépense comme celle-là, au nom d'une certaine conception de l'Etat que je ne partage pas. Et j'espère que vous ne la partagerez pas non plus.

C'est la raison pour laquelle nous vous proposons de rejeter la motion, tout en sachant qu'il faut absolument que chacun soit invité à prendre conscience du fait que le perfectionnement, et non seulement le perfectionnement professionnel, est une exigence permanente dans une société en évolution.

Monsieur Gross, j'attends votre question.