Maury Pasquier Liliane · Ständerat · 2011-06-06
Maury Pasquier Liliane · Ständerat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2011-06-06
Wortprotokoll
Quand la voie que nous avons suivie se révèle être une impasse, quelle attitude faut-il adopter? Devant les obstacles qui obstruent la voie bilatérale, trois options se présentent à nous: d'abord, faire preuve d'agilité et tenter malgré tout de trouver une ouverture pour se faufiler sur le sentier du bilatéralisme en négociant de nouvelles solutions institutionnelles; ensuite, ou plus exactement en parallèle, chercher de nouveaux chemins, des directions alternatives qui nous permettent de "vivre" avec notre grand voisin, l'Union européenne; dernière attitude possible, nous pouvons renoncer et enfouir la tête dans le sable pour faire semblant d'être tout seul et prétendre que, non, il n'est plus besoin d'avancer.
Retirer la demande d'adhésion de la Suisse à l'Union européenne, comme le demande la motion Reimann Maximilian, revient précisément à stagner dans l'impasse et à se priver d'une route possible dans notre nécessaire échange avec l'Union européenne. Nous ne prendrons peut-être pas la route de l'adhésion, mais le plus sage n'est-il pas de garder cette option ouverte, plutôt que d'ériger un mur entre nos [PAGE 448] voisins et nous-mêmes? Un mur calqué sur une frontière dont on connaît pourtant la souplesse dans notre monde globalisé, un mur qui aussi renforcerait les incompréhensions mutuelles et qui, en fin de compte, affaiblirait notre position. Or, je crois que ce que nous voulons toutes et tous, c'est une Suisse libre, souveraine et maîtresse de ses décisions, une Suisse capable de dialoguer, de négocier et de choisir son chemin et, si ce chemin doit être un jour celui de l'adhésion, une Suisse qui saurait alors défendre ses spécificités institutionnelles et ses intérêts économiques pour devenir au final partie prenante et pleinement codécideuse au sein de l'Union européenne, contrairement à aujourd'hui.
Ce que je souhaite pour ma part, c'est que la Suisse sache aussi défendre ses exigences sociales au travers de différentes mesures d'accompagnement et qu'elle contribue à donner à cette grande oeuvre de paix qu'est l'Union européenne le visage humain qui doit être le sien.
Bref, l'option de l'adhésion n'est pas un problème, mais un atout. Et pendant ce temps, les vrais problèmes nous attendent, notamment sur le marché du travail, sur le marché du logement, en Suisse et dans le reste de l'Europe. C'est de cela que nous devons nous occuper. Entre le repli dans l'impasse, un repli passif et soumis au monde qui, quoi que l'on fasse, est bien là, et la poursuite de la route carte en main pour mieux choisir notre itinéraire et nos conditions de voyage, le choix est vite fait. Faute de quoi, même si comparaison n'est pas raison, nous en viendrions à agir exactement comme dans le cas de la crise de la bactérie tueuse de l'Escherichia coli entérohémorragique. Voyez plutôt. Dans les deux cas, il y a un problème: mesures d'accompagnement insuffisantes d'une part, nombreux décès de l'autre. Dans les deux cas, il y a un bouc émissaire: demande d'adhésion à l'Union européenne d'après notre collègue et concombres espagnols selon les conclusions hâtives des autorités allemandes. Dans les deux cas, le remède proposé est pire que le mal auquel il ne répond d'ailleurs pas: glaciation contre-productive des relations avec nos voisins et destruction de tonnes de légumes non contaminés partout en Europe. Beau gâchis!
Bref, loin des déclarations d'amour comme des ruptures brutales, sachons garder la tête froide et rejeter la motion Reimann Maximilian, aussi inutile que néfaste.