Hiltpold Hugues · Nationalrat · 2011-09-28
Hiltpold Hugues · Nationalrat · Genf · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2011-09-28
Wortprotokoll
Nous débattions, lors de la session de printemps dernier, de la situation qui résultait des révolutions dans les pays nord-africains. Dans ces pays, la jeunesse se soulevait pour revendiquer la liberté et l'instauration de la démocratie. Ces jeunes étaient conscients alors qu'une page de l'histoire se tournait. Convaincus que cette révolution était le gage d'un avenir meilleur à terme pour les relations entre le Nord - l'Europe - et le Sud - les pays méditerranéens - et surtout qu'elle était l'assurance d'une prospérité pour toute une région du globe, certains d'entre nous émettaient quelques doutes, d'autres des craintes quant à un éventuel afflux massif de réfugiés en Suisse.
Aujourd'hui, plusieurs mois plus tard, l'heure est au bilan. A-t-on assisté à un afflux massif de réfugiés en Suisse? Comment se sont-ils répartis dans les cantons? Quelle est la stratégie du Conseil fédéral pour permettre aux réfugiés de retourner rapidement dans leur pays dès que la situation sera stabilisée sur place? Et quelle est, finalement, l'efficience des programmes d'action sur place? Ce sont toutes ces interrogations, dont la plupart figurent dans les diverses interventions parlementaires sur lesquelles nous allons nous prononcer, qui méritent aujourd'hui des réponses. Mais c'est aussi et surtout l'occasion de débattre de politique d'avenir en matière d'immigration et d'asile et, par là même, de se remémorer pour l'occasion l'histoire de notre pays.
La Suisse est certes un petit pays, ce qui ne l'a pas empêchée de connaître une prospérité économique que beaucoup lui envient. Pourtant, cette prospérité n'est pas éternelle. Jusqu'à la création de l'Etat fédéral, en 1848, notre pays était même pauvre, très pauvre; tellement pauvre que des centaines de milliers de Suisses, au début du XIXe siècle, ont quitté père et mère pour tenter leur chance dans le nouveau monde; tellement pauvre que pendant des siècles, des centaines de milliers de Suisses n'avaient d'autres perspectives économiques que le service mercenaire: se faire tuer, en bref, pour gagner sa vie.
Plus récemment, notre prospérité a aussi connu une période difficile. Durant les années 1990, la Suisse était même le pays de l'OCDE qui connaissait le plus faible taux de croissance. C'était le résultat d'une décision politique, celle de refuser d'entrer dans l'Espace économique européen, sans aucune autre alternative. La prospérité n'est revenue que lorsque la Suisse, dans les années 2000, s'est ouverte au marché européen du fait de l'entrée en vigueur des accords bilatéraux. Nous avons profité d'une forte croissance des anciens pays de l'Est et de l'opportunité pour nos entreprises d'engager le meilleur personnel possible sur un marché de 230 millions de travailleurs. Des centaines de milliers d'emplois ont été créés en Suisse, au lieu d'être délocalisés. Le taux de chômage - n'en déplaise à certains - est aujourd'hui le plus bas de la décennie, et ceci grâce aux accords bilatéraux.
Aujourd'hui, cette situation est menacée par une initiative populaire contre l'immigration dite massive. Ce sont l'économie, la prospérité et la stabilité de la Suisse tout entière qui sont menacées par cette attaque frontale contre la voie bilatérale et la libre circulation des personnes.
Nous connaissons tous l'exiguïté de notre territoire. Nous savons tous que nous ne pourrons pas accueillir tout le monde et que nous avons besoin d'une immigration choisie. C'est la voie que notre pays a choisie depuis dix ans; c'est celle qui lui a permis depuis de réduire son endettement, de réduire son taux de chômage et de connaître une croissance sans équivalent.
A l'inverse, empêcher les entreprises de recruter des employés et menacer leurs exportations, c'est tout simplement irresponsable. De cette manière, on freinera la création d'emplois et nos jeunes qui rêvent d'un avenir professionnel envisageront à leur tour l'exil - en bref, le service mercenaire.
Les accords bilatéraux sont un point essentiel de notre bien-être, que nous devons préserver impérativement.
S'agissant de la question de l'asile, il convient, en premier lieu, de maintenir la vocation de la Suisse de promouvoir l'accueil, mais il faut procéder à une application plus stricte de la loi, notamment en redéfinissant les priorités et les délais de l'Office fédéral des migrations et du Tribunal administratif fédéral. Il faut aussi améliorer les structures opérationnelles et l'encadrement policier de la politique d'asile et mettre en place une politique migratoire extérieure stricte et efficace. Ces derniers points seront développés ultérieurement par mes collègues.