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Antille Charles-Albert · Nationalrat · 2001-06-08

Antille Charles-Albert · Nationalrat · Wallis · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2001-06-08

Wortprotokoll

En préambule, je voudrais faire une remarque sur le titre de l'initiative, qui pour moi est trompeur. Je pense que tout le monde peut être d'accord avec l'objectif de la première partie du titre qui dit: "Pour une politique de sécurité crédible". Par contre, je me demande si le Conseil fédéral n'aurait pas dû faire modifier le titre aux initiants avant de déclarer la validité de l'initiative. Lors de la votation populaire, il faudra démontrer ce qui se cache derrière ce titre, et surtout ne pas oublier la deuxième partie qui, elle, est beaucoup plus claire, car elle dit bien "une Suisse sans armée".

Le maintien d'une armée suisse adaptée à notre temps est nécessaire, même si la mission de défense fait l'objet d'une nouvelle pondération. Celui qui vit avec l'illusion de la paix totale sur notre planète ne peut pas commencer par désarmer un petit pays comme la Suisse qui, il est vrai, n'a plus été attaqué depuis des siècles.

Croire que les puissances du monde vont suivre notre modèle, une fois l'armée abolie, est inconscient. Au contraire, cela se traduirait par un plus grand isolement sur le plan international, dans la mesure où la coopération internationale ne serait plus possible dans de nombreux domaines importants du point de vue de la politique de sécurité, ou serait en tout cas fortement restreinte.

Il y a sur notre planète aujourd'hui sûrement 200 armées bien équipées. Avec l'évolution technique et technologique de l'armement, ces armées sont en train de se renforcer. Le nombre de troupes de guérilla dans différents endroits du monde a plutôt tendance à augmenter qu'à diminuer. Les conflits ne se font plus entre Etats, mais plutôt entre ethnies, voire pour des raisons économiques ou même religieuses. Ces conflits peuvent se passer à l'étranger, dans un pays qui n'est même pas concerné: une explosion à Tokyo ou à New York; un dynamitage de métro à Paris ou à Londres; voire une occupation d'une ambassade à Genève ou à Berne. Dans ce contexte, il est impensable de supprimer notre armée, qui de plus joue certainement un rôle de dissuasion par rapport à ce genre d'attentat.

Approuver cette initiative ne permettrait plus à notre pays d'assumer ses obligations constitutionnelles. La survie de la nation, son indépendance; la défense du territoire et la protection de la population ne seraient plus assurées. De plus, l'acceptation de cette initiative affaiblirait la Suisse face aux risques qui subsistent et l'empêcherait de participer de manière efficace à des activités de soutien de la paix.

A ce propos, dans son contenu cette initiative contient une contradiction.

En effet, elle demande la suppression pure et simple de l'armée avec l'interdiction de maintenir toute activité telle que cours de répétition ou écoles de recrues, mais précise que la participation armée de la Suisse à des activités internationales en faveur de la paix à l'étranger n'est pas interdite. Il faut se demander par quelles dispositions on va exécuter de tels mandats. Une telle participation ne peut pas avoir lieu sans la mise sur pied de formations instruites à cet effet. Mais alors par qui, puisqu'il n'y aura plus de formations militaires et plus d'armée, puisque toutes les activités militaires sont interdites, seront formés ces contingents?

Enfin, approuver cette initiative ébranlerait notre crédibilité d'Etat neutre, stable et indépendant. Nous serions contraints de garantir notre sécurité en envisageant une alliance militaire avec d'autres pays, ce qu'une part de Suissesses et de Suisses ne veulent pas. Nous verrons d'ailleurs le verdict de la votation sur la coopération dimanche prochain. La Suisse ne veut pas se placer dans une situation de dépendance, comme d'ailleurs tous les pays qui nous entourent. Sans forces armées propres, cela équivaudrait immanquablement à nous placer dans une situation de dépendance politique et à abandonner ainsi la neutralité.

Pour toutes ces raisons, je vous propose de suivre le Conseil fédéral et le Conseil des Etats et de recommander au peuple et aux cantons le rejet de cette initiative populaire.