Mugny Patrice · Nationalrat · 2001-06-08
Mugny Patrice · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2001-06-08
Wortprotokoll
Le texte de cette initiative populaire, pour les Verts et pour moi en particulier, résume en quelques phrases ce que devrait être une vision large de la sécurité et il n'exclut absolument pas le recours à la force armée si un danger se présente. En effet, si la première phrase dit effectivement que nul n'a le droit en Suisse d'entretenir des forces armées, la phrase suivante précise aussitôt: "Les dispositions concernant la participation armée à des activités internationales en faveur de la paix à l'étranger sont réservées." Il est aussi dit, mais cela devrait aller de soi depuis longtemps, que "les tâches civiles actuellement assurées par l'armée, comme l'aide en cas de catastrophe ou les services de sauvetage, seront pris en charge par les services et les autorités civils". Enfin, le second point de l'initiative populaire (art. 58 cst.) résume la pensée de tous ceux qui tentent de tenir depuis toujours un discours différent sur l'usage de la violence armée de l'Etat, à savoir qu'une véritable politique de sécurité commence par une lutte incessante contre toutes les injustices, ici et dans le monde.
Dans deux jours, nous serons fixés quant au sort que les citoyens auront réservé aux deux projets fédéraux concernant la présence de soldats suisses plus lourdement armés à l'étranger et les collaborations de l'armée suisse avec d'autres armées. Si ces projets sont acceptés, la droite et une partie de la gauche évidemment crieront victoire. Les Suisses auront voté, paraît-il, pour la solidarité. Si le non l'emporte, ce refus sera pour l'essentiel attribué à la politique de fermeture de l'UDC.
Or, cette campagne aurait dû permettre de débattre vraiment de ce que pourrait être une conception de la sécurité qui ne se contente pas de lâcher des bombes, d'envoyer les ambulances sur les champs de bataille, puis de maintenir les belligérants à bonne distance les uns des autres. Mais peut-être que l'initiative dont nous débattons aujourd'hui permettra enfin à ce débat d'avoir lieu lors de la campagne qui précédera le scrutin, car il faut le rappeler sans cesse, dans le domaine de la sécurité comme dans bien d'autres domaines, il n'est pas possible de découper la question en fines tranches. On ne peut pas croire à la volonté proclamée des Américains de défendre les droits humains, lorsque l'on voit à quel point les administrations américaines successives violent ces mêmes droits lorsque cela les arrange, alors même que leur sécurité n'est absolument pas menacée. Il en va de même pour la politique menée par la plupart des gouvernements européens, cette soi-disant realpolitik, ce faux pragmatisme qui finit par désespérer les citoyens, tant l'hypocrisie l'emporte sur la bonne foi et l'honnêteté la plus élémentaire.
Car il faut le rappeler encore et toujours, la première mesure de sécurité, c'est de favoriser au maximum la justice à tous les niveaux; que ce soit dans les régions dites pacifiées où pourtant continuent d'habiter aujourd'hui en toute impunité des criminels de guerre - comme en ex-Yougoslavie -, ou que ce soit dans nos régions où la cohésion sociale suppose un peu plus qu'une exposition nationale, mais où les gens ont de plus en plus l'impression qu'il y a ceux qui tirent leur épingle du jeu en se sucrant au maximum, même en dirigeant des entreprises publiques et en participant à la gestion des affaires publiques, et l'immense majorité de ceux qui ne peuvent que voir leurs conditions de vie mises en danger ou se dégrader et auxquels on propose comme exutoire des boucs émissaires comme les étrangers en général et les requérants d'asile en particulier. Mais, tout à coup, là on n'entend plus les grands ténors de la sécurité armée et de la solidarité armée de la population s'engager pour plus de justice.