Thorens Goumaz Adèle · Nationalrat · 2012-06-05
Thorens Goumaz Adèle · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2012-06-05
Wortprotokoll
Mon postulat prévoit que le Conseil fédéral étudie l'opportunité d'optimiser et de développer des mesures favorisant la réduction de l'impact climatique lié à nos choix alimentaires.
La Suisse a décidé de réduire ses émissions de CO2 afin de limiter le réchauffement climatique. Je crois que ce principe est aujourd'hui largement soutenu au sein de ce Parlement. Nous avons décidé récemment encore d'un certain nombre de mesures qui se concentrent sur deux domaines clés: l'habitat et les transports. Nous avons trouvé les moyens financiers pour soutenir l'assainissement énergétique des bâtiments et lors de la dernière révision de la loi sur le CO2, nous avons fixé des dispositions visant à faire baisser les émissions de notre parc automobile.
Tout cela est très positif, mais un aspect important de notre impact climatique reste en retrait: l'alimentation. En Suisse elle représente pourtant 30 pour cent de notre empreinte écologique et 17 pour cent de nos émissions de gaz à effet de serre. Celles-ci sont causées par la production, le transport, la transformation et la vente de denrées alimentaires. Une part importante des émissions est due à la production de viande. La Suisse importe près de la moitié de sa consommation. Or, au-delà de nos frontières, d'immenses surfaces de forêts pluviales sont détruites pour faire place aux cultures de soja qui alimentent le bétail, d'où d'importantes émissions de CO2. Ces émissions sont encore aggravées par l'utilisation massive d'engrais. L'élevage intensif de bovins rejette en outre de grandes quantités de méthane, contribuant au dérèglement climatique. La culture de légumes sous serres chauffées et les transports souvent absurdes des aliments sont tout aussi néfastes. Tous ces problèmes peuvent être minimisés par une alimentation contenant moins de produits animaux et principalement basée sur des produits frais, cultivés localement en pleine terre.
Promouvoir ces pratiques contribuerait à une meilleure performance climatique de la Suisse, en complément des mesures mises en place dans le domaine de la mobilité et de l'habitat. Il existe déjà des mesures en faveur de la production agricole locale en Suisse, mais elles pourraient être renforcées et intégrées dans notre stratégie de protection du climat. Des lacunes existent en outre au niveau de l'information et de la sensibilisation des consommateurs, tout comme des professionnels du secteur de l'alimentation, à propos [PAGE 938] des liens entre choix alimentaire et réchauffement climatique.
Enfin, le rôle de la surconsommation de viande reste un tabou. Je précise que je ne suis moi-même pas végétarienne et que je suis la première à devoir faire un effort pour limiter ma consommation de viande. Il n'est donc pas question ici de contraindre la population au végétarisme, qui constitue un choix tout à fait personnel. Il s'agit plutôt de faire mieux connaître et apprécier par la population les bienfaits pour le climat comme pour la santé d'une alimentation diversifiée et locale comprenant globalement moins de produits animaux.
Dans sa réponse à mon postulat, le Conseil fédéral reconnaît l'importance des émissions de CO2 liées à nos choix alimentaires. Il considère qu'une amélioration de l'information et de la sensibilisation des consommateurs peut contribuer à les réduire. Il se dit prêt à étudier plus en détail la consommation de denrées alimentaires sous l'angle de son impact sur le climat et à illustrer les avantages et inconvénients de différentes formes de mesures influençant la demande.
Le Conseil fédéral propose dès lors d'accepter mon postulat. Je ne peux que vous recommander d'en faire de même.