Rossini Stéphane · Nationalrat · 2012-06-05
Rossini Stéphane · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2012-06-05
Wortprotokoll
Un pays de grande diversité géographique et économique tel que la Suisse se doit de disposer de services publics de haut niveau, desservant l'ensemble du territoire. Il s'agit, d'une part, d'une attente, voire d'une volonté exprimée tant par la population que par les entreprises. D'autre part, il s'agit d'une contribution à la cohésion nationale, ce qui, dans un pays fédéraliste, s'avère essentiel. La Poste, comme entité de service public, s'inscrit donc pleinement dans cette perspective.
Les nombreuses démarches de restructuration, les velléités de privatisation ou les pratiques de concurrence qui caractérisent ce secteur d'activité ont généré à la fois de profondes transformations et de grandes incertitudes ces dernières années; incertitudes pour les populations et les régions concernées, incertitudes sur la qualité des prestations, incertitudes pour les entreprises, incertitudes pour les employés. Ce terreau d'incertitudes, mais aussi de tensions est celui dans lequel est née l'initiative populaire que nous traitons maintenant; une initiative qui n'aspire qu'à défendre au mieux l'intérêt général, une initiative qui réclame un socle de service public universel sur l'ensemble du territoire.
Ainsi, par la proximité des services postaux qu'elle demande, par la qualité des prestations postales qu'elle devrait [PAGE 933] stimuler, par l'étendue des prestations allouées ou encore par la surveillance des prix des services postaux qu'elle veut, cette initiative est bonne pour la population, bonne pour nos entreprises, bonne pour nos régions urbaines, bonne pour nos régions périphériques.
Pour que cette qualité puisse être effective et perdurer, cela passe par un réseau d'offices postaux dense. C'est le coeur de cette initiative. A cet égard, insistons sur le fait que les agences postales ne sont pas la panacée; les lacunes qui les caractérisent ne sont pas à sous-estimer, ni à balayer d'un revers de la main, contrairement à ce que dit le discours officiel de l'entreprise et le discours politique dominant en banalisant ces éléments. Mentionnons par exemple l'impossibilité d'y effectuer des virements en espèces et des paiements. Ces agences ne versent pas non plus d'argent liquide aux PME et aux commerces. S'agissant de la confidentialité, des problèmes se posent aussi, car celle-ci n'est pas garantie de la même manière et avec la même rigueur qu'au sein d'offices postaux traditionnels.
Les mêmes critiques s'appliquent d'ailleurs aux services à domicile que la Poste propose en divers endroits pour remplacer les offices de poste. Si ce service aux personnes s'adresse d'abord à celles et ceux qui sont fréquemment à la maison, il restreint de toute évidence l'autonomie au quotidien de nombreux autres utilisateurs potentiels.
C'est donc une fausse bonne idée ou une fausse bonne solution, car la qualité des prestations suppose d'abord un personnel formé, compétent et satisfait de ses conditions de travail. La sous-enchère salariale et la baisse des conditions de travail qui découlent de la concurrence ou de l'externalisation de certaines tâches sont nuisibles à cette ambition de qualité et de performance.
Enfin, la banque postale est une opportunité à saisir sans posture de blocage dogmatique. En effet, l'élargissement des activités financières actuelles à d'autres activités bancaires telles que les hypothèques ou les crédits est incontestablement une évolution naturelle et logique. Cela constitue un potentiel de financement susceptible d'améliorer le niveau de l'offre de service public qu'il ne faut donc pas sous-estimer.
Objectivement, rien ne s'oppose à cette initiative, bien au contraire! Il faut donc la soutenir.