Cuche Fernand · Nationalrat · 2001-06-14
Cuche Fernand · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2001-06-14
Wortprotokoll
Comme notre politique extérieure privilégie la voie du développement économique, de l'ouverture vers les marchés, ce que nous comprenons bien, nous voulons justement faire quelques remarques à ce sujet, plus précisément concernant la globalisation de l'économie.
Le Conseil fédéral pense que cette évolution est inéluctable, qu'elle va même se renforcer, se développer. Il le dit, elle peut aussi bien élever le niveau de vie dans les pays industrialisés que dans les pays en développement. Le Conseil fédéral précise aussi que ça n'ira pas tout seul et qu'il faut se mettre d'accord sur la mise en place de lois-cadres, mais il reconnaît aussi que ces lois-cadres peinent quelque peu à s'imposer et à se mettre en place.
Nous sommes tout par hasard tombés sur une nouvelle analyse statistique très pointue d'un professeur britannique qui s'appelle Robert Wade. C'est une étude qui a été réalisée au tournant des années nonante concernant les résultats de plusieurs années d'économie globalisée. On constate, dans les grandes lignes et de façon très simplifiée, que les pauvres ne deviennent pas plus pauvres mais plus nombreux, notamment à cause de l'augmentation de la population, que l'écart se creuse entre les privilégiés d'un régime et la société traditionnelle, notamment en Afrique, et que, globalement, 85 pour cent des habitants de la planète n'ont pas profité ou n'ont profité en rien de la prospérité mondiale de ces années fastes. La doctrine du libre-échange, avec son corollaire inévitable qui est la globalisation, creuse les inégalités, constitue une mécanique pernicieuse. Comme le réchauffement de la planète dont certains effets sont aujourd'hui visibles et d'autres pour le moment invisibles, des effets qui seront catastrophiques à long terme, eh bien les inégalités grandissantes deviendront également politiquement et socialement explosives.
Les indices de la tempête existent déjà. Les pays les plus inégalitaires sont le plus souvent, bien sûr, les pays les plus instables et les plus violents. Les pauvres qui, dans la rue et par les médias, apprennent de plus en plus à connaître les délices de la société de consommation à l'occidentale ne cherchent qu'à migrer. C'est toute la problématique des clandestins, et nous sommes plongés dans cette problématique ces derniers jours de façon très aiguë en ce qui concerne la présence de ces clandestins.
Enfin, autre signe de la tempête qui s'annonce, les inégalités détruisent la cohésion sociale. Depuis quelques années, lorsqu'il y a des rencontres internationales concernant l'OMC, le G 8, le FMI ou la Banque mondiale, des milliers, voire des dizaines de milliers de personnes sont dans la rue, hostiles.
Les gouvernements prennent peur. A titre d'exemple, pour la quatrième conférence ministérielle de l'OMC, qui se déroulera cet automne, les ministres et les présidents se réuniront à Doha au Qatar, sur une presqu'île en bordure de l'Arabie saoudite, loin de toute manifestation, loin de tout risque de contact avec la population, de bain de foule. Seules des personnes dûment accréditées pourront papillonner gentiment autour de la conférence. Etrange stratégie!
Nous pensons toutefois que le Conseil fédéral a perçu les indices de la tempête. Selon lui, la globalisation touche de très près la sécurité intérieure des Etats. Et une des grandes [PAGE 738] interrogations, une des grandes préoccupations non seulement de la Suisse, mais aussi de nombreux pays industrialisés, c'est précisément de savoir comment lutter contre le terrorisme, la criminalité, le crime organisé, le sabotage, la corruption, l'escroquerie. On pourrait y ajouter les manifestations de rue!
Si le Conseil fédéral fait par ailleurs aussi un état de la situation relativement complet, en relevant quatre défis d'envergure mondiale sur lesquels il centre son attention, son rapport nous laisse toutefois quelque peu songeurs. En fonction de ce constat et des évaluations très claires que vous faites, nous constatons l'absence d'un programme d'intervention déterminé, audacieux, capable d'anticiper, un manque grave aussi d'une attitude critique à l'égard du modèle de développement économique qui devient de plus en plus unique, qui s'impose et qui réduit de plus en plus le rôle des Etats à un rôle de police ou de pompiers, les gouvernements encaissant les coups de l'économie sans pouvoir réagir.
En conclusion, le groupe écologiste tient à dire qu'il refuse que le marché, ou que la course au profit devienne le principal organisateur de nos sociétés et réduise les Etats à des rôles d'observateurs. Il ne reconnaît pas le marché et la course au profit comme éléments moteurs de développement permettant d'avoir une ouverture, une solidarité et une sécurité pour l'ensemble des habitants de cette planète.