Reynard Mathias · Nationalrat · 2012-09-27
Reynard Mathias · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2012-09-27
Wortprotokoll
Monsieur Freysinger confond parfois son rôle d'écrivain-interprète-animateur avec celui de politicien. J'ai pour ma part une préférence assez nette pour l'un des deux. Je terminerai avec une note un peu plus sérieuse, car ce thème mérite tout de même un certain sérieux.
Comme membre de la Jeunesse socialiste suisse qui a battu le pavé pour récolter ces signatures, j'ai le grand plaisir de clore ces prises de parole sur l'initiative "1:12". Je vais tâcher de ne pas trop répéter ce qui a été dit - et bien dit - par mes préopinants favorables à ce texte.
Le but de cette initiative populaire est simple: que, dans une entreprise, personne ne gagne moins en une année que ce que gagnent les plus hauts salaires en un mois. C'est dans ce sens qu'il faut lire notre proposition.
L'initiative de la Jeunesse socialiste suisse n'est pas extrémiste: lorsque je présidais les Jeunes socialistes de mon canton, nous avions proposé un rapport de 1 à 10. Je trouve donc cette initiative tout à fait modérée et justifiée - peut-être même trop généreuse. Je peine déjà à comprendre comment on parvient à soutenir qu'un travail puisse valoir 5, 6 ou 7 fois plus qu'un autre, alors ne me parlez pas du rapport 1 à 700 pratiqué dans certaines entreprises! En arrière-plan de ce débat, il y a surtout la question du respect de chaque profession et de chaque travailleur. Il y a la volonté de lutter contre l'arrogance de certaines catégories de la population et de redonner au travail toute sa valeur!
Le rapport 1 à 12 laisse donc à mes yeux une marge de manoeuvre très large, permettant ainsi à un patron d'entreprise de gagner environ 50 000 francs par mois. Je connais beaucoup de patrons: j'en ai dans ma famille, dans mon entourage, dans mes cercles d'amis. Je n'en connais pas un seul qui gagne 50 000 francs par mois. Même le président de l'USAM a affirmé que ses membres ne seraient pas touchés! Peut-être que nous n'avons pas tous ici les mêmes connaissances ... Toujours est-il que l'initiative "1:12" ne s'attaque qu'à une petite catégorie de profiteurs.
Mes préopinants ont donné de nombreux éléments chiffrés plaidant pour cette initiative populaire. Je ne reviendrai pas sur chacun de ces chiffres. Ils illustrent simplement la situation actuelle de notre pays où les écarts salariaux ne cessent de se creuser. Ils mettent en évidence des excès qui choquent ceux qui, en Suisse, peinent à joindre les deux bouts. Ils montrent l'attitude d'une catégorie de profiteurs qui continuent de s'accorder des salaires indécents et ne connaissent pas la crise, n'en tirant d'ailleurs aucun enseignement!
En fait, avec son initiative populaire, la Jeunesse socialiste suisse ose porter sur la scène politique la question des salaires - et surtout des hauts salaires, thème tabou dans notre pays où il reste beaucoup à faire pour parvenir à la transparence. C'est pourtant une problématique qui mérite d'être discutée ici et sur laquelle le peuple a le droit de se prononcer. Même l'excellent rapporteur de langue française a soulevé le mérite qu'a cette initiative de mettre en avant cette question. On peut dès lors s'étonner de voir qu'aucun contre-projet n'ait été proposé.
On peut également être surpris d'entendre à cette même tribune des orateurs se succéder pour expliquer comment il serait possible de tricher et de contourner ce texte en cas d'acceptation populaire. S'amuser d'un non-respect de la Constitution ne me semble pas être la preuve d'un grand patriotisme. Ce sera, au contraire, au Parlement - en cas de oui du peuple suisse - de mettre en place une loi assurant le respect de la volonté populaire.
Enfin, il y a cet argument qui a été émis auparavant et que l'on entend systématiquement lors des débats sur des propositions visant à améliorer les conditions des petites gens: "Les riches et les multinationales vont partir!" C'est presque devenu un leitmotiv pour ceux qui rejettent historiquement tout progrès social. A chaque fois que les mouvements progressistes de ce pays ont voulu améliorer les conditions de travail des employés, renforcer leur protection ou augmenter leurs salaires, cet argument a été utilisé. La Suisse a assez prouvé qu'elle avait d'autres atouts, notamment avec son personnel qualifié et ses infrastructures, pour rester un pays dynamique et attractif. Cet argument de la fuite des multinationales a assez été utilisé à toutes les sauces pour ne plus convaincre personne!
Enfin, l'initiative "1:12" n'est pas, contrairement à ce qui a été dit, fondée sur une jalousie envers ceux qui gagnent beaucoup d'argent. Elle est simplement la solution pour remettre un peu de décence dans notre système économique et pour obtenir des augmentations généralisées des bas salaires. J'entends bien ceux qui affirment que le véritable problème est d'augmenter le salaire des plus démunis et non de baisser celui des riches. Le souci, c'est que ce sont les mêmes qui, dans quelques semaines, rejetteront l'initiative sur les salaires minimaux de l'Union syndicale suisse.
Si mes calculs sont bons, à peine un tiers des parlementaires présents dans cette salle devraient soutenir dans quelques minutes l'initiative "1:12". Avec ce score de 30 pour cent, vous nous faites le plaisir de ne pas placer la barre trop haut. Lors du scrutin, vu les derniers sondages parus, je suis persuadé que nous saurons rassembler bien plus de 30 pour cent du peuple suisse autour de cette initiative, qui répond à une inquiétude de la population et à un véritable problème économique. (Applaudissements partiels)