Roth-Bernasconi Maria · Nationalrat · 2012-09-27
Roth-Bernasconi Maria · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2012-09-27
Wortprotokoll
Permettez-moi de faire une remarque préliminaire à l'intention de Monsieur Thomas Aeschi qui a pensé devoir faire la leçon à Monsieur Wermuth. Je me permets à mon tour de lui faire la leçon. Savez-vous, Monsieur Aeschi, que le marché du travail dans les pays nordiques est beaucoup plus régulé qu'en Suisse et que le taux de chômage y est moins élevé que chez nous?
1 à 12: deux chiffres pour une proportion, une relation entre les revenus du personnel d'une entreprise. Relation, le mot est important. Car une entreprise n'est rien sans la solidarité entre les membres de son personnel, qui tirent toutes et tous à la même corde pour assurer son succès. Et si, dans cette entreprise, il est normal qu'un salaire plus élevé récompense un effort, un risque ou un savoir-faire, un être humain ne peut valoir 150 fois plus qu'un autre, c'est une question de justice.
Le secteur public, à cet égard, montre l'exemple - c'est la secrétaire générale de l'Association du personnel de la Confédération qui vous l'affirme; Madame Rytz l'a mentionné pour la Ville de Berne. L'Etat fixe des limites aux salaires élevés et, à la Confédération, le rapport salarial est de 1 à 6, contre 1 à 39 dans les 41 plus grandes entreprises de Suisse, et de 1 à 266 chez Novartis! Contrairement aux allégations d'une certaine frange de la droite lors des débats sur la loi sur le personnel de la Confédération, les cadres de la Confédération sont donc très loin d'être indûment privilégiés.
Dans l'économie privée, en revanche, certains salaires boursouflés ont produit les dégâts que l'on sait. L'opinion publique, en tout cas, le sait, et s'en souvient. Ce n'est pas un hasard si, selon un récent sondage, la majorité de la population est favorable à un rapport minimal entre hauts et bas salaires.
Le système salarial doit être mieux proportionné, plus sensé et mieux adapté à la réalité. Au sein d'une même entreprise, comme dans toute la société. Car rien ne justifie que ma coiffeuse gagne tellement moins que mon banquier - parce que si elle fait une erreur, alors moi je ne suis pas bien! (Hilarité) Bien au contraire, si l'on tient compte du bénéfice et du coût social de ces deux professions, comme le préconise une étude publiée en 2010 par la New Economics Foundation. Beaucoup de métiers dits "féminins" s'en trouveraient revalorisés, et l'égalité salariale ferait un bond en avant!
Loin de couper les cheveux en quatre, cette initiative est simple et, en fin de compte, profondément suisse.
Goût de l'effort, solidarité et justice: ces valeurs sont aussi celles qui, en 1291, ont poussé trois compères à unir leurs forces face à l'arbitraire. "Un pour tous, tous pour un", peut-on lire sous la coupole. Sept siècles plus tard, il s'agit de s'unir face à l'arbitraire des écarts actuels entre les salaires, des écarts qui grignotent la cohésion sociale. Pour une Suisse unie, forte et moderne, disons haut et fort aujourd'hui: "Un pour douze, douze pour un"!