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Amaudruz Céline · Nationalrat · 2012-12-11

Amaudruz Céline · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2012-12-11

Wortprotokoll

Pour la troisième fois depuis 1989, le GSsA est parvenu à faire aboutir une initiative populaire s'en prenant à l'armée. Après deux échecs, avec des attaques frontales, les contempteurs de l'institution ont tiré divers enseignements et ont affiné leur stratégie, s'avançant désormais masqués. Sous couvert d'améliorer notre système d'armée de milice en le réservant aux seuls volontaires naturellement nettement plus motivés que ceux qu'on contraint à effectuer du service militaire, c'est bien une nouvelle fois la disparition de l'armée qui est souhaitée. La suppression de l'obligation de servir ne constitue qu'une nouvelle étape sur la nouvelle route choisie aujourd'hui par le GSsA et son initiative, dont l'intitulé ne laisse toujours aucun doute quant au but ultime.

Evidemment, les partisans du texte sont parés d'un masque séduisant: il convient de respecter le libre arbitre des jeunes gens que l'armée entrave; nul ne devrait donc être contraint d'apprendre le maniement des armes; la structure hiérarchique impliquant qu'on donne ou reçoit des ordres serait contraire à la démocratie telle que nous la pratiquons. Ce dernier argument est assez surprenant au demeurant dans la mesure où bon nombre d'entre nous connaissent également une hiérarchie sur leur lieu de travail. Selon les initiants toujours, l'apprentissage militaire heurte de front le concept de résolution pacifique des conflits. L'armée pourrait procéder aux réformes nécessaires et renoncer à des effectifs inutiles. Elle se porterait mieux dès lors que ses rangs seraient garnis exclusivement de volontaires.

Cette façon de se soucier de l'institution ne peut qu'inquiéter de la part de ceux qui rêvent de l'étrangler. Si cette initiative populaire était acceptée par le peuple et les cantons, les conséquences seraient tout autres. Cela a été dit, la Suède regrette sa décision, constatant qu'elle manque de candidats au service militaire et que ceux qui s'annoncent ne sont pas ceux qu'il faudrait, car ces personnes présentent d'inquiétants penchants militaristes. L'Espagne recrute à l'étranger, la Grande-Bretagne dans les prisons. Il n'y a pas de raison que la Suisse échappe aux difficultés de recrutement que connaissent tous les pays ayant aboli l'obligation de servir.

S'agissant du contre-projet proposé par la minorité Hiltpold, on ne peut que saluer le souci de l'auteur d'inviter chacun à faire quelque chose pour son pays. Cette attitude très conforme au mot célèbre de John Fitzgerald Kennedy risque néanmoins de poser divers problèmes pratiques. En effet, les métiers liés à la sécurité demandent une formation pointue, sont éprouvants et parfois dangereux. Il y a gros à parier qu'un "impétrant" constitue plutôt un handicap pour les professionnels qui devront veiller sur lui tout en essayant de faire leur travail. Si l'idée est louable, je le répète, elle rate sa cible et elle doit donc être rejetée.

L'armée constitue un élément essentiel de notre sécurité. En réunissant des gens de tous les horizons sociaux et professionnels, l'institution dispose de compétences essentielles lui permettant d'intervenir en conciliant rapidité et efficacité. La surveillance d'objets soulageant les polices cantonales, le soutien aux populations frappées par des catastrophes naturelles, la sécurisation de sites menacés sont autant de prestations que seule une armée de milice telle que nous la connaissons peut proposer.

En cas de suppression de l'obligation de servir, l'armée ne serait plus composée que de militaires qu'on aurait sans doute de la peine à occuper en temps normal. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si pratiquement toutes les armées [PAGE 2130] professionnelles sont des armées de projection, chose incompatible avec notre neutralité.

Pour conclure, vu les expériences faites ici et là, il convient de recommander au peuple et aux cantons de rejeter cette initiative, faute de quoi nous nous retrouverons avec une armée de délinquants commandée par des abrutis.