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Burkhalter Didier · Bundesrat · 2012-11-26

Burkhalter Didier · Bundesrat · Neuenburg · 2012-11-26

Wortprotokoll

Je vous remercie de l'accueil positif que vous faites à ce projet. Je félicite également votre nouveau président: on peut dire qu'il commence avec un dossier particulièrement bien choisi, puisque c'est l'italianité, ou l'"italianità", qui est à l'honneur ce soir, après que votre conseil vous a élu à la présidence. C'est un hasard qui fait bien les choses! En fait, en plus du lien avec votre présidence, il y a trois raisons stratégiques de participer pleinement, résolument à cette Exposition universelle à Milan en 2015:

1. renforcer les relations avec l'Italie;

2. contribuer au débat, voire - on peut le dire - au défi global qui a été choisi comme thème: l'alimentation en général. La force de la recherche et de l'économie de notre pays sont en particulier fortement engagés en faveur de ce thème essentiel;

3. utiliser cette plate-forme proche de nous pour faire valoir certains éléments et positionner la Suisse comme un pays attractif, solidaire et responsable.

Le Conseil fédéral a donc décidé que la Suisse serait parmi les tout premiers pays à marquer sa volonté de présence. C'est d'ailleurs ce qui nous a permis d'avoir un emplacement particulièrement bien choisi, puisque le pavillon de notre pays sera à l'entrée de l'exposition, juste à côté de celui de l'Italie et de celui de l'Allemagne. Cependant, nous ne sommes plus les seuls à nous intéresser à cette exposition, puisque à ce jour 111 participants sont annoncés: 109 pays et deux organisations internationales, l'ONU et le CERN.

Je reprends brièvement les trois raisons stratégiques pour aborder ce dossier très positivement.

Premièrement, le renforcement des relations bilatérales: les liens sont très forts; la langue italienne, en particulier, nous lie étroitement. Et pourtant - cela a été dit par votre rapporteur - ce n'est pas vraiment un fait connu, puisqu'une enquête d'image faite il y a un peu plus d'une année révélait que la connaissance de la Suisse est relativement superficielle - même très superficielle par rapport à ce à quoi on pouvait s'attendre -, qu'elle se base en grande partie sur des clichés et que cette proximité linguistique ne nous est pas attribuée du tout. La Suisse est placée loin derrière des pays qui n'ont pratiquement aucune proximité linguistique avec l'Italie, comme la France, l'Espagne ou le Portugal.

C'est un élément qui nous a étonnés. Il nous encourage à mettre encore plus en évidence l'italianité - je le répète, mal connue - de la Suisse non seulement par le pavillon lui-même en 2015 - ce sera important, mais relativement bref, cela ne durera que six mois -, mais surtout par le programme suisse "Verso l'Expo Milano" de 2013 à 2016. Ce programme mettra en évidence des coopérations dans beaucoup de domaines, comme le tourisme, les transports, l'économie ou la culture. Le message parle beaucoup du Saint-Gothard, et peut-être pas des nouvelles lignes ferroviaires à travers les Alpes; il parle aussi beaucoup des communications et du tourisme. L'occasion a été donnée à plusieurs reprises, aussi avec les motions du Parlement, de mettre en évidence les liens qui existent et le rôle de levier du projet en ce qui concerne le tourisme et les transports. Nous mettrons également en évidence tout cela par une présence itinérante dans les villes italiennes entre 2013 et 2014. Il y a un groupe de travail Suisse-Italie qui cherche aussi à mettre en évidence et à préparer les paquets touristiques qui vont dans le sens de la demande de la motion de Buman 12.3287 - que nous traiterons directement après le présent objet, car cette motion est très liée à ce dont nous parlons maintenant.

Le rapporteur, Monsieur Gutzwiller, a parlé de la proximité économique et géographique avec l'Italie; elle n'est pas si bien connue non plus. Visiblement - vous vous le savez - relativement peu de personnes se rendent compte de la proximité de Milan et de Lugano. Très peu de personnes connaissent l'importance de l'Italie en matière commerciale. Vous avez dit que l'Italie était notre deuxième partenaire commercial - devant la France - et vous avez aussi parlé de l'importance de la Lombardie. Ce qu'on peut ajouter à vos propos, c'est que l'importance relative de la Lombardie dans le commerce entre la Suisse et l'Italie est plus grande que l'importance relative du Bade-Wurtemberg dans le commerce entre l'Allemagne et la Suisse ou de la région Rhône-Alpes dans le commerce entre la France et la Suisse. Donc on voit que les liens avec la Lombardie sont très étroits. Un tel projet nous permet donc ce renforcement des liens avec l'Italie et il est lié à la stratégie de politique étrangère - vous l'avez évoquée - qui vise, pour les années 2012 à 2015, à donner une priorité - il y en a quatre - au développement des relations avec les pays voisins en prenant particulièrement soin des relations transfrontalières; et Dieu sait si elles sont importantes à l'heure actuelle!

A ce propos, je dirai deux mots sur le dossier fiscal. Au moment même où l'on abordait au Conseil fédéral la question du lancement de ce crédit pour l'Exposition universelle 2015 de Milan, la Suisse et l'Italie ont décidé de relancer également leur dialogue bilatéral sur le dossier fiscal, qui était assez peu bruyant, dirons-nous. C'était au début du mois de mai dernier. Un groupe de pilotage conjoint a été mis sur pied et le Conseil d'Etat tessinois a aussi décidé, à la même date je le rappelle, de libérer les prélèvements fiscaux qui reviennent aux communes italiennes limitrophes, permettant aussi, il faut bien le dire ici, le redémarrage de ce dialogue. La Suisse et l'Italie se sont engagées à examiner toute une série de thèmes, depuis la double imposition jusqu'à l'imposition des travailleurs frontaliers en passant par les fameuses listes noires, la régularisation des avoirs détenus en Suisse par des contribuables italiens non résidents, l'introduction d'un impôt à la source et l'accès au marché. Les négociations fiscales et financières entre la Suisse et l'Italie progressent. Le groupe de pilotage conjoint chargé du dossier s'est encore réuni il y a trois semaines à Rome pour évaluer l'avancée des travaux au niveau technique, et l'objectif est d'arriver à un accord de principe à ce niveau du groupe technique en tout cas d'ici la fin de l'année. Je vous rappelle que les élections sont prévues en Italie au printemps 2013.

La deuxième raison stratégique de participer à l'exposition est donc le thème "Nutrire il pianeta. Energia per la vita", thème où les compétences de la Suisse peuvent être mises très clairement en évidence. L'exposition va aborder en fait un des plus grands défis mondiaux, qu'on peut résumer ainsi: il s'agit de voir comment on peut garantir une alimentation non seulement suffisante - ce qui est déjà beaucoup -, mais aussi sûre et saine à la population mondiale. La Suisse contribue à ce débat international fondamental par la recherche, par les activités des entreprises suisses. Les contacts sont déjà pris, non seulement avec les groupements interprofessionnels, mais aussi avec les institutions de recherche, comme l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich ou Swiss Food Research.

Le thème de l'exposition permettra aussi d'offrir une plate-forme importante aux produits agricoles suisses, ce qui est conforme à une autre motion, non pas à la motion de Buman précitée, mais à la motion Schibli 11.3260, dont le but est de faire de l'Exposition universelle 2015 aussi une vitrine pour l'agriculture suisse. Le Parlement a d'ailleurs modifié un peu son texte pour mettre également en évidence les liens entre l'agriculture et le tourisme.

Ceci nous amène naturellement à la troisième et dernière raison stratégique de participer à l'exposition, c'est-à-dire à l'utilisation d'une telle plate-forme pour positionner la Suisse comme un pays attractif, mais aussi solidaire et responsable. Là, on retrouve la stratégie de politique étrangère, puisque dans les principes de politique étrangère, on avait mis en évidence pour les trois à quatre prochaines années et si possible évidemment au-delà, essentiellement les principes de neutralité, de solidarité et de responsabilité.

Le pavillon suisse permettra de mettre en évidence cette solidarité et cette responsabilité, en particulier la réflexion sur la responsabilité individuelle face aux défis globaux de l'alimentation. J'aimerais mentionner également qu'il ne faut pas oublier qu'une décision rapide et claire, non seulement de l'exécutif mais aussi du Parlement, positionne véritablement la Suisse comme un partenaire solide et fiable pour l'Italie, tout spécialement dans le contexte actuel. [PAGE 945]

Encore quelques mots sur les aspects financiers de l'organisation. Vous l'avez vu et vous l'avez redit: le budget total est de 23,1 millions de francs. Des participations sont prévues à hauteur d'au moins 8 millions de francs. Il y aura donc un solde d'une quinzaine de millions de francs au maximum à la charge de la Confédération. Ce montant correspond au dossier de l'exposition de Shanghai et il est moins élevé que dans le dossier de l'exposition de Séville qui prévoyait des dépenses beaucoup plus élevées.

Le premier bilan intermédiaire des contacts est positif. On l'a dit: il y a déjà des cantons et des villes qui ont annoncé leur participation, sous réserve des décisions parlementaires. Il est donc évident qu'il s'agit de traiter les cantons comme des partenaires à part entière et de trouver la meilleure solution dans ce dossier tout particulièrement, comme dans d'autres d'ailleurs. Les différentes interventions que vous avez faites tout à l'heure vont également être prises en compte par les responsables du dossier. Je crois que nous attendons véritablement un partenariat avec les cantons et pas uniquement un sponsoring, comme vous l'avez très bien dit et je vous en remercie.

Concernant les entreprises privées, il y a eu déjà passablement de contacts, eux aussi positifs, mais les entreprises attendent une décision claire du Parlement pour pouvoir avancer sur ce dossier. Les promesses d'engagement se montent à l'heure actuelle à 3,3 millions de francs, soit un peu moins de la moitié de la participation prévue, alors que nous sommes encore loin de 2015. Donc les choses se présentent bien pour le moment.

Enfin, le contexte économique difficile que traverse l'Italie est un fait. Je crois qu'il faut l'évoquer ici en deux mots. Il y a des risques dans ce dossier comme dans tous les projets. Ces risques doivent être gérés de manière sérieuse. Le gouvernement central italien, par la bouche de Monsieur Mario Monti, président du Conseil, a réaffirmé récemment son soutien au projet - c'était dans le cadre de la rencontre avec les pays participant à la rencontre internationale qui a eu lieu à la mi-octobre dernier.

Les premiers travaux ont commencé avec le nettoyage du site. Les travaux d'infrastructure ont été attribués il y a quelques mois et ont commencé il y a peu ou vont commencer bientôt. Le lot pour le pavillon suisse sera mis à disposition et équipé à partir de la fin de 2013. C'est à partir de là, donc à partir de 2014, qu'on pourra construire le pavillon suisse.

Le suivi du projet de manière précise a été mis en place par le DFAE. Les contacts avec les sponsors, les partenaires et les fournisseurs prévoient un plan de paiement progressif en fonction de l'avancement et aussi des clauses qui permettent de modifier le projet en cas de nécessité.

J'aimerais vous remercier d'ores et déjà d'apporter votre soutien à ce projet, et à ce projet d'italianité, non seulement en raison de la présidence italophone depuis ce soir dans votre conseil, mais surtout en raison des implications de ce projet sur les relations entre la Suisse et l'Italie. Avec votre soutien, vous confirmerez la position très claire qui a été prise et par le Conseil national et par votre commission. Je vous en remercie d'avance au nom du Conseil fédéral.