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Polla Barbara · Nationalrat · 2001-06-19

Polla Barbara · Nationalrat · Genf · Liberale Fraktion · 2001-06-19

Wortprotokoll

L'initiative populaire dont nous débattons aujourd'hui vise donc à introduire un service civil volontaire pour la paix. Le GSsA qui est derrière cette initiative admet cette fois-ci que les conflits sont inévitables. Il est également conscient que le service civil pour la paix ne saurait éliminer les causes de violence, mais il estime qu'il pourrait augmenter les chances de régler ces conflits autrement que par la violence.

Le GSsA se base fort adéquatement sur les expériences qui existent déjà ailleurs dans les pays qui nous entourent, notamment en France, et surtout en Allemagne où le service civil pour la paix fait partie intégrante de la politique gouvernementale de développement. Comme le dit un document de la "Bundesregierung" du 7 août 2000, le service civil pour la paix, nouvel élément de la politique de développement allemande, devrait en effet devenir un pilier de l'action future du "Deutscher Entwicklungsdienst". Car il ne saurait y avoir de vraie politique de développement sans paix. C'est la raison pour laquelle la "Bundesregierung" considère que la prévention et la gestion des crises, suscitant un intérêt croissant dans l'opinion publique, jouent un rôle de première importance dans le débat international sur la politique de développement.

C'est pour ces raisons notamment que Mme Heidemarie Wieczorek-Zeul, ministre allemande de la coopération et du développement, a créé un service civil pour la paix qui a reçu, en l'an 2000, 17 millions de marks du Ministère fédéral de la coopération économique et du développement. En Allemagne, très clairement, le service civil pour la paix a été implanté en coopération avec les autres instances existantes, gouvernementales ou non, et en parallèle à l'engagement militaire. C'est donc possible. En France, les choses sont moins avancées, mais on travaille aussi à une charte du service civil pour la paix et au développement de l'intervention civile volontaire, notamment pour les jeunes de 18 à 30 ans.

L'initiative s'est d'ailleurs fortement inspirée du travail français. L'un des points essentiels qu'elle demande, c'est bien cette formation de base que soulignait Mme Garbani pour tout volontaire résidant en Suisse, ouvrant ainsi plus particulièrement aux jeunes - et c'est très important - la possibilité de s'engager, que ce soit dans le cadre militaire ou dans le cadre civil, ce dernier souvent préféré d'ailleurs, en Suisse romande notamment.

J'ai personnellement toujours soutenu, et je continuerai de soutenir l'indispensable engagement militaire, mais il y a aussi lieu de soutenir activement l'engagement civil, dans la mesure où les deux sont complémentaires et non antagonistes. Mais, alors, où est le problème? Evidemment, le problème, ce sont toutes les autres initiatives du GSsA, c'est l'autre initiative, notamment celle dont nous avons traité la semaine dernière, l'initiative populaire "pour une politique de sécurité crédible et une Suisse sans armée". Il n'est juste pas crédible de demander en même temps la suppression de l'armée et la création d'un service civil pour la paix, et de vouloir faire croire que sa création ne mettrait en rien en cause l'engagement de l'armée pour le même type d'objectif. Ce n'est juste pas crédible et c'est bien pour cela que, moi aussi, je rejetterai l'initiative en question. Mais je le regrette, car il est loin d'être impossible qu'il existe en fait réellement une place, dans notre pays, pour un service civil pour la paix, coordonné par la Confédération, peut-être autrement que selon ce que propose l'initiative. Une chose est quand même sûre: on ne peut pas tout simplement rejeter cette initiative sans au moins avoir une idée plus précise de ce qui se fait, ici et ailleurs, et de ce qui pourrait se faire de plus et de mieux en la matière.

Pardonnez-moi, Monsieur le Conseiller fédéral, mais on ne peut pas se satisfaire des arguments du Conseil fédéral pour rejeter l'initiative, arguments qui sont avant tout d'ordre structurel: "Nous le faisons déjà", "cela coûterait cher", "cela troublerait inutilement l'excellente organisation actuelle" et "cela créerait des complications".

Oui, je suis convaincue que la Suisse fait beaucoup pour le développement et la gestion non violente des conflits, et j'en suis fière. C'est pour moi une grande raison de fierté de mon pays. Mais, non, cela ne doit pas nous empêcher d'envisager de faire mieux. C'est à ce souci que répond l'intervention de M. Eggly, qui est devenue le postulat de la Commission de la politique de sécurité du Conseil national. Il ne s'agit pas seulement de stratégie politique du genre: "Dites 'oui' au postulat, comme cela vous pouvez dire 'non' en toute bonne conscience à l'initiative." Non, il s'agit réellement d'obtenir les informations nécessaires qui pourraient ensuite servir de base à une amélioration, qui reste toujours possible, de l'ensemble des engagements suisses pour la paix.

Je vous invite donc à rejeter l'initiative, à transmettre le postulat de la commission et à attendre - mais pas trop longtemps! - les informations dont nous avons besoin pour envisager de renforcer encore notre engagement pour la paix, si cela s'avère adéquat, dans une vision d'engagement civil absolument complémentaire, et non compétitive, par rapport à l'engagement militaire pour la paix.