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Berset Alain · Ständerat · 2011-09-14

Berset Alain · Ständerat · Freiburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2011-09-14

Wortprotokoll

Une des grandes différences que nous avons aujourd'hui en travaillant dans cette salle, c'est que nous ne travaillons pas avec devant les yeux la Landsgemeinde de Wil an der Aa dans le canton de Nidwald, nous travaillons devant ce vitrail qui représente l'économie exportatrice de notre pays, qui représente le commerce par les voies d'eau, le commerce sur le Rhin. C'est tout à fait adapté au débat que nous menons aujourd'hui, c'est dans le fond un vitrail qui nous rappelle l'économie de notre pays et l'importance que l'économie a aussi dans les travaux que nous menons ici, au Conseil des Etats.

Le franc suisse est victime de son succès, disait le rapporteur de la commission. C'est vrai, victime de son propre succès, victime de la stabilité financière de notre pays, mais aussi victime des habitudes de celles et ceux qui voient dans le franc une valeur solide et stable, victime aussi de sa réputation, en quelque sorte une réputation estampillée "Swissness" qui fait que le franc est souvent utilisé comme une valeur refuge, contrairement à d'autres monnaies qui sont pourtant tout aussi solides, mais qui ne sont pas utilisées dans ce sens-là.

C'est la raison pour laquelle je vous propose d'entrer en matière sur le projet qui est présenté par la commission, qui nous a été soumis par le Conseil fédéral. Pour ma part, j'accepterai ce projet tel qu'il est ressorti des délibérations de la commission. Mais cela ne doit pas nous faire oublier que nous ne sommes pas les principaux acteurs de ce dossier: le principal acteur de ce dossier, c'est la Banque nationale. La principale force qui peut agir dans ce domaine, c'est la Banque nationale. Et je crois qu'il faut saluer ici l'action qu'elle a eue tout au long de cette crise, et notamment le dernier pas qu'elle a fait, qui a consisté à fixer un plancher de 1,20 franc suisse par euro.

Avec cette mesure, le franc a perdu d'un seul coup environ 7 à 8 pour cent de sa valeur. Ces 7 à 8 pour cent n'ont pas de quoi effrayer celles et ceux qui ont pris le franc comme une valeur refuge, pour se protéger; cette mesure n'a pas de quoi effrayer celles et ceux qui utilisent le franc, qui achètent des francs à terme, pour se protéger des effets de change et pour couvrir des échanges de biens réels. Par contre, cette mesure a naturellement de quoi effrayer un peu celles et ceux qui ont considéré que le franc était aussi un outil de spéculation sur lequel on pouvait jouer et qui ont là, d'un coup, compris que, dans le fond, on a assisté à un changement fondamental de la pratique de la Banque nationale.

C'est un signal assez fort, c'est un signal même très fort, qui dit que la politique monétaire est pragmatique, qu'elle ne vise pas seulement à suivre la théorie dans son domaine d'activités, mais qu'elle va à chaque fois avoir en tête les intérêts essentiels du pays et, dans le fond, qu'elle va à chaque fois essayer de minimiser les risques. Et si la Banque nationale a considéré aujourd'hui que minimiser les risques, c'était fixer un taux de change à 1,20 franc pour 1 euro, c'est une manière très pragmatique de voir les choses.

J'aimerais souligner deux points.

1. La Banque nationale a agi dans ce domaine en toute indépendance. Nous avons ensemble appris cette nouvelle une fois qu'elle a été publiée, pour tous les acteurs en même temps. Et c'est ce qui figure clairement dans les textes: l'indépendance de la Banque nationale pour gérer et mener la politique monétaire. Pourtant, nous avons bien vu que, quand la situation devient délicate, cette indépendance connaît aussi quelques limites. Nous avons vu que la Banque nationale a plus de force et plus de capacité pour agir lorsqu'elle n'est pas, sur le plan de la politique intérieure, soumise à des critiques trop fortes ou à des sentiments contradictoires.

Ce que je voudrais dire par là, c'est que nous pouvons bien observer de l'extérieur ce que fait la Banque nationale et dire qu'elle agit en toute indépendance. Nous avons aussi une responsabilité politique envers ce qui se passe. Il ne vous aura pas échappé que la Banque nationale a agi une fois que le climat politique était apaisé sur la question du franc, une fois que tout le monde semblait reconnaître sur le plan de la politique intérieure qu'il était nécessaire d'agir. Nous avons donc aussi une responsabilité politique, une responsabilité qui n'existe pas dans les textes, mais qui s'affirme dans les moments difficiles.

2. Malgré ce que la Banque nationale a fait, qui était spectaculaire, l'euro n'est encore qu'à 1,20 franc suisse. C'est-à-dire que le franc est encore largement surévalué et que les entreprises ne sont pas tirées d'affaire avec cette nouvelle donne, d'autant moins si l'on imagine ou si l'on sait que la situation risque de durer avec la situation économique dans les pays qui nous entourent, et d'autant moins si l'on suit le débat de la politique monétaire dans l'Union européenne, qui tendrait plutôt à trouver que l'euro est surévalué. Il ne vous aura pas échappé qu'il y a des appels dans l'Union européenne pour une dévaluation de l'euro. Ce qui pourrait naturellement aussi avoir des conséquences sur ce qui se passe dans notre pays.

Je vous dis tout cela parce que je suis convaincu que cela n'est pas terminé et que nous sommes au début de quelque chose et pas à la fin de quelque chose. Nous ne sommes pas les acteurs principaux de ce dossier, c'est la Banque nationale, mais il est nécessaire que dans notre champ de compétence nous soutenions le Conseil fédéral pour accompagner ce que la Banque nationale fait, que nous le fassions ensemble, parce qu'effectivement cette unité pour la défense des intérêts de l'économie de notre pays est le meilleur moyen de garantir la défense de l'ensemble de nos intérêts à moyen et long terme.

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