Lexipedia

Piller Carrard Valérie · Nationalrat · 2013-04-17

Piller Carrard Valérie · Nationalrat · Freiburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2013-04-17

Wortprotokoll

Quand j'ai entendu parler de cette initiative pour la première fois, je me suis demandé: "Mais que se passe-t-il? Que prévoit exactement cette initiative? Pourquoi revient-on sur le devant de la scène avec ce sujet?"

Cela fait tout juste dix ans que le peuple a accepté le régime du délai, et voilà que l'on veut déjà l'attaquer. Mais non, on ne va pas revenir en arrière après des décennies de débats qui ont abouti, avec plus de 72 pour cent des votants qui ont dit oui, à une large acceptation du régime du délai. La prise en charge obligatoire des coûts de l'interruption de grossesse par l'assurance de base fait partie intégrante de la loi votée.

Et voilà que cette initiative a pour but de remettre en question la législation actuelle en s'attaquant en surface au financement de l'interruption de grossesse. Il est évident que cette initiative remet en question le régime du délai. Pourtant, le régime du délai a fait ses preuves pendant plus de dix ans et a donné aux femmes le droit à une décision autonome et responsable sur l'interruption d'une grossesse non voulue.

Le taux d'avortement en Suisse, nous le savons très bien, est le plus bas de toute l'Europe, en particulier celui des adolescentes. La prévention y est pour quelque chose et l'on peut dire merci aux cours d'éducation sexuelle.

Supprimer la prise en charge de l'avortement des prestations de base de l'assurance-maladie ne fera en rien diminuer le nombre d'interventions ainsi que les primes; cela représenterait une faible économie. Au contraire, si l'initiative était acceptée, les accouchements et les complications résultant d'avortements non médicalisés ainsi que les coûts sociaux pour des familles pauvres engendreraient des dépenses plus élevées.

Selon une récente étude effectuée aux Etats-Unis, les coûts sociaux sont estimés à quatre à cinq fois le montant qui serait épargné par la suppression du remboursement de l'interruption volontaire de grossesse par l'assurance-maladie.

Une prise en charge médicale sérieuse et un conseil approprié doivent être garantis. En rayant le financement de l'interruption de grossesse de la liste des prestations de l'assurance-maladie obligatoire, les femmes mettront leur santé en danger en ayant recours à des offres d'intervention bon marché et peu sérieuses.

L'accès à l'interruption volontaire de grossesse sera rendu plus difficile surtout pour les femmes financièrement et socialement défavorisées. Nombre d'entre elles devront se procurer de l'argent d'une manière ou d'une autre pour financer leur intervention ou pourront ne pas en payer les coûts. Cette situation aura des conséquences et des répercussions graves, comme des endettements supplémentaires, des interventions retardées et donc plus compliquées, des grossesses non voulues avec des effets négatifs pour les femmes et les enfants. Nous savons très bien ce que ressent l'enfant à l'intérieur du ventre de sa mère; un enfant non désiré le ressent très tôt. Comment pourra-t-il s'épanouir normalement, quelles seront les conséquences psychiques sur son développement? Tant de questions que l'on ne devrait pas se poser. Laissons donc le libre choix aux femmes face à des décisions tellement personnelles.

L'initiative vise réellement la stigmatisation de l'interruption légale de grossesse et la culpabilisation des femmes concernées.

Nous ne pouvons pas tolérer un tel retour en arrière dans le droit des femmes à la santé sexuelle et reproductive. C'est pourquoi disons non à cette proposition totalement rétrograde!