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Perrin Yvan · Nationalrat · 2013-03-21

Perrin Yvan · Nationalrat · Neuenburg · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2013-03-21

Wortprotokoll

Je déclare tout d'abord mes liens d'intérêts: je suis président de la Société neuchâteloise de tir sportif qui constitue l'organe faîtier des sociétés de tir du canton de Neuchâtel.

L'initiative sur laquelle nous nous penchons maintenant vise à supprimer les tirs obligatoires. Comme cela a été dit à l'appui de leur proposition, les auteurs de l'initiative expliquent que cette obligation n'est plus adaptée aux besoins de notre temps, ni à ceux de l'armée, qu'il s'agit d'un anachronisme qu'il y a donc lieu de supprimer. Désormais, selon eux, sans utilité militaire le tir obligatoire ne serait en fait qu'une forme indirecte de subventionnement des sociétés de tir, dont le nombre de membres ne cesserait de baisser, nécessitant ainsi de toute façon une réforme en profondeur.

Cette initiative présente un second aspect découlant logiquement du premier, c'est-à-dire le retour de l'arme d'ordonnance à l'arsenal, les militaires astreints n'en ayant plus besoin puisqu'ils ne sont plus contraints à leurs obligations en matière de tir.

Au niveau financier, les promoteurs du texte estiment qu'un montant de 9,45 millions de francs investi dans le tir obligatoire n'apporte qu'une plus-value bien modeste, voire inutile. A ces frais, il convient d'ajouter les coûts occasionnés aux cantons et communes pour l'organisation des tirs en question.

Pour en revenir au retour de l'arme à l'arsenal, les auteurs de l'initiative relèvent que l'un des arguments phare de la campagne concernant l'initiative "contre la violence des armes" était précisément la nécessité de conserver son arme à domicile en vue des tirs obligatoires. Avec la suppression de ces derniers, il n'y a plus de raison de conserver son arme chez soi. Des exceptions sont néanmoins prévues pour les tireurs sportifs qui en feraient la demande.

La majorité de la commission rejette cette argumentation et rappelle que le peuple a rejeté l'initiative évoquée plus haut avec une participation de 56,5 pour cent des votants et qu'il a montré ainsi son attachement au fait que le militaire conserve son arme chez lui. Nous avons ainsi l'impression que cette initiative parlementaire vise à contourner une décision populaire claire par un autre moyen.

Les tirs obligatoires n'ont rien d'une survivance d'un passé révolu, mais jouent un rôle essentiel dans la formation de nos soldats qui vérifient ainsi chaque année le bon fonctionnement de leur arme, ainsi que leur aptitude à l'utiliser. L'argument selon lequel les tirs obligatoires constitueraient plus volontiers l'occasion de tirer des bouchons, plutôt que des cartouches, ne tient plus de nos jours. Les sociétés organisatrices prennent leur rôle très au sérieux et sont régulièrement contrôlées par les officiers fédéraux de tir quant à l'organisation de ces manifestations. Les coups d'essai sont décomptés avec précision, l'arme est contrôlée à l'entrée et à la sortie du stand tandis que des moniteurs de tir accompagnent les tireurs durant l'exercice et corrigent les éventuelles erreurs de manipulation ou de visée.

Afin de permettre aux opposant au tir obligatoire de se rendre compte du sérieux avec lequel ces exercices sont organisés, une proposition a été formulée afin d'inviter la commission à assister à l'un de ces tirs si contestés. On ne saurait nier que l'organisation des tirs obligatoires constitue une source de revenus bienvenue pour les sociétés de tir, mais celles-ci garantissent une large assise populaire à un sport qui remonte fort loin dans notre histoire puisqu'on trouve déjà ici-même à Berne une société de tir à l'arbalète en 1255, soit avant même la naissance de notre pays. Par leur action, les sociétés de tir en font un sport populaire sur lequel s'appuient nos sportifs d'élite qui se sont souvent distingués au niveau mondial, portant loin la réputation des tireurs helvétiques.

Au terme de la discussion, la commission a pris position et vous propose, par 16 voix contre 8 et 0 abstention, de ne pas donner suite à l'initiative. Au surplus, la commission a accepté, par 18 voix contre 0 et 6 abstentions, la proposition de procéder à la visite d'un exercice fédéral de tir obligatoire afin de se rendre compte de visu de son déroulement. Une telle démarche ne semble pas inutile tant les clichés évoqués tout au long du débat sont éculés et très loin de la réalité d'aujourd'hui.