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Cramer Robert · Ständerat · 2013-06-03

Cramer Robert · Ständerat · Genf · Grüne Fraktion · 2013-06-03

Wortprotokoll

Tout d'abord, je tiens à dire que, contrairement à un certain nombre de personnes qui se sont exprimées, je n'ai aucune espèce d'intérêt direct ou indirect dans des entreprises qui produisent de l'électricité. Par ailleurs, j'ai dû me faire excuser parce que j'étais en voyage avec le Bureau du Conseil des Etats lors de la séance de commission durant laquelle cet objet a été traité. C'est vous dire que pour ce débat d'entrée en matière, j'ai un certain détachement.

Toutefois, je tiens à formuler trois réflexions. La première, c'est qu'il est réjouissant que ce débat ait lieu, car nous menons un débat où l'on parle en réalité de la façon dont nous allons subventionner une activité, parce que, que la subvention vienne de l'Etat ou qu'elle soit imposée aux consommateurs d'électricité par un prélèvement sur les réseaux, cela revient finalement au même. Je trouve que cela contraste de façon frappante avec ce qu'il en a été lorsque l'on a eu à parler d'énergie nucléaire. On parle ici d'un débat qui porte sur quelques millions ou dizaines de millions de francs par année. Le recours à l'énergie nucléaire a été subventionné directement ou indirectement soit par les collectivités publiques, soit par des entreprises possédées par les collectivités publiques à hauteur de centaines de millions, voire à hauteur de milliards de francs. Il est donc très réjouissant que nous ayons ce débat, mais en même temps, nous devons avoir à l'esprit la mesure des choses et nous devons bien être conscients que les sommes dont nous parlons, s'agissant du domaine de l'électricité, sont en réalité des sommes de relativement petite importance.

La deuxième réflexion, c'est que le vrai problème que posent les nouvelles énergies renouvelables, c'est-à-dire le photovoltaïque et l'éolien, c'est leur succès phénoménal. Ceux à qui cela pose un problème, ce sont les grosses entreprises d'électricité suisses, les "Überlandwerke". Pourquoi? Parce qu'au début des années 2000, nous avons inventé en Suisse un modèle d'affaires. On a créé des "business plans" qui reposaient sur l'idée suivante. En Suisse, nous avons de l'eau et des barrages. La nuit, nous allons acheter de l'électricité très bon marché en Europe avec laquelle nous allons faire remonter l'eau dans nos barrages pour produire de l'énergie d'origine hydraulique aux heures de pointe et la réinjecter dans le réseau électrique européen en la vendant très cher. Malheureusement, à midi, il y a généralement du soleil. Alors, en Allemagne, où l'on s'est équipé de façon massive en infrastructures de production d'énergie photovoltaïque, à midi, le soir et aux heures de pointe, il y a de l'énergie relativement bon marché qui arrive sur le réseau électrique. Ce sont ces nouvelles énergies renouvelables qui condamnent le modèle d'affaires suisse.

Alors oui, c'est vrai, le système allemand pose problème! Mais, il ne pose pas un problème à l'Allemagne! Il pose un problème à la Suisse parce qu'il condamne un modèle d'affaires que nous avions conçu et qui ne fonctionne plus aujourd'hui. C'est la raison pour laquelle Axpo et Alpiq ont de telles difficultés actuellement. Elles avaient imaginé quelque chose et ce qu'elles ont imaginé ne marche pas. Voilà l'origine de nos difficultés. Dire que l'on a examiné soigneusement ce qu'il en est en Allemagne et que c'est une catastrophe, c'est bien sûr juste. C'est une catastrophe pour la Suisse, mais certainement pas pour l'Allemagne!

Maintenant, qu'allons-nous faire de ce modèle à succès? Nous avons aujourd'hui en Suisse un débat qui me fait penser étrangement au débat que l'on a sur les questions bancaires.

Ma troisième réflexion part d'une question: sommes-nous proactifs, essayons-nous d'aller vers un modèle à succès, ou sommes-nous réactifs, c'est-à-dire que nous nous défendons jusqu'au moment où il sera trop tard? Ce débat, nous l'avons également dans cette salle entre ceux qui regardent l'avenir dans un rétroviseur et ceux qui essaient d'aller de l'avant.

Hélas, regarder l'avenir dans un rétroviseur, c'est un peu le parti pris de ceux qui seraient censés défendre l'économie. Ceux qui sont censés être les porte-parole des entrepreneurs, de ceux qui ont des idées, de ceux qui formulent des propositions pour ce pays se montrent étrangement frileux. Nous n'avons pas à les suivre sur ce point.

Nous avons une responsabilité par rapport à l'avenir de notre pays et c'est la raison pour laquelle non seulement, bien sûr, je voterai l'entrée en matière sur le projet de loi, mais je serai favorable à tous les modèles qui nous permettent d'aller le plus loin possible dans la promotion des nouvelles énergies renouvelables. Tout à l'heure, je me permettrai de reprendre la parole lors du débat entre les 10 et les 30 kilowatts, pour essayer de vous convaincre qu'il n'y a qu'une seule réponse possible dans ce débat: celle [PAGE 377] d'adhérer à la décision du Conseil national de limiter à 10 kilowatts la puissance installée.