Roth-Bernasconi Maria · Nationalrat · 2010-06-17
Roth-Bernasconi Maria · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2010-06-17
Wortprotokoll
Plus de 2 millions: c'est le nombre d'armes à feu abritées par les foyers suisses. Parmi elles, 1,7 million d'armes militaires, dont 1,5 million d'unités appartiennent à d'anciens soldats. Ces fusils-là ne sont pas au service de la sécurité, mais de l'insécurité. Ils sont voués, au mieux, à prendre la poussière et, au pire, à faire mordre cette même poussière à leurs victimes, ce qui n'est hélas pas si rare.
Les violences commises derrière les murs des foyers concernent le plus souvent des femmes. Selon la statistique d'aide aux victimes d'infractions, les trois quarts des victimes qui consultent sont des femmes, soit environ 22 000 en Suisse pour la seule année 2007. Et je ne parle là que des victimes qui osent sortir de l'ombre. Dans notre pays, 10 à 20 pour cent des femmes, soit une femme sur cinq, subit des violences perpétrées par son partenaire. Entre 2000 et 2004, au moins 250 femmes ont été victimes d'homicides ou de tentatives d'homicides - parmi celles répertoriées -, commis par leur partenaire ou ex-partenaire. Le plus grand danger pour les femmes n'est donc tapi ni dans les rues sombres ni dans les quartiers douteux, mais dans la chaleur de leurs propres murs.
Pour peu que ces murs abritent une arme, le danger se renforce encore. Un homme violent est plus dangereux avec un fusil sous la main. Combien de femmes le payent-elles de leur vie? Tout le monde se souvient de l'assassinat tragique - on l'a déjà dit -, au pistolet d'ordonnance, de la skieuse Corinne Rey-Bellet et de son frère, par le mari de celle-ci, qui s'est ensuite donné la mort. Combien d'anonymes subissent-elles le même sort? Si l'on tient compte des suicides, c'est plus d'une personne par jour qui meurt en Suisse par arme à feu. Combien de larmes sont dues à l'arme?
Cette initiative populaire vise justement à sortir l'arme militaire du placard, et les fusils oubliés du grenier. Pour tous ceux et toutes celles qui font de la lutte contre l'insécurité leur cheval de bataille, ce texte est l'occasion rêvée [PAGE 1109] d'avancer vers plus de sécurité. Plus de sécurité pour tous, grâce aux conditions posées aux détenteurs d'armes, à la création d'un registre national et à l'interdiction des armes spécialement dangereuses. Et plus de sécurité pour les femmes, comme le reconnaît le Conseil fédéral dans son message du 16 décembre 2009: "limiter l'accès aux armes à feu est ... une mesure cruciale, spécialement probante dans le domaine de la prévention de la violence domestique grave".
Bref, le jeu en vaut la chandelle. Désarmer le bras violent, c'est un pas facile à faire pour prévenir des drames domestiques. Reste encore à agir à la racine du mal, à la racine du mâle, du stéréotype du mâle, viril à condition d'être violent, et de celui de la femme, objet des pulsions du premier.
En tant que présidente des Femmes socialistes suisses, je vous invite à soutenir cette initiative populaire, qui est une étape importante en direction de notre but, à savoir que les violences envers les femmes cessent; autrement dit, qu'elles passent l'arme à gauche. C'est aussi à la droite de prendre ses responsabilités et de nous y aider!