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Moret Isabelle · Nationalrat · 2013-11-28

Moret Isabelle · Nationalrat · Waadt · FDP-Liberale Fraktion · 2013-11-28

Wortprotokoll

L'objectif de cette initiative est louable. Plus que cela, il est noble. Défendre une partie de la population qui est en difficulté en raison de son revenu est une cause que nous partageons tous. L'existence de "working poor", des ménages travaillant et ne disposant pas d'un revenu suffisant pour vivre, est inacceptable. Le but est certes louable, mais cette initiative pour un salaire minimum est dangereuse, pire, elle est destructrice. Croyant défendre les plus faibles, elle les écrase en réalité. Loin d'aider les ménages à revenu modeste, elle détruira tant des emplois que le partenariat social. Et c'est cette destruction qui rend cette initiative si dangereuse. "Destruction": le mot est fort mais ô combien justifié. L'introduction d'un salaire minimum est l'exemple typique, classique, un cas d'école, de diminution de la quantité échangée par la fixation d'un seuil étatique. "Diminution de la quantité": un terme bien abstrait pour décrire le drame qu'est la destruction d'emplois que cette initiative va engendrer. Vous voulez venir en aide aux personnes à revenu modeste, aux gens qui travaillent, aux gens qui créent de la valeur mais ne peuvent pas en profiter: croyez-vous sincèrement qu'en détruisant leurs emplois vous allez aider ces gens? Pourrez-vous les regarder dans les yeux lorsque dans quelques années le taux de chômage aura pris l'ascenseur?

Cette initiative n'est que la démonstration concrète de la méconnaissance du système économique par la gauche de cet hémicycle. Les études sont unanimes: l'introduction d'un salaire minimum est toujours liée à une augmentation du chômage; les postes de travail dont l'existence n'est possible qu'en dessous de ce seuil seront purement et simplement supprimés, mettant de nombreuses personnes au chômage. Une seule et unique étude affirme pourtant le contraire, celle de Card et Krueger en 1997, seul argument de la gauche sur le plan économique qui prouve, en la brandissant à tout-va, son ignorance du sujet.

Observons ensemble l'objet de cette étude. Tenez-vous bien! Elle étudie deux Etats américains voisins, uniquement dans le milieu des "fast food" et sur une période de seulement neuf mois. C'est ridicule! Tout ceci est bien trop restreint pour espérer en tirer une quelconque conclusion.

Mais la dangerosité et la destruction menaçante de cette initiative ne s'arrêtent pas à l'emploi. Elle s'attaque également au partenariat social. Elle s'attaque au fondement même du succès de l'économie suisse. La négociation entre partenaires sociaux pour les conditions de travail est un pilier de la réussite de notre économie. Le menacer, c'est ébranler le système dans son entier, et cela, c'est inacceptable.

Cette initiative n'est pas seulement dangereuse pour les travailleurs de ce pays. Elle s'attaque également aux PME et aux start-up. Combien de jeunes entrepreneurs, combien d'innovateurs sont employés de leur propre entreprise et se versent lors du démarrage de l'entreprise ou de la start-up un salaire inférieur à 4000 francs?

Lancer une entreprise, créer des emplois, de la valeur, prendre des risques, en un mot entreprendre: au début, le salaire n'est pas là, c'est un sacrifice personnel qu'il faut faire, c'est une prise de risque. En obligeant ces entrepreneurs, ces petits patrons de start-up à se verser un salaire de 4000 francs, cette initiative leur enfonce la tête dans l'eau, les noie et détruit le tissu économique suisse; elle détruit l'innovation et empêche les nouvelles PME de se développer.

Le groupe libéral-radical défend une politique économique libérale et responsable, une politique qui s'attache à défendre l'ensemble des travailleurs, une politique résolument tournée vers l'avenir, une politique qui ne s'abandonne pas aux faux espoirs et aux vraies menaces. Cette initiative est dangereuse; elle est destructrice; elle menace les emplois; elle détruit l'innovation; elle met en danger les PME et leurs collaborateurs; elle n'a aucun sens économique et elle menace résolument le modèle de succès suisse.

Pour toutes ces raisons, je vous invite à recommander au peuple et aux cantons de rejeter cette initiative populaire dangereuse et destructrice tant pour l'économie et l'emploi que pour la Suisse.