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Amaudruz Céline · Nationalrat · 2013-11-27

Amaudruz Céline · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2013-11-27

Wortprotokoll

La volonté des initiants d'éradiquer la précarité et la pauvreté dans notre pays est parfaitement louable. Tout un chacun ne peut qu'adhérer à ce noble objectif et, croyez-moi, si un dispositif permettait de concrétiser un pareil idéal, je serais la première à le soutenir. Malheureusement, l'initiative populaire "pour la protection de salaires équitables" rate sa cible. Adopter ce texte, c'est emprunter une voie qui va à l'opposé du sens choisi par notre pays, à savoir celui d'une économie libérale qui promeut le partenariat social. Associer et non plus opposer employeurs et employés nous vaut depuis plusieurs décennies une paix du travail que les pays voisins nous envient, cette paix du travail garante de notre prospérité.

Alors que nos entreprises, et en particulier nos PME, doivent lutter année après année contre un flot de normes supplémentaires qui réduit leur compétitivité, il faudrait à en croire les partisans de l'initiative que l'Etat se mette à fixer un salaire minimum, concrétisant par là les songes des théoriciens du collectivisme économique. Un salaire minimum légal appliqué dans notre pays briserait la paix du travail et freinerait le dynamisme économique dont notre pays récolte les fruits pour revenir, comme le souhaitent peut-être les auteurs de l'initiative, à une époque où bourgeoisie et prolétariat s'affrontaient. Aujourd'hui, la majorité des partenaires sociaux ne souhaite pas remettre en cause un partenariat social dont les employeurs et les employés ressortent gagnants, de même que le pays entier.

Nous pouvons aussi nous poser la question de savoir si être social, c'est détruire des emplois et exclure du marché du travail les personnes les moins qualifiées et les moins intégrées dans le monde du travail. Loin d'être absurde, cette question doit se poser quand on sait que l'introduction de salaires minimums laissera sur la touche des milliers de personnes avec comme inévitable conséquence une hausse du nombre de chômeurs et de bénéficiaires de l'aide sociale. Une fois le système mis en route, sa perversité nous obligerait à augmenter les impôts pour financer les prestations versées aux personnes exclues du système, ce qui étoufferait un peu plus les entreprises en laissant toujours plus de gens au chômage.

Paradoxalement, alors que l'instauration de salaires minimums vise à lutter contre la sous-enchère salariale, la pratique a démontré qu'un tel instrument poussait les salaires non pas vers le haut comme espéré, mais vers le bas. Point n'est besoin d'aller chercher bien loin la démonstration de ce que je viens de dire: il suffit de tourner nos regards vers la France qui connaît le régime du SMIC, à savoir le salaire minimum interprofessionnel de croissance - vous me direz à ce propos qu'il est bien mal nommé - et son montant horaire brut de 9,43 euros. Lancé dans un premier temps comme un minimum, il est très vite devenu le salaire de référence dans de nombreux domaines, maintenant ainsi dans la gêne à vie des milliers de salariés.

La faillite d'un modèle pourrait justifier une réflexion quant à une réforme en profondeur. Fort heureusement, tel n'est bien sûr pas le cas en Suisse. Par rapport à certains Etats qui croulent sous le chômage, la Suisse peut s'enorgueillir de connaître un taux de chômage relativement faible ainsi qu'une forte participation au travail pour les 15 à 64 ans de 11,5 points supérieure à la moyenne des pays de l'OCDE.

Quant au taux de pauvreté, celui-ci est passé de 9,1 à 7,9 pour cent de la population. 7,9 pour cent de trop, me rétorquera-t-on. Oui, vous avez raison, mais cela ne doit pas nous conduire à emprunter les recettes erronées du système économique socialiste, dont le caractère nuisible n'est plus à démontrer.

On dit qu'il faut profiter des erreurs des autres dans la mesure où l'on ne deviendra jamais assez vieux pour les faire toutes soi-même. Profitons donc de l'exemple de notre voisin hexagonal et disons non à l'initiative, fort mal intitulée "pour la protection de salaires équitables".