Recordon Luc · Ständerat · 2013-06-04
Recordon Luc · Ständerat · Waadt · Grüne Fraktion · 2013-06-04
Wortprotokoll
En effet, la réponse du Conseil fédéral va au-devant d'une partie de mes préoccupations et apporte un certain nombre de réponses.
Je voudrais ici rappeler que la cybercriminalité, qu'il faut bien distinguer de la cyberguerre, puisque la seconde concerne uniquement les conflits interétatiques au moyen de cyberattaques, sont toutes deux de véritables plaies qui ne cessent de croître. En effet, vous aurez constaté que les deux plus grandes puissances mondiales, qui ne sont plus les Etats-Unis et la Russie - l'Union soviétique précédemment - mais les Etats-Unis et la Chine, se livrent de plus en plus à une sorte de guerre-test, si on peut le dire ainsi, depuis quelques années, ou plutôt depuis un petit nombre d'années. Il y a des tentatives de part et d'autre de bloquer les systèmes, et notamment la République populaire de Chine héberge une quantité tout à fait impressionnante de sites ou de serveurs capables de mener des attaques extrêmement inquiétantes. Les Etats-Unis ne sont certes pas en reste, et à vrai dire nous n'avons pas à nous réjouir qu'il y ait deux et non pas un acteur principal dans ce domaine.
En effet, nous pouvons être la cible des uns comme des autres. Il n'est pas très connu en général que certains des départements fédéraux ont fait l'objet d'attaques, peut-être d'attaques-tests, peut-être de mesures de rétorsion de personnes mécontentes de telle ou telle mesure que notre pays avait prise. D'ailleurs, si je n'ai pas cité la Russie pour l'instant, c'est parce qu'elle est un peu moins forte dans ce domaine que la Chine et les Etats-Unis, mais il est clair qu'elle a été à l'origine de la première attaque spectaculaire contre l'Estonie, à une époque où il y avait un conflit sur la situation des ressortissants de langue russe dans ce pays. Donc, là encore, nous avons affaire à un acteur assez préparé et agressif.
Je pense qu'à terme, nous devons considérer que les principales attaques seront menées par ce moyen. En effet, il est extrêmement économique: il y a très peu de pertes en vies humaines - zéro pour l'attaquant; en revanche, il peut y avoir des dégâts très importants au niveau de l'Etat attaqué. Là, le parallèle se justifie avec la cybercriminalité, parce que, pour des raisons de chantage par exemple, profitant du risque encouru, il se peut que des groupes purement privés mènent ce genre d'attaque. Là encore, c'est extrêmement économique: il faut une grande maîtrise technique sans doute, il faut des appareils relativement sophistiqués, mais en revanche le risque de rétorsion est quasi nul. En effet, en l'état des moyens, il est très difficile de remonter à la véritable source, qui - un peu comme dans le domaine de la finance - se cache derrière des écrans, non pas des sociétés-écrans, mais des écrans d'ordinateurs.
Face à cela, les réponses du Conseil fédéral montrent qu'il a pris conscience de l'importance du problème. Il a mené récemment - on l'a appris par les médias - un exercice qui s'est révélé assez probant. En revanche, j'aurais besoin de quelques compléments par rapport à la réponse écrite que j'ai pu obtenir.
Il me semble que l'inquiétude n'est pas encore tout à fait assez grande, car, même si le service appelé Melani me fait bonne impression, j'aimerais être sûr qu'il est capable de porter assistance au besoin aussi aux services de l'armée, laquelle ne me paraît pas très fortement dotée dans ce domaine. Quand je lis que 28 postes ont été créés dans ce secteur, à l'aune du danger et des moyens que nous mettons pour la défense militaire classique - dont l'efficacité, de même que la pertinence et l'utilité sont, à mes yeux, de plus en plus douteuses -, je me demande s'ils ne sont pas très en dessous des besoins et s'il ne faudrait pas réaffecter des moyens affectés à la défense classique - blindés, fantassins - à la lutte contre la cybercriminalité et surtout contre la cyberguerre.
Puis, la seconde question a trait aux relations internationales. J'ai suggéré dans mon interpellation que l'on aille vers une convention internationale. Certains accords existent, mais ils sont assez discrets et limités. Il me semble que, lorsque nous avons eu l'occasion de recevoir les plus hautes autorités chinoises, il y a quelques jours, dans notre pays, ça aurait dû être - peut-être cela a-t-il été le cas, Madame la conseillère fédérale Widmer-Schlumpf me le dira - l'occasion de poser la question de savoir si ce pays, à l'instar des Etats-Unis, peut-être de la Russie et évidemment de tous les autres, ne veut pas entrer dans une logique d'apaisement dans ce domaine.
A terme, je pense qu'on peut causer un tort extrêmement considérable à l'ensemble des pays, à leur commerce, à la qualité de leurs relations, si on laisse pourrir la situation petit à petit, par des attaques plus ou moins vicieuses. Chaque pays dit qu'il ne contrôle pas ceux qui les lancent, ce qui est probablement vrai dans un bon nombre de cas, mais on est à peu près persuadé que, dans une quantité de ces occurrences, les pays sont actifs et en tout cas ne font pas grand-chose pour se défendre.
D'où ma question: est-ce qu'il ne faut pas, Madame la conseillère fédérale, se montrer plus vigoureux, plus actifs dans la recherche d'un accord international exigeant et pointu, incluant bien entendu les trois principaux pays que j'ai cités - Chine, Etats-Unis et Russie?