Leuenberger Ueli · Nationalrat · 2013-11-26
Leuenberger Ueli · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2013-11-26
Wortprotokoll
Il y a un durcissement de la loi sur la nationalité. Dans celle-ci on prévoit toujours plus d'obstacles, plus de critères à remplir pour rendre la naturalisation plus difficile pour celles et ceux - par ailleurs beaucoup de personnes - qui remplissent tout à fait les conditions d'intégration. A l'article que nous traitons actuellement, on en remet une couche supplémentaire au sujet de la [PAGE 1824] langue. Je veux tout simplement vous rappeler qu'en Suisse, 800 000 personnes sont de facto illettrées. Illettrées, et la moitié d'entre elles sont des Suisses de souche. Donc ce sont des personnes qui sont incapables de lire, de comprendre ou d'écrire un texte, ou qui ont des difficultés à lire, comprendre ou écrire un texte.
Nous ne sommes pas du tout dans cette situation avec les conditions actuelles concernant la langue, et je ne peux tout simplement pas comprendre la couche supplémentaire qu'on remet chaque fois. A l'article 12 alinéa 1 lettre c, le Conseil fédéral prévoit "l'aptitude à communiquer dans une langue nationale". Notre conseil a décidé par la suite d'exiger "l'aptitude à bien communiquer au quotidien dans une langue nationale, à l'oral et à l'écrit". Le Conseil des Etats reprend la notion de "bien communiquer": "l'aptitude à bien communiquer au quotidien dans une langue nationale". Maintenant, la minorité I (Pantani) veut ajouter "dans la langue nationale parlée au lieu de domicile, à l'oral et à l'écrit". La réalité ne serait pas comme ce que Madame Pantani a essayé de faire croire en disant qu'il fallait parler couramment: dans sa proposition de minorité, elle exige "à l'oral et à l'écrit", c'est-à-dire bien parler et bien écrire.
La réalité est quand même différente dans notre pays. Beaucoup de migrants - prenez par exemple les ouvriers qui travaillent dans le bâtiment -, après vingt ans, trente ans de travail en Suisse, quelle langue est-ce qu'ils parlent? Ils ont construit nos écoles, nos maisons, nos infrastructures: ils parlent la langue du contremaître, et celle-ci est un mélange, en Suisse romande, entre le français, l'italien et l'espagnol, en Suisse alémanique, entre l'allemand, l'italien et parfois le portugais. Ce sont des gens qui se débrouillent très bien et qui ont la possibilité de communiquer par oral, mais souvent pas par écrit.
Ne mettons donc pas continuellement des obstacles supplémentaires. Je vous rappelle aussi que dans le canton de Neuchâtel, le canton du Jura et dans le canton de Genève, à des niveaux différents, les immigrés ont le droit de vote au niveau communal ou cantonal. Et dans certaines régions, ils sont même éligibles sans qu'on mette des critères ou des exigences au niveau de la langue, comme la majorité veut l'exiger maintenant au niveau des naturalisations. Et n'oublions pas que nous sommes un pays plurilingue avec quatre langues nationales. Il y a quatre cantons où plusieurs langues officielles existent. De vouloir à tout prix maintenant mettre un critère supplémentaire pour empêcher que des gens deviennent suisses est inadmissible du point de vue du groupe des Verts.
Pour terminer, j'aimerais vous raconter une chose que j'ai retenue d'un paysan du canton de Vaud dans un débat télévisé public sur l'intégration. Il a dit: "Vous savez, quand je sème des carottes, elles commencent à pousser; je les arrose et je les soigne. Et je ne vais pas tout le temps regarder et tirer les carottes pour regarder si les racines ont bien pris." Le paysan a dit qu'autrement, ses carottes allaient mourir - non, il a dit: "Elles vont crever." Au niveau de l'intégration des immigrés, c'est la même chose.
Je vous prie d'adopter la proposition de la minorité II (Schenker Silvia) et celle de la minorité Tschümperlin.