Fournier Jean-René · Ständerat · 2012-09-25
Fournier Jean-René · Ständerat · Wallis · Fraktion CVP-EVP · 2012-09-25
Wortprotokoll
La situation actuelle de la branche du tourisme mérite toute notre attention. Mis à mal par la cherté du franc, mis à mal également par la multiplication des offres étrangères, notre tourisme accuse un fort recul des nuitées et nécessite un investissement important, non seulement un investissement permettant la mise à jour, mais aussi, certainement, un investissement permettant la réorientation des infrastructures.
D'autre part, l'adoption de l'initiative populaire "pour en finir avec les constructions envahissantes de résidences secondaires" modifie fondamentalement les conditions-cadres du développement économique dans les régions touristiques de montagne. La situation est préoccupante et nécessite des mesures immédiates. Cette nécessité a déjà été explicitée et admise d'ailleurs mardi dernier par notre conseil lors du traitement du postulat Baumann 12.3495, "Mettre sur pied en Suisse une banque du tourisme". Tout comme Monsieur Baumann, je ne partage pas l'attitude attentiste du Conseil fédéral. Certes, il faut procéder à des études, mais ces études doivent déboucher à court terme déjà sur des mesures concrètes. Les régions touristiques ne peuvent attendre 2016 ou 2019 pour espérer, le cas échéant, d'éventuelles mesures.
La situation actuelle est vraiment préoccupante. La votation du 11 mars 2012 remet fondamentalement en question le modèle économique du tourisme dans les Alpes suisses. Certains y voient une grande chance, d'autres de grands risques. La vérité est souvent entre les deux. Il nous faudra donc maximiser les chances et maîtriser les risques.
D'importantes réformes structurelles sont nécessaires, à court terme déjà, et elles doivent être soutenues. La mise à niveau des infrastructures touristiques s'inscrit dans ces adaptations structurelles. Cette mise à niveau ne concerne pas uniquement les infrastructures hôtelières. L'activité hôtelière en région de montagne est difficile. La saison est courte: six mois à peine! La clientèle est exigeante. Les standards de qualité sont élevés. La concurrence étrangère est importante.
Les investissements et les frais d'exploitation sont également très élevés. Sans soutien direct ou indirect, il n'est plus guère possible aujourd'hui de rentabiliser un hôtel dans une station de montagne. C'est un fait, et la réalité des chiffres est souvent implacable. Or, tout le monde s'accorde sur le principe de la nécessité de développer l'hôtellerie et de lutter contre les lits froids. Un soutien actif de la Confédération est donc indispensable. Ce besoin de soutien n'est pas nouveau. Il est aujourd'hui déjà reconnu et défini dans la loi fédérale sur l'encouragement du secteur de l'hébergement. Il est concrétisé par les activités de la Société suisse de crédit hôtelier.
Le crédit hôtelier a des moyens financiers. Il apporte une aide appréciée. Nous pouvons nous en réjouir. Dans le contexte spécifique que nous connaissons aujourd'hui, cela ne [PAGE 883] suffit pourtant pas; à situation nouvelle, mesure nouvelle. Dans son activité courante, il importe que le crédit hôtelier prenne en considération les besoins spécifiques des hôteliers des stations touristiques. En montagne, comme je l'ai dit, la durée de la saison est courte, souvent pas plus de six mois, et cette durée influence la rentabilité des investissements. Le crédit hôtelier doit mieux en tenir compte. Il doit pouvoir prendre des risques et apporter un véritable soutien complémentaire aux prêts bancaires à des établissements qui, par définition, sont peu rentables.
Aujourd'hui, il est quasiment impossible pour un jeune de reprendre une exploitation hôtelière, même lors d'une succession, d'où la fermeture de nombreux établissements. Or, l'importance de maintenir en mains locals des établissements de qualité est primordiale, surtout dans les petites et moyennes stations. Seulement à Saas-Fee, par exemple, qui est une station touristique de haut niveau, dix hôtels sont actuellement à vendre. La situation est préoccupante. Il faut rapidement prendre des mesures qui devront porter leurs effets encore en 2013, mais au plus tard en 2014.
Il y a plusieurs voies pour prendre des mesures: ou on crée de nouveaux instruments, ou on améliore les instruments existants. L'urgence de la situation nous dicte de choisir la deuxième approche. Parmi ces améliorations d'instruments existants figurent la redéfinition et l'élargissement des missions du crédit hôtelier. Les conditions d'octroi de prêts doivent être adaptées à la nouvelle situation, par exemple en proposant des prêts sans intérêts ou des financements assimilables à des fonds propres. Le crédit hôtelier doit se positionner en véritable partenaire à long terme des hôteliers. Une autre mission importante du crédit hôtelier qu'il faudrait développer est la mise à disposition de compétences, mais également de moyens dans le but de faciliter la succession et la reprise d'établissements par de jeunes exploitants motivés à devenir propriétaires de leur outil de travail.
Les difficultés de l'hôtellerie, mais plus largement les mutations du secteur touristique et l'évolution des besoins de la clientèle nous amènent à réfléchir à l'aide dont le secteur de l'hébergement touristique a besoin.
Le secteur de l'hébergement touristique ne se résume pas à l'hôtellerie. Le champ d'activité du crédit hôtelier doit être élargi, toujours dans la perspective du repositionnement structurel de l'hébergement touristique. Avec Innotour, de nouveaux modèles d'affaires et de coopération sont développés, mais ces modèles doivent pouvoir être implantés dans la pratique. Pour mieux exploiter les résidences secondaires existantes et en faire des lits chauds, cela demande des investissements dans la gestion centralisée de ces objets, des investissements dans la coopération entre hôtels et parcs de résidences secondaires exploités en la forme commerciale et hôtelière. A la revalorisation ciblée de l'hôtellerie devrait s'ajouter le soutien à de nouvelles formes d'hébergement touristique: infrastructures parahôtelières avec service hôtelier, programmes destinés à mieux exploiter commercialement les résidences existantes, etc. Ces formes alternatives d'hébergement touristique méritent également un soutien. Le crédit hôtelier peut et doit y contribuer pour que de telles structures puissent être développées localement.
Combien de fois n'a-t-on pas entendu que l'exploitation d'hôtels devait être plus favorisée et qu'il fallait remplacer les résidences secondaires trop peu occupées? Combien de fois n'a-t-on pas entendu que les lits chauds devraient se substituer aux lits froids? Cette mutation ne résultera pas de pieuses intentions, mais d'une solide volonté des partenaires touristiques soutenus par les collectivités publiques et par les institutions prévues à cet effet, dont le crédit hôtelier.
La Confédération doit s'engager résolument et rapidement à minimiser les risques importants de la législation sur les résidences secondaires. Seulement pour les cantons de Vaud et du Valais, une perte de 4300 places de travail est annoncée selon des études récentes. L'économie de la construction est touchée en première ligne évidemment, mais l'ensemble de l'économie régionale est concernée à terme. Les coiffeurs, les boulangers et même les écoles dans les villages de montagne sont menacés de fermeture du fait du déplacement de familles vers les centres à la recherche de places de travail.
Depuis de nombreuses années, nous luttons dans nos régions de montagne pour offrir à notre population résidente des conditions-cadres laissant espérer un développement économique capable de créer des places de travail. Mais, malgré ces efforts, des régions entières comme la vallée de Conches se dépeuplent lentement. L'initiative Weber qui a été acceptée sans contre-mesures va accélérer encore ce dépeuplement à court terme si des mesures énergiques et efficaces ne sont pas prises rapidement.
L'expérience de la promotion économique de ces dernières années a démontré que créer une place de travail en région de montagne exigeait un investissement en efforts, en persévérance et en argent qui est un multiple de celui nécessaire pour une même place de travail en plaine ou sur le plateau. L'économie touristique étant souvent le seul salut économique de ces régions, un renforcement du soutien à l'hôtellerie et, plus globalement, un renforcement du soutien à l'hébergement touristique est l'une des mesures efficaces pour maintenir un tissu économique viable en région de montagne.
D'autre part, l'industrie touristique est notre quatrième branche exportatrice - faut-il encore le rappeler? Il est important pour toute la Suisse que cette branche demeure compétitive. Notre soutien à cette branche passe entre autres par un élargissement des missions et des critères de financement de la Société suisse de crédit hôtelier. Ces adaptations sont urgentes. C'est animé par ces préoccupations, que je vous demande - ma foi, contre l'avis du Conseil fédéral - de bien vouloir adopter ma motion.