Ory Gisèle · Ständerat · 2008-06-11
Ory Gisèle · Ständerat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2008-06-11
Wortprotokoll
Je vous propose de diviser le programme d'armement en deux parties, d'adopter aujourd'hui la première partie, qui ne pose pas de problème et qui n'est pas contestée, et d'attendre encore pour prendre une décision sur la deuxième partie, et de ne la prendre que lorsque nous aurons une vue globale de ce que nous voulons et que nous pourrons décider en toute connaissance de cause.
Je vous propose donc d'étudier la question de l'amélioration des F/A-18 en même temps que nous examinerons l'ensemble des Forces aériennes et en particulier l'achat des nouveaux avions. Cette question n'est pas urgente. Le coût est énorme et, par conséquent, je vous invite à une certaine prudence et à prendre encore le temps de réfléchir. Je ne suis pas opposée à l'ensemble des adaptations, mais j'aimerais que l'on examine plus particulièrement ce qui est utile à la police aérienne et ce qui est trop performant ou pas indispensable à cette mission.
L'impression que je ressens actuellement, c'est que l'armée est en pleine transition. D'une part, on continue à penser partiellement comme au XXe siècle et à se préparer à des dangers qui n'existent plus; d'autre part, on prend acte que la situation a complètement changé, que les menaces ne sont plus les mêmes - on le sait et on s'y prépare aussi. C'est une impression d'avoir deux cultures qui évoluent en parallèle. Nous ne sommes plus dans une situation d'Europe en guerre ou de guerre froide. Il faut clairement changer notre point de vue et nos réponses, et finalement aussi notre équipement.
Il n'y a pas aujourd'hui d'indications rationnelles qui pourraient nous faire penser que nous courons un risque plausible d'attaque aérienne d'un ennemi externe, étatique et bien équipé. Alors à quoi cela sert-il de nous y préparer et de dépenser des dizaines de millions de francs qui seraient sans doute mieux investis dans d'autres domaines qui correspondent mieux aux menaces actuellement plausibles? Nous ne pouvons pas non plus imaginer qu'il puisse nous être utile de nous équiper d'un matériel qui nous permette de répondre à un ennemi qui soit armé selon les standards de l'OTAN. Ce n'est pas crédible: quel ennemi? d'où viendrait-il? et comment ferait-il pour traverser toute l'Europe pour venir nous attaquer sans être arrêté avant d'être à notre frontière?
Suite à cette analyse, je pense que les F/A-18 que nous possédons, équipés comme ils le sont, sont pour le moment suffisants pour assurer notre sécurité. Ils l'ont fait jusqu'à maintenant. Ils peuvent être engagés dans des cas rares de grand danger ou servir de base à une montée en puissance au cas où il y aurait un conflit mondial et que nous voudrions voler à la rescousse de l'Europe ou de l'OTAN. Je pars de l'idée qu'en principe nous n'avons pas l'intention de participer à des opérations de l'OTAN, que nous n'avons pas les mêmes objectifs que l'OTAN, et que nous n'avons donc pas besoin d'être équipés comme l'OTAN. Nous devons comme Etat souverain garantir la sécurité de notre espace aérien, mais notre activité doit correspondre à cet objectif et nous ne devons pas tirer au canon sur des moustiques.
Les seules menaces auxquelles nous devons véritablement nous préparer et auxquelles nous pouvons espérer répondre efficacement, ce sont des menaces du type terrorisme ou "avion voyou". Ce dont nous avons besoin pour cela, ce sont d'avions capables d'exécuter des opérations de police aérienne. Pour des interventions de ce type, nous n'avons pas besoin de nombreux avions très sophistiqués et très performants; nous avons plutôt besoin d'avions légers, pas trop chers et pas trop bruyants. Ces 33 F/A-18 permettent actuellement d'assurer les interventions aériennes et le maintien de notre savoir-faire.
Est-il vraiment nécessaire d'améliorer les F/A-18 et d'acheter dans quelques mois de nouveaux avions tout aussi performants? C'est une question que nous devons nous poser alors que notre commission doit bientôt se pencher sur l'achat des nouveaux avions de combat. Il sera alors temps de faire une évaluation complète des menaces, de la manière dont nous voulons nous y préparer et du matériel dont nous avons besoin pour cela. Si nous modifions maintenant les F/A-18, nous n'aurons alors plus la liberté de faire une analyse globale et de prendre nos décisions en toute indépendance.
Je vous propose donc de renvoyer cet objet et de faire une évaluation globale de nos besoins en relation avec l'achat de nouveaux avions de combat. Il n'y a pas urgence, nous pouvons attendre de savoir exactement ce dont nous avons besoin. Cette dépense est très conséquente: assurons-nous d'abord que nous ne la faisons pas inutilement ou que nous n'acquérons pas des systèmes de défense qui vont au-delà de nos besoins. Reprenons l'examen du dossier lorsque nous parlerons du remplacement des Tiger. De plus, cette économie sera d'ailleurs aussi certainement la bienvenue pour les finances fédérales.