Burkhalter Didier · Bundesrat · 2011-06-16
Burkhalter Didier · Bundesrat · Neuenburg · 2011-06-16
Wortprotokoll
Tout d'abord, concernant la minorité Müri, il faut se concentrer sur les termes, sur les mots qui ne sont jamais innocents. Il faut décider s'il faut "respecter" ou s'il faut "promouvoir" non seulement l'égalité dans les faits entre les hommes et les femmes, mais également l'égalité des chances. En l'occurrence, c'est surtout la question de l'égalité dans les faits entre les hommes et les femmes qui a fait l'objet de discussions en commission. La question est de savoir s'il faut être proactif, soit promouvoir, ou s'il faut respecter, soit être un peu plus spectateur de la situation.
La réalité des faits, c'est qu'en particulier pour le pourcentage de professeurs dans le corps enseignant en général, il y a encore une assez grande différence. Parmi les professeurs des hautes écoles universitaires, on a 16 pour cent de femmes à l'heure actuelle; donc une promotion est à l'évidence encore nécessaire pour arriver à une égalité dans les faits, ou du moins à un rapprochement des pourcentages plus net. C'est pourquoi le Conseil fédéral estime que la forme la plus active est légitime, qu'il faut la mettre dans la loi: c'est donc la version contenant le terme "promotion" qui nous paraît la meilleure.
Ensuite, concernant les minorités I (Riklin Kathy) et II (Malama), il s'agit là aussi d'une question de termes. En fait, il y a un seul terme en français et deux termes en allemand, ce qui prouve bien que la langue française est plus simple - mais nous laisserons aux minorités le soin de régler la "guerre" des mots sur ce sujet et nous nous prononcerons essentiellement sur le principe. Le Conseil fédéral est très réservé quant à l'introduction d'un tel indicateur dans les critères d'accréditation. Pourquoi? Nous sommes convaincus que le fait que la très grande majorité des jeunes trouvent un travail est fondamental. En Suisse, les indicateurs pour ce domaine-là - et on l'a dit dans le débat d'entrée en matière - sont très bons actuellement; cela marche en Suisse en laissant une très grande autonomie aux hautes écoles. Il ne nous paraît pas nécessaire de restreindre cette autonomie des hautes écoles avec le terme "employabilité" en matière d'accréditation, en tout cas pour la version française.
Plusieurs arguments ont été donnés; j'aimerais en donner d'autres encore. J'aimerais tout d'abord dire en particulier que toute la question de l'employabilité dépend de beaucoup d'autres facteurs que de la formation elle-même: elle dépend tout spécialement de la conjoncture, du lieu d'implantation des entreprises, du niveau des salaires, de la demande en personnel qualifié. Il y a beaucoup d'autres éléments qui jouent un rôle parfois décisif dans la question de l'employabilité.
J'aimerais dire ensuite que, dans le système suisse, il y a déjà maintenant une adéquation par la qualité et pas par une sorte de "canalisation". On a beaucoup entendu, et c'est très à la mode maintenant, de critiques sur la "Verakademisierung". J'aimerais vous demander d'éviter la "Entakademisierung", parce que le système suisse est basé sur l'université dans le sens premier du mot, et cette université, cette "capacité d'apprécier l'univers complètement", c'est aussi la meilleure formation pour s'adapter, quelle que soit la suite après, en termes de formation et de carrière. La question qui se pose ici est, à mon avis, très importante; avec ce genre de choses, on risque un autogoal.
J'aimerais aussi vous demander de faire attention à une évolution de notre temps, qui consiste à sacrifier assez systématiquement à l'immédiateté. En effet, on estime aujourd'hui que telle ou telle formation est la formation - ou la "canalisation", comme je le disais tout à l'heure - qui va nous apporter la meilleure adéquation au marché du travail. En fait, la situation évolue et souvent elle n'évolue pas du tout comme on le souhaite. Et une fois qu'on a décidé de mettre en place une espèce de planification, comme cela risquerait d'être le cas ici, on force les hautes écoles à emprunter une voie qui n'est pas forcément celle qui aurait dû être choisie pour arriver à la meilleure adéquation entre la formation et le marché du travail. Donc, le système suisse a bien fonctionné sans cette espèce de carcan supplémentaire.
Nous souhaitons maintenir ce système et nous ne pensons pas que l'ajout proposé apportera une plus-value réelle.