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Pelli Fulvio · Nationalrat · 2001-10-04

Pelli Fulvio · Nationalrat · Tessin · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2001-10-04

Wortprotokoll

Après les événements des derniers jours, on a malheureusement des certitudes et on se pose beaucoup de questions. Nous sommes sûrs que la Suisse est en grave difficulté, seule une faillite de la Croix-Rouge aurait pu nous faire plus de mal. Nous sommes sûrs que les Suisses ont honte de ce qui s'est passé, nous sommes sûrs que notre amour-propre est gravement blessé et que l'image de notre pays à l'étranger n'a jamais été aussi mauvaise qu'aujourd'hui. On est désormais devenus, dans les apparences au moins, un pays qui ne paye pas ses dettes. Nous savons aussi que nos relations internationales, en particulier celles avec certains pays européens, sont en danger et que les accords bilatéraux avec l'Union européenne pourraient ne plus être ratifiés par nos partenaires.

Combien de dommages peut nous créer une compagnie aérienne mal gérée? Mal gérée pendant des années; mal gérée dans le silence par des directeurs et des conseillers qui ont laissé croire à tout le monde que tout allait bien, et probablement mal soutenue par des banques, une en particulier, qui lui ont manifestement concédé trop de crédits et donc permis cette expansion qu'on regrette aujourd'hui beaucoup; mal gérée par des gens qui, depuis leur monde si lointain des préoccupations de tout le monde, nous ont souvent regardés, nous, les politiciens, avec une suffisance très mal cachée, un monde qui donne l'impression de ne plus avoir de patrie et qui semble se désintéresser des sentiments de l'opinion publique. De tout ça, on est malheureusement sûrs, tout comme des graves problèmes auxquels le personnel sera confronté.

Il est par contre beaucoup plus difficile de prendre position sur ce qui s'est passé, en particulier ces derniers jours. C'est difficile, car malgré quelques jours de réflexion, cette histoire reste incroyable; difficile, car les faits ne sont que partiellement clairs; difficile, car l'interprétation du comportement des protagonistes, et surtout des grandes banques, ne peut pas se baser que sur des explications convaincantes de leur part; difficile, car la rage qui nous a pris n'augmente pas nos possibilités de bien comprendre les jeux d'intérêts qui se sont affrontés; difficile, car on a tendance à confondre les responsabilités de base, celle de Swissair et de ses gens, avec celle de ceux qui sont intervenus après, dans l'opération de sauvetage.

Il serait donc sage d'attendre quelque peu avant de se prononcer d'une façon définitive sur ce qui s'est passé. Mais ces difficultés ne doivent pas nous empêcher de poser quelques questions. Le besoin de savoir et de comprendre est en effet très grand.

Peut-être une première série de questions: pour quelles raisons la situation s'est-elle précipitée si vite? Il nous paraît en effet très étrange que la crise d'aujourd'hui n'ait pas pu être prévue. On n'arrive pas d'un jour à l'autre à une crise de liquidités qui cloue à terre tous les avions. Est-ce que d'autres alternatives de sauvetage étaient à l'examen lorsque la situation s'est précipitée? Pourquoi a-t-on renoncé à poursuivre l'idée originelle, qui semble avoir été celle de sauver Swissair par des opérations d'assainissement?

Deuxième série de questions: Crossair. Pour Crossair aussi, donc sur le futur de notre aviation civile, on se fait quelques soucis. Est-ce que cette compagnie est réellement en mesure, quant aux moyens financiers et quant au management, de grandir comme on le voudrait? Est-ce que les nouveaux actionnaires de Crossair seront disposés à financer par des moyens propres suffisants la nouvelle compagnie aérienne nationale?

Troisième série de questions: quelle stratégie le Conseil fédéral envisage-t-il d'adopter pour minimiser les dégâts provoqués à l'étranger par cette histoire? Est-ce qu'il croit pouvoir gérer nos relations, en particulier avec la Belgique et la France? Est-ce qu'il pense que la ratification des accords bilatéraux est effectivement en danger?

Dernière série de questions: nous-mêmes, les politiques, est-ce que nous avons fait tout ce qui était possible pour éviter ce qui s'est passé? Et dans le futur, est-ce que le Conseil fédéral et le Parlement seront en mesure d'éviter que tout ce qu'on a vécu se répète?

Après la décision d'hier, il y a un espoir que la politique veuille reprendre sous son contrôle la situation, après avoir malheureusement laissé à Swissair et à son monopole mal compris la gestion de la politique aérienne suisse. Quel rôle a joué l'Office fédéral de l'aviation civile? Pourquoi ne s'est-il pas aperçu que la situation du bilan de Swissair devenait, avec les années, toujours plus dangereuse?

Beaucoup de questions restent donc ouvertes.

Espérons que ce débat servira à fournir quelques réponses convaincantes et, surtout, que le futur puisse apporter une bien meilleure collaboration entre le politique et l'économie, afin d'aider à résoudre les graves problèmes qui devront encore être résolus.