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Recordon Luc · Ständerat · 2014-03-17

Recordon Luc · Ständerat · Waadt · Grüne Fraktion · 2014-03-17

Wortprotokoll

La réponse du Conseil fédéral est, me semble-t-il, un petit peu irénique, si vous me permettez cette appréciation. Ce d'autant que je n'ai pas le sentiment d'avoir voulu mener une charge en règle vis-à-vis des Etats-Unis d'Amérique, mais bien d'avoir essayé de replacer notre pays dans une perspective un peu plus réaliste peut-être.

J'ai l'impression qu'on s'est un peu endormi au fil des décennies sur une ancienne image des Etats-Unis, confortés par les périodes de guerre froide qui permettaient d'avoir plus ou moins de compréhension pour des actes pourtant assez inquiétants en eux-mêmes, comme la guerre du Vietnam, la manière de fomenter le coup d'Etat au Chili en 1970 ou de soutenir la Contra dans les années 1980 au Nicaragua - des actes qui ne manifestaient pas, disons, un respect extrême de la souveraineté des autres pays et des processus parfois démocratiques, parfois pas, qui avaient cours dans ces pays.

Il faut tout de même reconnaître qu'au fil du temps les Etats-Unis sont devenus un partenaire dont les débordements, me semble-t-il, nous touchent d'autant plus qu'ils sont mois explicables. En politique générale, après la guerre froide, se sont succédé plusieurs interventions: d'abord, motivée peut-être par de bonnes intentions, une tentative en Somalie, l'intervention dite "Restore hope" - qui n'a pas restauré beaucoup d'espoir, il faut bien le dire -, puis l'intervention absolument ignominieuse ou dénoncée comme telle par beaucoup en Irak, et maintenant pour le moins une grande maladresse dans la crise ukrainienne, une tentative de revenir un petit peu, semble-t-il, à quelque chose qui ressemble à la doctrine Monroe en Amérique latine. Tout cela ne laisse pas d'inquiéter, d'autant que si on se place du point de vue de nos intérêts nationaux - parce que c'était quand même de ce point-là que j'étais parti -, il faut bien reconnaître que nous avons dû avaler un grand nombre de couleuvres.

C'est une véritable guerre financière à laquelle nous sommes soumis, il ne faut pas se le cacher. Les rapports de force sont ce qu'ils sont; nous n'avons pas pu faire autrement que de céder; d'ailleurs, il y avait passablement de pierres dans notre jardin. Mais la manière dont les Etats-Unis s'en sont pris à nous ces dernières années est assez choquante sur le plan financier et ne laisse pas de le rester.

Cela se double maintenant de cette affaire absolument outrancière d'espionnage économique - enfin non seulement économique, mais très chargée sur le plan économique - de la NSA, la National Security Agency, et cela parallèlement à ce mouvement, qui, depuis plusieurs années, tend à nous faire signer des traités que, pour certains, je n'hésiterais pas à qualifier de scélérats: je pense en particulier au traité TAFTA et à d'autres traités. D'ailleurs, le Conseil fédéral a résisté, les pays européens aussi, à des mesures de ce genre.

Il me semble que l'appréciation du gouvernement est trop généreuse avec ce partenaire et, par conséquent, insuffisamment protectrice de nos intérêts à long terme. Il est d'ailleurs très difficile de savoir ce que l'on peut faire face à un partenaire de cette puissance, lorsqu'il dépasse les bornes de l'acceptable, et je comprends bien qu'il y a un certain embarras à déclarer qu'on va réagir. Cela pourrait tourner à la rodomontade inutile, et ce n'est pas ce que je demande. Mais je souhaiterais néanmoins une plus grande prise de conscience de la dégradation de la qualité de nos rapports avec un partenaire de ce genre et du degré de confiance qu'on peut lui accorder, de manière probablement à ce qu'on tende vers des alliances variables dans le monde - un monde qui est tout de même plus multipolaire que par le passé, malgré la tension Est-Ouest assez classique rappelant un peu la période précédant la fin de la guerre froide, qu'on observe maintenant en Ukraine.

Donc je pense que nous pourrions nous rapprocher ponctuellement et plus nettement de l'Union européenne sur certains traités économiques ou financiers que les Etats-Unis veulent nous imposer, une fois que nous aurons fini de régler nos problèmes de fiscalité internationale avec les pays qui nous entourent. On pourrait peut-être aussi se tourner davantage vers les pays du BRICS; le Brésil a, dans la crise, démontré parfois un certain degré d'indépendance qu'on ne lui connaissait pas, à l'égard du gouvernement américain. A titre d'exemple, ce partenaire pourrait être assez utile. De manière générale, je pense qu'on devrait opposer des fronts de résistance plus forts.

Comme il s'agit d'une interpellation, je ne parviens à aucune conclusion définitive. Cette réflexion de fond est suffisamment importante pour qu'elle n'ait pas lieu uniquement dans le cadre feutré d'une commission, où on abordera de nouveau ce sujet, mais aussi au conseil en séance publique.