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Burkhalter Didier · Bundesrat · 2014-09-15

Burkhalter Didier · Bundesrat · Neuenburg · 2014-09-15

Wortprotokoll

Si vous adoptez cette motion, qu'est-ce que cela signifie? Cela veut dire que vous visez des gouvernements et que vous manquez la cible, mais que vous touchez ceux qu'on devrait aider, les plus pauvres. C'est ce qui se passe si vous adoptez cette motion.

Pour le Conseil fédéral, il est clair que la coopération internationale ne vise pas à soutenir des gouvernements; elle contribue à diminuer la part des populations les plus pauvres et les plus défavorisées. C'est précisément la volonté du Parlement. Lorsque le Parlement a approuvé les propositions du Conseil fédéral relatives au message concernant la coopération internationale 2013-2016, il a exprimé la volonté de renforcer l'engagement de la Suisse dans des situations fragiles, particulièrement difficiles, sans tenir compte directement des gouvernements, mais plutôt de la situation de ceux qu'il faut aider, des plus pauvres. C'est précisément aussi le but de la Constitution.

La motion remet cela en question. Elle remet en question un élément stratégique pour notre pays. Son acceptation aurait pour conséquence l'interruption de la coopération au développement, et aussi en partie de l'aide humanitaire, dans des régions où les gens en ont le plus besoin.

Concrètement, si on se base sur les données 2013, la Suisse devrait mettre fin à ses engagements de coopération internationale dans au moins 15 pays ou régions qui sont considérés comme prioritaires dans le message dont vous avez accepté les propositions. Cela correspond à environ 40 pour cent de ces pays ou régions. Les pays concernés seraient le Burundi, le Tchad, la Colombie, le Vietnam ou le Myanmar, par exemple. On stopperait des programmes à long terme qui sont dans l'intérêt de la Suisse. Par ces projets et programmes la Suisse s'engage pour améliorer les conditions de vie mais aussi pour la résolution des conflits et pour les questions de bonne gouvernance. Avec une collaboration, qui est souvent faite de façon décentralisée, on renforce le contrôle démocratique dans ces pays, la discussion sur les budgets, le contrôle des dépenses militaires. La motion est donc contre-productive dans l'optique même d'une réduction des dépenses militaires.

Autre problème: le seuil fixé dans la motion. Ce seuil ne constitue pas une base objective, il devrait être appliqué indépendamment d'une éventuelle nécessité de rattrapage, qui pourrait se justifier, ou du contexte spécifique aux différents pays en matière de politique de sécurité. De plus, est-ce vraiment dans l'intérêt de la Suisse? Par exemple, si vous avez une aide de la Suisse dans des pays, tels la Jordanie ou le Liban, proches de régions où il y a potentiellement beaucoup de réfugiés - par exemple la Syrie -, et que, tout à coup, à cause de ce critère supplémentaire, il devenait impossible d'agir, eh bien nous nous trouverions dans une situation où l'on aurait une augmentation du risque de migration jusque dans les pays occidentaux, plutôt que de la capacité de régler le problème dans la zone proche, ce qui est exactement dans l'intérêt de la Suisse.

La Suisse entend également poursuivre son engagement en faveur de la stabilité dans le monde, en contribuant à la promotion de la paix, au désarmement, à la sécurité internationale, et elle ne doit pas s'imaginer - c'est cela qui est naïf - pouvoir régler ces problèmes en punissant la part de la population qui est la plus pauvre, la plus fragile.

Nous vous recommandons donc de rejeter cette motion.