Amaudruz Céline · Nationalrat · 2013-06-20
Amaudruz Céline · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2013-06-20
Wortprotokoll
Dès l'école primaire, les instituteurs enseignent aux élèves les rudiments de la géographie de la Suisse. A cet âge, quel aspect de ces leçons frappe peut-être le plus les jeunes esprits? Pour les élèves vivant dans des agglomérations, ce sont tout particulièrement les paysages idylliques illustrant les manuels qui les enchantent et qui leur permettent de faire une pause dans l'apprentissage, par exemple, des principaux affluents de l'Aar. Un aspect marque toutefois tous les élèves où qu'ils résident, c'est, vous l'aurez deviné, la modeste superficie de notre pays. Lorsqu'ils découvrent la place de la Suisse sur une sphère qui représente le globe terrestre, les enfants, surpris, comparent souvent notre pays à un confetti, tant il est vrai que de nombreux Etats ont une superficie supérieure à celle de la Suisse. De retour dans les pages des manuels consacrées à la Suisse, les élèves peuvent lire que les deux tiers de la population suisse se concentrent sur le Plateau où la densité de 450 habitants par kilomètre carré est parmi les plus élevées au monde.
C'est en gardant à l'esprit ce cadre géographique particulier qu'il faut discuter de notre politique d'immigration. Or, pour pouvoir définir sa politique d'immigration, la Suisse doit se réapproprier les moyens de contrôler l'immigration, qu'elle a aliénés en ratifiant des traités internationaux. En matière d'immigration, affirmer que les Etats déterminent librement et souverainement leur politique peut sembler un lieu commun. Pour la Suisse, qui a perdu tout contrôle sur l'immigration, ce n'est pas un lieu commun. La fin de la clause de sauvegarde permettra aux 503 millions d'habitants des Etats membres de l'Union européenne de s'établir en Suisse pour échapper à la faillite des modèles économiques de leurs Etats respectifs, tout en bénéficiant par la même occasion de la générosité de nos assurances sociales.
L'initiative populaire "contre l'immigration de masse" a passablement été diabolisée dans les médias, alors qu'elle entend simplement donner à la Suisse les moyens de gérer de façon autonome son immigration, et cela, sans qu'aucun traité puisse priver notre Etat de sa compétence régalienne en matière de gestion de l'immigration. Car, contrairement à ce que voudrait nous faire croire le Conseil fédéral, le tableau n'est pas rose; il serait même plutôt noir.
Au lieu de nous rappeler qu'en dix ans, 650 000 personnes sont venues s'établir en Suisse, je souhaiterais évoquer la situation à laquelle fait face mon canton: entre 2000 et 2012, le canton de Genève a vu sa population croître de près de 60 000 personnes, et la cause n'est pas un soudain baby-boom, mais le solde migratoire. Jamais les spécialistes n'avaient envisagé un tel développement démographique. En 1999, l'Office fédéral de la statistique avait établi diverses projections démographiques. Le scénario prévoyant la hausse la plus forte tablait sur 3100 habitants de plus par an et estimait que le canton de Genève compterait 465 000 [PAGE 1132] habitants en 2020. L'immigration massive a donc fait mentir les spécialistes, ce nombre de 465 000 habitants ayant été dépassé fin 2011.
Les effets de cette immigration massive sont ressentis par la population dans de nombreux domaines. En matière de logement, l'immigration entraîne, comme cela a été démontré dans une étude de la BNS, une hausse du prix des loyers. Entre 2002 et 2012, les loyers ont presque doublé à Genève. La principale victime de l'immigration de masse est la classe moyenne, qui, trop riche pour bénéficier de l'aide étatique et trop pauvre pour accéder à la propriété à Genève, se voit contrainte de partir, principalement en France. C'est ainsi que, dans l'impossibilité de se loger à Genève, plus de 30 000 Suisses ont quitté le canton entre 2000 et 2012.
Voilà ce que crée l'immigration de masse et ce qu'elle engendre comme conséquence pour les Suisses: l'exil. La libre circulation des personnes et l'immigration massive qui en résulte ne profitent pas aux Genevois qui continuent à pâtir d'un taux de chômage sensiblement plus élevé que la moyenne suisse, victimes d'une concurrence sans pitié sur le marché du travail.
A la problématique de la sous-enchère salariale s'ajoute celle de la surreprésentation des étrangers parmi les bénéficiaires de prestations de nos institutions sociales. A Genève, les étrangers inscrits au chômage sont plus nombreux que les Suisses. En matière de criminalité également, il faut oser affronter la vérité en face. Les prisons suisses hébergent plus de 80 pour cent d'étrangers en détention préventive et deux tiers d'étrangers en exécution de peine. A Genève, le taux d'étrangers en détention préventive grimpe même à 91,3 pour cent. Ces chiffres concernant les prisons ne sont que le reflet de la surreprésentation des étrangers parmi les prévenus, selon le Code pénal, selon la loi sur les stupéfiants et selon d'autres normes pénales comme tout un chacun peut le constater en consultant la statistique policière et de la criminalité.
Aucune personne de bonne foi ne peut ignorer le problème posé par une immigration non maîtrisée. Faut-il construire à un rythme plus soutenu? faire tourner les bétonneuses jour et nuit pour loger le flux de migrants que l'on veut imposer? L'habitat et les infrastructures progressent déjà de 0,9 mètre carré par seconde. N'est-ce pas suffisant? Le peuple qui a démontré encore tout récemment son attachement au paysage acceptera-t-il d'urbaniser davantage un territoire relativement petit et densément peuplé pour permettre la poursuite de la politique irresponsable du laisser-faire du Conseil fédéral en matière d'immigration.
Notre économie n'a pas besoin de cette immigration de masse ruineuse qui pèse et pèsera toujours davantage sur nos infrastructures, nos assurances sociales, tout en exigeant des effectifs policiers et des places de détention supplémentaires.
Le succès de la Suisse, c'est la stabilité de ses institutions, sa démocratie directe, sa fiscalité, sa productivité, sa paix du travail.