Epiney Simon · Ständerat · 2001-10-04
Epiney Simon · Ständerat · Wallis · Christlichdemokratische Fraktion · 2001-10-04
Wortprotokoll
Le drame que vivent les collaboratrices et les collaborateurs de Swissair est une occasion unique, non seulement de déplorer que nos banquiers sont médiocres par mauvais temps, mais encore d'élargir le champ de nos interrogations. Depuis quelques années, Monsieur Villiger, l'Etat a failli à sa tâche. Le dieu actionnaire l'a tétanisé!
Suite à la chute du mur de Berlin, l'avènement de la mondialisation, l'explosion des déficits publics, le besoin de concurrence, devant le manque de flexibilité au sein de l'administration, face à la nécessité de s'adapter aux critères de convergence de Maastricht ou devant la nécessité de s'adapter à l'évolution technique, l'Etat a dû, avec raison, se remettre en question. Mais il a manqué à son devoir de garant, de dépositaire de la cohésion nationale et sociale. Il a laissé, cet Etat, l'économie libérale évoluer avec le profit comme seul credo, sans fixer de véritables règles du jeu. Les apôtres du néolibéralisme ont non seulement contaminé le Conseil fédéral, mais ils l'ont encore investi en alimentant le feu des libéralisations à outrance, à tous les niveaux.
Ces pyromanes du service public se réveillent aujourd'hui étonnés, ayant encore l'outrecuidance de s'ériger en sauveurs, alors qu'ils ont été ceux qui ont mis le feu.
Et les banquiers ont été encouragés dans cette politique. Vous avez été, beaucoup d'entre vous, leurs complices, les instruments de leur politique. Et nous avons toutes et tous cautionné un système qui va finir par substituer aux monopoles publics des monopoles privés. Demain, nous serons les otages des prédateurs du service public et nous ferons de grands discours sur la défense nationale, alors que les opérateurs étrangers nous auront imposé leurs prix, leur politique, les horaires de voyage, leurs produits agricoles, le [PAGE 699] coût des télécommunications, les heures de passage des trains, les coupures de courant ou encore le bien-fondé de leur politique dans leur pays.
En effet, il sera trop tard, lorsque Jacques Brel chantera "Au suivant", nous n'aurons que vu passer le train. L'expérience Swissair risque malheureusement d'être le prélude à ce qui nous attend dans le futur. L'expérience électrique de la Californie n'était pas un incident de parcours. C'était prémonitoire de ce qui va se passer dans le futur, dans tout ce qui touche le service au public.
En d'autres termes, nous avons toutes et tous failli à notre tâche. J'espère que l'exemple de Swissair empêchera de futurs drames de ce type.