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Maitre Jean-Philippe · Nationalrat · 2001-11-16

Maitre Jean-Philippe · Nationalrat · Genf · Christlichdemokratische Fraktion · 2001-11-16

Wortprotokoll

Comme Romand, à l'époque conseiller d'Etat en charge du dossier de l'aéroport de Genève, je serais légitimé à exprimer la colère que de nombreux concitoyens ressentent.

En avril 1996, en effet, Swissair retirait tous ses long-courriers, sauf la ligne sur New York, de l'aéroport de Genève. A l'époque, nous nous sommes battus pour dire deux choses essentielles: d'une part, pour affirmer l'importance d'un réseau long-courrier correctement dimensionné pour l'ensemble de notre économie; d'autre part, pour dénoncer l'erreur consistant à faire de Zurich un "méga-hub" avec la folle prétention de vouloir jouer dans la cour des grands, à l'égal de Londres, de Paris, de Francfort, voire d'Amsterdam.

On sait aujourd'hui que cette fuite en avant a véritablement nourri la débâcle. A l'époque, on nous a écoutés d'une oreille souvent distraite, parfois méprisante, comme si ce qui se passait alors n'était pas un problème suisse, pour le seul motif qu'il était allégué par des Romands. On a tout de même obtenu une modification partiellement satisfaisante de la loi sur l'aviation, le gouvernement se cramponnant malheureusement encore sur le monopole de Swissair jusqu'en 2008, date de l'échéance de sa concession.

Or, je constate aujourd'hui que ce même monopole a été dénoncé par M. Couchepin, conseiller fédéral, il y a quelques semaines comme l'une des causes des difficultés.

Nous lisons dans le message d'aujourd'hui des passages très forts et pertinents sur la nécessité d'une desserte long-courrier comme condition-cadre de notre économie. C'est exactement ce que nous disions en 1996. On est heureux que le Conseil fédéral l'admette; on est consterné que ce soit si tard.

Il y aurait effectivement toutes les raisons de dire sa colère, mais la colère est mauvaise conseillère. Elle est surtout totalement dérisoire face à l'importance de l'enjeu. Quand tout s'écroule, il faut aller à l'essentiel et l'appréciation de l'intérêt du pays, c'est aujourd'hui ce qui est essentiel. La question est dans le fond assez simple: voulons-nous une compagnie nationale qui assure la meilleure desserte possible de la Suisse, y compris bien sûr dans le réseau long-courrier?

Pour nous, la réponse est clairement affirmative, et c'est pourquoi nous soutenons le projet du Conseil fédéral. Pourquoi? Les raisons sont assez simples. Elles sont le fruit de l'expérience. Aucune compagnie étrangère ne va se mettre à jouer, pour le réseau long-courrier, le Pestalozzi de la desserte aérienne suisse. Les compagnies étrangères ont, en effet, leur "hub" national, dans leur pays, et leur intérêt serait de rabattre la clientèle suisse sur leur propre plate-forme, à partir de laquelle cette clientèle prendrait les liaisons long-courriers. Il n'y a aucun exemple dans le monde où une compagnie disposant d'un "hub" dans son propre pays en a créé un autre dans un autre pays. Dès lors, si nous voulons que la Suisse demeure une plate-forme capable de desservir un réseau long-courrier correct, nous avons besoin d'une compagnie qui assure cette condition-cadre économique fondamentale.

Et quand j'entends l'Union démocratique du centre nous dire qu'il n'y a qu'à laisser faire les compagnies étrangères qui viendront chez nous pour prendre la clientèle, je constate tout simplement que ce parti est d'accord de livrer le marché suisse à des opérateurs étrangers. Et ce n'est pas le moindre des paradoxes auxquels nous assistons dans ce dossier!

Il y a des raisons économiques essentielles de recréer une compagnie capable d'assurer des liaisons long-courriers au départ de la Suisse. La Suisse est composée d'entreprises qui sont orientées vers l'exportation et, dans ce sens-là, un réseau aérien correctement dimensionné est de première importance. La Suisse a des multinationales qui sont pourvoyeuses d'emplois, qui sont donneuses d'ordre en sous-traitance pour nos PME et ces multinationales sont chez nous, parce qu'il y a un réseau aérien correctement dimensionné, avec des liaisons long-courriers. La Suisse est un pays touristique majeur, le tourisme est le troisième employeur de notre pays, et le rôle central de l'aviation assumé par une compagnie nationale comme prestataire de services est évident, a fortiori lorsqu'on sait qu'une telle compagnie est un porte-drapeau.

Et puis, tout cela n'est pas qu'une abstraction. Plus fondamentalement, derrière tout ce raisonnement, il y a des femmes et des hommes avec leur emploi. Alors, on peut discuter à perte de vue sur la question de savoir si c'est 26 long-courriers, un petit peu moins, un petit peu plus. Bien sûr que les avis à cet égard ne peuvent pas être définitivement et totalement fixés.

Par le projet de reconstruction d'une compagnie nationale, il est demandé à notre pays de savoir s'il a encore confiance en lui-même. De ce point de vue, le Parlement ne peut pas fuir devant ses responsabilités.