Fattebert Jean · Nationalrat · 2001-11-16
Fattebert Jean · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2001-11-16
Wortprotokoll
Le problème qui nous est posé aujourd'hui représente un tel enjeu financier symbolique, mais surtout humain, que nous devons nous imposer un effort de réflexion qui va bien au-delà du calcul politique ou du coup d'éclat médiatique.
Je me suis efforcé de lire un certain nombre de documents, d'articles de presse, de rencontrer des gens, dont un commandant de bord Swissair. Ma connaissance du dossier n'est certainement pas complète et mes réflexions se révéleront peut-être fausses dans quelques mois ou quelques années.
Je suis d'avis que la Confédération ne doit pas verser les sommes faramineuses que le message du Conseil fédéral nous propose, parce qu'elles ne sauveront pas notre compagnie nationale. Mais je souhaite sincèrement me tromper. Ce serait douce musique à mon oreille que de m'entendre dire, dans deux ou trois ans, que j'avais tort, que l'aide ponctuelle apportée par la caisse fédérale au bon moment a permis un nouveau décollage durable d'une compagnie suisse qui vit, assure des emplois, dégage des bénéfices même modestes, que cette compagnie fait voir avec fierté notre emblème dans le monde entier et qu'y figure le symbole de la qualité de notre offre touristique et du savoir-faire de nos industries et de nos services.
Malheureusement, le risque est plus grand de constater à moyen terme que les Suisses, avec les milliards de francs dont ils disposent, n'ont pas réussi à redresser une situation de crise. Au contraire, nous devons montrer notre capacité à constater des erreurs et à en tirer les conséquences. L'affaire Swissair est un échec douloureux pour le pays tout entier. Loin de moi l'idée, en qualité de Romand, de jouer les rivalités entre Genève et Zurich. Sur le plan de l'aviation, mais sur le plan économique en général aussi, nous sommes des voisins de palier. Si la maison brûle, nous sommes concernés de la même manière.
Un échec, si douloureux soit-il, peut avoir un côté positif si nous sommes capables d'en tirer les conséquences et d'en ressortir plus forts qu'avant. Si nous en sommes là, c'est que des erreurs importantes ont été faites au niveau le plus élevé. Cela, personne ne le conteste. Les qualités humaines et le savoir-faire du personnel dans son ensemble sont remarquables. Cela reste, cela doit se savoir, cela doit permettre à un maximum de personnes de trouver place dans le monde de l'aéronautique. Là, l'image suisse est restée intacte et ne saurait être galvaudée dans une aventure si coûteuse et vouée à l'échec.
Au niveau de la direction d'une compagnie nationale, nous avons, par contre, amoncelé trop de handicaps. Il y a trop de rancoeurs accumulées entre certains acteurs vedettes. Il faut savoir tirer un trait et ne pas engouffrer l'argent des contribuables dans une cause perdue. Les collaboratrices et les collaborateurs sont les meilleurs, mais les plus mal dirigés. Swissair est morte, c'est triste. Il reste le gruyère, nos lacs, nos montagnes. Il reste surtout des hommes et des femmes qui forment un patrimoine de gens responsables et que nous devons absolument cultiver et conserver. Ils et elles sont les garants d'un avenir assuré pour nos entreprises. Les fleurons de notre industrie ou du secteur tertiaire seront d'autant plus forts qu'ils sauront éviter absolument les erreurs faites à Swissair.
Ces erreurs sont connues. Il faut éviter de composer un conseil d'administration avec des personnes ayant pour qualité principale de faire partie d'un même cercle politique ou amical. Il faut éviter d'avoir dans des organes dirigeants des personnes qui pensent rivalités personnelles, promotions et salaires de rêve. Entre parenthèses, on ne me fera pas croire que, lorsqu'un triste matin d'automne, les avions Swissair sont restés cloués au sol, il n'y a pas eu, dans un milieu où tout le monde se connaît, une peau de banane glissée sous les pneus de notre compagnie par jalousie ou ambition. Imaginez le coût!
Il faut des gens qui mouillent leur chemise pour l'entreprise, qui se battent pour assurer son avenir. L'avenir de nos entreprises, ce sont des chefs qui accordent moins d'importance à leur salaire qu'à la satisfaction de saluer leurs collègues ou collaborateurs dans les couloirs, ce sont des chefs qui privilégient la culture d'entreprise, le respect mutuel et le respect [PAGE 1486] des idées des autres au sein de la maison, à quelque niveau que ce soit. Peut-être que l'Etat, en qualité de responsable de la formation, devrait aussi, à la lumière de ces événements, se poser des questions sur la formation des jeunes et sur la nécessité d'inculquer la valeur relative de l'argent, du salaire et de la satisfaction au travail.
La réputation des Suisses forts et courageux date de l'époque napoléonienne. Les Suisses ni ne reculaient, ni ne se rendaient. Nous pouvons aujourd'hui montrer que les Suisses et leurs entreprises sont capables de travailler sans filet, que les erreurs se paient, qu'ils se le tiennent pour dit et qu'ils utilisent les échecs des autres pour corriger leurs erreurs. Ils n'en seront que meilleurs et plus forts.
Reste le problème du plan social. Les responsabilités sont à éclaircir au niveau de la direction, bien sûr, mais au plan de la Confédération? L'Office fédéral de l'aviation civile a-t-il fait correctement son travail de surveillance? La caisse de pensions du personnel a-t-elle été bien gérée? La transparence nécessaire et les réserves légales ont-elles été exigées pour assumer le risque de la débâcle à laquelle nous sommes confrontés aujourd'hui? S'il s'avérait que des fautes ont été commises du côté de la Confédération, je serais le premier à demander des sanctions, mais aussi à voter le soutien social qui résulterait, le cas échéant, de défaillances fédérales.
Jeter tout à coup des brassées de millions après une analyse rapide pour sauver un symbole, c'est de la politique à court terme. Je ne peux pas soutenir une telle politique.