Maury Pasquier Liliane · Ständerat · 2012-06-04
Maury Pasquier Liliane · Ständerat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2012-06-04
Wortprotokoll
Vous le savez, mener de front vie familiale et vie professionnelle demande actuellement des capacités d'organisation assez considérables. Le planning de la semaine ressemble parfois à un jeu Tetris où la moindre plage horaire doit être remplie; et les conditions de vie ne permettent pas toujours de relever aisément ce défi.
Pour les personnes qui ne peuvent compter ni sur un réseau social extensible, ni sur des ressources financières inépuisables, l'aventure peut vite tourner au cauchemar.
Il est ainsi courant que les femmes décident de diminuer leur activité professionnelle, voire de la cesser complètement quand elles deviennent mères. C'est ainsi que les postes à plein temps sont occupés à 71 pour cent par des hommes et à 29 pour cent par des femmes. Si l'enfant le plus jeune a moins de sept ans, un tiers des femmes en couple ne travaillent tout simplement pas à l'extérieur. Les différences de salaire sont l'une des raisons de ce choix.
Tout autre est la réalité des mères célibataires, qui sont 80 pour cent à travailler lorsque la benjamine ou le benjamin de leurs enfants n'a pas encore l'âge de raison, et même 91,7 pour cent lorsque le dernier membre de la fratrie a entre sept et quatorze ans. Ces femmes, qui sont les plus enclines à connaître la précarité, doivent souvent faire de lourds sacrifices pour garantir à leurs enfants une éducation convenable.
Plusieurs instruments constituent déjà en Suisse une politique familiale, que ce soit au niveau des communes, des cantons ou de la Confédération. Des baisses d'impôts aux allocations familiales, des places de crèche aux programmes de protection de la jeunesse, les mesures sont nombreuses, mais pas encore suffisantes ni toujours adaptées.
L'enjeu du projet dont nous parlons ici est de donner les moyens à la Confédération, parallèlement aux cantons, de soutenir la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle, comme par exemple la création de places d'accueil extrafamilial et parascolaire, afin que toute famille, quelle que soit sa composition, quel que soit son niveau de vie puisse s'épanouir comme elle l'entend.
Cet article correspond à l'évolution que connaît notre société, puisqu'il prend également en compte la formation qui se fait de plus en plus en cours de carrière. Il répond surtout à un besoin réel et permet de lutter contre la pauvreté que connaissent certaines familles. C'est pour cela d'ailleurs que la majorité des cantons, loin de crier à la perte de souveraineté, souhaitent son introduction. En effet, loin de reprendre leur rôle, la Confédération serait une partenaire qui pourrait intervenir pour les soutenir dans leur action.
Tout au long de ma vie professionnelle et politique, j'ai eu l'occasion de constater à de nombreuses reprises qu'il était particulièrement difficile de mener une double journée, professionnelle et familiale, et qu'il fallait parfois renoncer à des rêves, à des parcours professionnels ou politiques - il n'y a qu'à voir le nombre de femmes qui siègent au Conseil des Etats ou au Conseil national.
Ce projet d'article constitutionnel doit nous permettre de prendre notre responsabilité de législateur au sérieux. Oui, nous devons permettre à tous les parents d'utiliser leurs compétences professionnelles tout en élevant leurs enfants; oui, nous devons permettre à tous les enfants de grandir dans de bonnes conditions, c'est pourquoi je vous propose d'entrer en matière sur ce projet et de l'accepter.