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Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2001-11-26

Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2001-11-26

Wortprotokoll

Le groupe écologiste votera cette loi et ne s'opposera pas à l'arrangement dont nous voyons les résultats aux articles 17 et suivants.

Il faut dire que les choses se passent dans une ambiance un peu étrange. En juin, je disais que nous étions les acteurs d'un scénario obscur. Aujourd'hui, le mystère s'est éclairci, mais j'ai l'impression qu'il règne comme un drôle de silence autour de cette loi qui a pourtant provoqué bien des remous et qui est attendue comme le Messie. Pas de controverses, pas de contestation, pas de minorités. Même le Conseil fédéral et l'Office fédéral de la culture semblent joyeusement accepter la perte de leur pouvoir de décision et de contrôle. Pourvu que l'Etat paye, c'est l'essentiel! C'est l'impression que cela nous laisse.

Pour le reste, les représentants de la branche, soit essentiellement les distributeurs et les propriétaires de salles, s'arrangent entre eux. Ce n'est pas que nous souhaiterions que l'Etat ait un rôle dirigiste dans la création culturelle, mais au moins qu'il crée les conditions de son existence. Or, avec cette loi, on est loin de l'art et de la culture, mais proche du business, lequel s'inscrit dans une industrie - fût-elle cinématographique - mondialisée. Quand on sait à quelles batailles se livrent les grands groupes de distributeurs autour d'une foule de projets de salles multiplex à la périphérie des villes, on imagine quelle importance ils peuvent encore accorder à la création et à la diversité culturelle. Et on se prend à douter du sens des nuances que l'arrangement introduit dans la loi, des nuances telles que "la région" au lieu de "la localité", "dans la mesure du possible" ou "dans un délai raisonnable" - ce qui se trouve dans les articles 17 et suivants à propos du rétablissement de ladite diversité.

En effet, ces grands complexes multisalles, qui se multiplient dans les banlieues, sont des constructions gigantesques avec parkings, commerces, restaurants et, inévitablement, distributeurs de pop-corn - on appelle même cela "le cinéma pop-corn"! Leurs perspectives d'avenir sont précaires, sauf à projeter des films à succès, qui ne sont généralement pas les fleurons de notre culture ni les oeuvres originales autrefois projetées dans les petites salles des centres-villes, qui se ferment les unes après les autres. Rappelons pour mémoire, comme cela a déjà été dit par les rapporteurs, que la programmation cinématographique est composée à 80 pour cent de films américains, 15 pour cent de films européens et 3 pour cent de films suisses. Ni la diversité culturelle, ni la biodiversité tout court ne sont le souci premier de l'économie mondialisée. Nous sommes donc conduits à nous demander comment des propriétaires de salles, appartenant à de grands groupes internationaux, qui s'entre-déchirent à longueur de projets, parviendront à "se concerter", selon les termes de l'article 17, pour rétablir la diversité?

Dans ce contexte, il n'est pas étonnant que M. Mörgeli vienne nous proposer d'extraire purement et simplement la diversité de la loi. Ajoutant le mot magique "suisse" aux articles 1 et 4 concernant la création, le groupe de l'Union démocratique du centre, thuriféraire traditionnel de la culture locale, nous montre que la diversité, pour lui, c'est les Etats-Unis, essentiellement, la Suisse, un très petit peu, et rien d'autre. Bien entendu, nous ne voterons pas cette proposition.

Quant à M. Wasserfallen, lui, il veut bien que nous évaluions la situation, mais sur la base d'aucune donnée précise, et nous ne pourrons pas non plus suivre cette proposition.

Dernier point: Nous savons que si tout le monde est pressé, surtout les réalisateurs et les producteurs, c'est parce que la loi règle l'aide financière que la profession espère substantielle. Hélas! Le budget que nous discuterons la semaine prochaine n'est pas à la hauteur de ces espérances.

Le groupe écologiste votera donc la loi sur le cinéma aujourd'hui, mais il se réserve de revenir, au moment de l'examen du budget, pour que le contenu de la loi soit en rapport avec le contenant.