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Hêche Claude · Ständerat · 2009-09-08

Hêche Claude · Ständerat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2009-09-08

Wortprotokoll

Pourquoi notre pays se doit-il de participer à la mission antipiraterie de l'Union européenne au large de la Corne de l'Afrique et à d'autres actions allant dans ce sens? Parce qu'un tel engagement est conforme aux intérêts de notre pays et en harmonie avec notre droit et notre neutralité. Il se justifie également par la nécessité de prendre, je dirai, nos responsabilités dans la bataille que les pays européens mènent depuis plusieurs années contre la piraterie:

1. Cet engagement est conforme aux intérêts économiques de notre pays: la navigation maritime est importante pour notre économie - cela a été rappelé tout à l'heure -, fortement tributaire des exportations et qui doit importer massivement des matières premières. Le golfe d'Aden compte parmi les voies de transport les plus importantes du monde. S'y ajoute le fait que notre pays - et je crois qu'il n'est pas inutile de le rappeler - dispose d'une flotte maritime non négligeable d'une trentaine de bateaux et de quelque 600 marins, que la Confédération soutient de manière substantielle, pour un montant de l'ordre de 500 millions de francs pour l'année 2008. Par conséquent, ne pas agir contre les perturbations de voies de communication peut avoir des répercussions particulièrement graves sur l'économie mondiale et donc sur l'activité économique de notre pays.

2. Un tel engagement est également conforme aux aspects humanitaires sur lesquels notre pays doit insister. La piraterie entrave notamment l'approvisionnement humanitaire de la Somalie, qui est d'importance vitale pour plus d'un tiers de sa population.

Soulignons au passage que, jusqu'à présent, la politique de la Suisse vis-à-vis de la Somalie a été marquée par un engagement humanitaire important. Je cite brièvement trois exemples: premièrement, nous apportons une aide conséquente et nous sommes actifs par le biais d'une trentaine d'ONG; deuxièmement, nous sommes également actifs dans le domaine de la migration et de la gestion des flux migratoires - au passage, je rappelle que l'Office fédéral des migrations a même désigné la Corne de l'Afrique comme région d'action prioritaire; troisièmement, nous mettons en oeuvre de nombreuses mesures de promotion civile de la paix dans les domaines constitutionnel et de la gouvernance.

Toutes ces actions sont opportunes et à saluer, mais l'action menée jusqu'ici par notre pays est à présent mise en péril par des activités de piraterie. De plus, notre pays doit participer à la lutte contre la faim en escortant les navires du Programme alimentaire mondial qui acheminent l'aide aux populations déplacées de Somalie. Sous cet angle, la contribution militaire suisse à la mission Navfor Atalanta doit également être vue comme un élément à part entière de l'aide humanitaire que notre pays offre à la Somalie.

3. Notre pays peut participer à la mission Navfor Atalanta, car un tel engagement ne remet pas en cause notre neutralité. Le président de la commission en a parlé: l'opération Navfor Atalanta n'est pas subordonnée à l'OTAN; [PAGE 808] l'élargissement du service d'appui aux missions internationales de police qu'elle implique est compatible avec la neutralité suisse. De telles actions ne constituent pas des actes de guerre et ne sont pas dirigées contre un Etat à proprement parler mais contre des pirates. Par ailleurs, l'image de la Suisse en tant qu'Etat neutre ne subira pas de dommages du fait de sa participation à une mission antipiraterie. J'y vois plutôt un motif d'amélioration de notre image.

Par conséquent, il ne fait aucun doute que la crise qui sévit au large de la Somalie touche directement les intérêts de notre pays, même si le défi sur le plan de la politique de sécurité est moins quantifiable, moins directement perceptible. Dès lors, il en va de notre responsabilité politique de s'assurer que les intérêts commerciaux et surtout les engagements humanitaires de notre pays soient préservés en contribuant, de manière même mesurée, à une mission de promotion civile et militaire de la paix.

Même s'il existe des risques, il est l'heure de mettre des moyens à disposition et de faire preuve d'un certain courage pour s'engager avec du personnel qualifié dans une action coordonnée. Bien entendu, la participation de notre pays à cette activité de sécurité militaire devra être suivie par d'autres mesures non militaires en vue de trouver une solution sur le long terme au problème de la stabilité de la Somalie et de l'ensemble de cette région.

Le postulat 09.3720 Recordon, "Répondre aux problèmes de piraterie maritime, particulièrement en Somalie", que le Conseil fédéral propose d'accepter, nous invite par ailleurs à une telle réflexion, plus particulièrement avec des mesures dans le domaine du droit, de la coopération et de la sécurité humanitaire et alimentaire.

Dans la discussion sur la lutte antipiraterie, l'heure est donc à l'engagement. Ne laissons pas l'attitude frileuse de certains se traduire par un nouveau manque de solidarité de notre pays à l'égard de la communauté internationale, à un moment où notre pays a certainement besoin de renforcer son image de partenaire impliqué et fiable.

Je vous invite donc à entrer en matière et à soutenir l'arrêté qui prévoit la participation de la Suisse à l'opération Navfor Atalanta.