Thorens Goumaz Adèle · Nationalrat · 2015-06-03
Thorens Goumaz Adèle · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2015-06-03
Wortprotokoll
L'initiative dite vache à lait veut renforcer massivement le financement voué au trafic automobile individuel, au détriment du financement de la formation et de la recherche, de la prévoyance sociale ou de l'agriculture. Les coupes budgétaires que l'initiative impliquerait en détournant 1,5 milliard de francs des caisses de la Confédération au profit des automobilistes pourraient en outre toucher le domaine des transports publics, alors qu'il est précisément impératif d'encourager aujourd'hui le transfert modal. Ce ne sont pas les infrastructures routières qui doivent être privilégiées financièrement, mais les transports publics et la mobilité douce.
A quelques mois de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques de Paris, l'initiative dite vache à lait constitue une provocation intolérable de la part de ceux qui refusent encore et toujours de prendre leurs responsabilités face aux avertissements répétés de la communauté scientifique à propos des changements climatiques. En Suisse, rappelons que les transports sont, avec une part de 32 pour cent, la principale source d'émissions de gaz à effet de serre. Les voitures de tourisme occupent dans ce contexte une place centrale, puisque près de 70 pour cent des émissions de CO2 liées au transport leur sont dues. De fait, malgré l'obligation imposée aux importateurs suisses de véhicules de réduire les émissions moyennes des voitures de tourisme nouvellement immatriculées en Suisse à 130 grammes de CO2 par kilomètre, les émissions de CO2 liées au carburant continuent à augmenter, alors que nous nous sommes engagés à les réduire. Il est évidemment positif de réduire les émissions moyennes de CO2 des nouvelles voitures, mais cela ne suffit pas; si ces voitures sont de plus en plus nombreuses et parcourent de plus en plus de kilomètres, le bilan final est négatif. Or, le nombre de véhicules routiers à moteur a presque doublé ces trente dernières années et les kilomètres parcourus augmentent eux aussi régulièrement. Dans ces conditions, il ne suffit plus d'améliorer techniquement les véhicules pour les rendre plus écologiques. Il faut en réduire aussi le nombre et l'usage, sans quoi les gains en matière d'efficience sont réalisés en pure perte.
Pour que les gens puissent plus souvent laisser leur voiture au garage, voire, lorsque c'est possible, se passer d'un véhicule individuel privé, comme c'est le cas de ménages de plus en plus nombreux dans les villes, il faut leur offrir une alternative confortable, sûre, attractive et efficace en matière de transports publics et de mobilité douce. Ceci requiert des investissements ciblés sur ces derniers domaines et non sur le développement des infrastructures routières qui appelle plus de trafic encore et ne fait que déplacer les points d'engorgement. Il faut en outre que les automobilistes prennent en charge les importants coûts externes générés par le trafic en matière de santé publique, d'environnement et de climat. Ceci permettrait d'encourager à la fois l'achat de voitures plus efficientes, mais aussi une certaine retenue dans leur usage.
Enfin, le "mobility pricing" est une piste intéressante puisqu'il permet d'optimiser l'utilisation des infrastructures existantes. L'initiative dite vache à lait va à rebours d'une politique de la mobilité respectueuse du climat.
Alors que la communauté internationale va s'efforcer, à la fin de cette année, de trouver un accord universel sur le climat permettant de limiter le réchauffement climatique à un niveau acceptable et de prévenir des dérèglements aux conséquences catastrophiques, nous devons recommander au peuple et aux cantons de rejeter cette initiative avec la plus grande fermeté.