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Reynard Mathias · Nationalrat · 2014-09-24

Reynard Mathias · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2014-09-24

Wortprotokoll

Il y a vingt ans, le peuple suisse acceptait l'initiative des Alpes contre l'avis du Conseil fédéral et de la très forte majorité des membres du Parlement. Les Suissesses et les Suisses inscrivaient alors dans la Constitution un article assurant la protection des régions alpines, la limitation du trafic de transit dans cette zone et le transfert du trafic de marchandises de la route vers le rail.

Même s'il reste beaucoup à faire pour appliquer la volonté populaire, ce vote historique a permis la mise en place d'une politique qui porte ses fruits. Il a permis de limiter le nombre de poids lourds traversant nos régions alpines. Un nouveau record a d'ailleurs été atteint cette année: 67,5 pour cent des marchandises ont franchi les Alpes par le rail. Rappelons que ce chiffre est de 15 pour cent en France et de 26 pour cent en Autriche. Ce vote a également permis de donner la priorité aux grands projets ferroviaires traversant les Alpes, et, comme Valaisan, j'en vois les formidables avantages au quotidien depuis la construction du tunnel du Lötschberg.

Exactement vingt ans après l'acceptation de l'initiative des Alpes, le sujet est à nouveau à l'ordre du jour avec l'assainissement du tunnel routier du Saint-Gothard. L'occasion est évidemment trop belle pour le lobby routier, qui tente de remettre en question deux décennies de politique de protection des Alpes et qui a même réussi à faire changer d'avis un Conseil fédéral bien indécis.

Le percement d'un second tube au tunnel du Saint-Gothard sabote notre politique de transfert du trafic de marchandises de la route vers le rail. Une telle décision affaiblirait tous les investissements effectués ces dernières années en faveur de grands projets ferroviaires, qui représentent près de 20 milliards de francs, je le rappelle: de l'argent jeté par les fenêtres!

Surtout, cette construction témoignerait d'un profond mépris pour la volonté du peuple et pour notre Constitution. La population suisse, y compris celle du Tessin, a répété à plusieurs reprises son attachement à la protection des Alpes, comme en 2004 avec le rejet du contre-projet à l'initiative Avanti. Pensons encore à la population uranaise, directement concernée par cette construction, qui a exprimé à cinq reprises en votation - la dernière fois en 2011 - son rejet d'un second tube au tunnel du Saint-Gothard. Cette volonté claire doit être respectée par le Parlement et par le Conseil fédéral. [PAGE 1743]

Il en est de même du respect de notre Constitution. Dois-je vous rappeler son article 84 alinéa 3? "La capacité des routes de transit des régions alpines ne peut être augmentée." Difficile d'être plus clair!

Les partisans du deuxième tube présents dans cette salle se succèdent pour jurer, la main sur le coeur, qu'une seule voie sera utilisée par tunnel. C'est émouvant, mais hypocrite. Certains auraient dû relire Confucius qui disait avec sagesse: "Examine si ce que tu promets est juste et possible, car la promesse est une dette." En l'occurrence, une dette à l'égard du peuple suisse. On imagine déjà bien les autorités interdire dans quelques années l'utilisation des quatre voies lors des prochains bouchons au Saint-Gothard! Personne ne peut croire à de telles promesses.

Si nous pouvons douter de ces belles paroles, nous pouvons en revanche être sûrs d'une chose: la construction de ce deuxième tube sera un véritable appel d'air pour les camions de l'Europe. Le signal est évident. Il ne manque qu'une banderole portant l'inscription: "Cordiale bienvenue aux camions de l'Europe sur nos routes!" Le lobby routier de nos voisins européens s'en frotte déjà les mains. Des milliers de poids lourds supplémentaires franchiront alors les Alpes, renforçant ainsi le trafic sur tout le réseau routier et diminuant encore la part de marchandises transportée sur le rail. Tous les cantons alpins seront les grands perdants de l'opération.

En effet, cette augmentation des poids lourds sur nos routes aura des conséquences désastreuses sur l'environnement alpin, un écosystème fragile et unique au monde, ainsi que sur la santé de tous ceux qui vivent dans ces régions de montagne. En tant qu'habitant d'un canton alpin, je tiens à préserver la qualité de vie dans les Alpes. En tant que jeune, je tiens à ce que ma génération ne subisse pas une nouvelle déferlante de camions de l'Europe qui nuiront encore plus à notre espace vital.

Par respect pour les habitants des cantons alpins, par respect pour la volonté populaire, par souci d'une gestion efficace de l'argent du contribuable, le groupe socialiste vous invite à ne pas entrer en matière et à soutenir les propositions de renvoi de minorité. Dans le cas contraire, ce sera sans doute encore une fois le peuple qui rappellera aux élites politiques son attachement à la protection de nos Alpes.