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Lombardi Filippo · Ständerat · 2014-09-18

Lombardi Filippo · Ständerat · Tessin · Fraktion CVP-EVP · 2014-09-18

Wortprotokoll

Je me serais abstenu de prendre la parole si les propos de Monsieur Recordon ne m'y avaient pas amené.

J'étais à l'école secondaire en 1972, et notre enseignant, très sensible aux thèmes qui préoccupent Monsieur Recordon - tout autant que beaucoup de membres de notre conseil -, avait parlé du rapport très connu sur les limites de la croissance publié par le MIT. En tant qu'élèves très disciplinés, nous nous étions montrés très préoccupés par les nuages sombres qui pointaient à l'horizon et qui ne promettaient rien de bon pour la planète durant les décennies suivantes. Selon les conclusions du rapport précité, plusieurs ressources devraient être épuisées ou en passe d'être épuisées à l'heure actuelle. Or, pour certaines ressources citées, il y avait deux ou trois "planètes" alors inconnues qui ont été découvertes entre-temps. C'est d'ailleurs un des problèmes que nous connaissons: malheureusement, nous avons trop de ressources fossiles, notamment dans le domaine de l'énergie; quand nous aurons tout brûlé, ce ne seront pas les ressources qui manqueront, mais l'oxygène, à cause de l'explosion du volume de CO2 dans l'atmosphère.

Le problème que nous devons résoudre 40 ans plus tard n'est donc pas celui qui avait été posé à l'époque. Je veux dire par là que les sonnettes d'alarme sont utiles, qu'elles ont probablement été entendues et qu'elles ont contribué, avec le progrès technique, avec la recherche - même l'économie, qui a connu beaucoup de développements au cours des dernières décennies, y a trouvé un intérêt -, à nous sensibiliser au problème. Toutefois, lorsque les sonnettes d'alarme deviennent des sornettes d'alarme, cela devient contre-productif. En effet, les gens, entendant continuellement parler de tragédies qui nous attendent l'année prochaine, dans dix ans ou dans vingt ans, voyant que l'année [PAGE 856] suivante, dix ou vingt ans plus tard ces tragédies ne se sont pas produites, finissent par ressentir une certaine accoutumance et même un certain degré de rejet qui est parfois perceptible au sujet de certaines préoccupations pourtant justifiées sur le plan de la protection de l'environnement.

Nous avons obtenu, et nous l'avons entendu dans les propos des intervenants précédents, dans notre pays un résultat remarquable. Nous avons obtenu ce que d'autres cherchent encore dans ce domaine, à savoir le découplage entre la croissance et l'augmentation de l'utilisation des ressources, alors qu'il était convenu dans la deuxième moitié du siècle dernier qu'il ne pouvait y avoir de croissance sans une augmentation plus que proportionnelle de l'utilisation de l'énergie, d'autres ressources et de la mobilité. Notre pays connaît une croissance tout en ayant stabilisé depuis une vingtaine d'années l'utilisation des ressources dans la plupart des domaines, et ce malgré la croissance de la population qui s'additionne à celle du produit intérieur brut.

Il est très difficile de définir d'une façon théorique combien d'équivalents planète, dans combien de temps, il sera nécessaire d'atteindre, parce que justement - et fort heureusement! - les conditions changent au cours du développement de l'humanité. Il faut rester vigilant dans ce domaine, mais on ne peut pas dire combien d'équivalents planète, calculés selon la méthode actuelle, il sera nécessaire d'atteindre dans combien de décennies, tout en sachant qu'il faut savoir découpler entre la croissance et l'augmentation de la consommation des ressources. Et il faudra bien arriver à consommer moins de ressources de façon générale au fur et à mesure que la population et le bien-être augmentent.