AB 175475
van Singer Christian · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2013-09-11
Wortprotokoll
"Les menaces militaires restent à l'arrière-plan ... La menace militaire classique reste faible pour notre pays ... Si une nouvelle menace de guerre devait se développer en Europe centrale, on peut s'attendre à une période de préalerte d'environ dix ans." Ce n'est pas moi qui l'affirme, mais le rapport de situation 2013 du Service de renseignement de la Confédération intitulé "La sécurité de la Suisse".
Le groupe des Verts vous demande de tirer les conclusions qui s'imposent au vu de l'évolution de la situation internationale. L'URSS a éclaté, le rideau de fer est tombé, nous sommes entourés de pays amis avec lesquels nous collaborons aujourd'hui déjà pour assurer la sécurité aérienne civile et militaire. Nous n'avons donc pas besoin, dans un avenir proche, d'un avion de combat. Les 33 F/A-18 suffisent amplement à assurer la police du ciel; nous ne devons donc pas gaspiller des milliards de francs dans un achat inutile.
Je vous rappelle qu'aujourd'hui nous prenons un engagement financier pour plus de 9 milliards de francs: 3,126 milliards de francs pour l'achat, plus de 3 milliards de francs pour la mise à jour pendant la durée de vie de l'appareil et plus de 3 milliards de francs pour son exploitation.
Les spécialistes de RUAG nous l'ont affirmé: un avion de combat revient en fin de compte à trois fois son prix d'achat. Engager ces milliards de francs pour un avion de combat dont nous n'avons pas besoin nous empêche de faire d'autres dépenses importantes non seulement pour le civil, comme le renouvellement et le développement des infrastructures, des transports, de l'énergie, le soutien à la recherche, à l'agriculture, etc., mais aussi pour d'autres domaines importants de l'armée. Les dirigeants militaires nous préparent aujourd'hui pour une guerre qui n'aura jamais lieu. Ils me font penser aux généraux français qui, dans l'entre-deux-guerres, construisaient la ligne Maginot et se vantaient d'avoir la meilleure cavalerie du monde.
Aujourd'hui, c'est la même chose avec cet avion de combat. Si vous lisez les revues militaires, vous voyez que dans dix ans, les drones supplanteront probablement en grande partie les avions de combat. Le simple bon sens nous dit que les dépenses que nous faisons aujourd'hui pour renouveler l'artillerie, les chars, les avions de combat sont des dépenses en pure perte. Les sommes qu'investit notre armée pour se défendre contre le terrorisme, contre la cyberguerre, pour se préparer à affronter des pénuries de matières premières - toutes ces menaces réelles d'aujourd'hui - sont très réduites, en comparaison avec ce que nous gaspillons pour des dépenses militaires dont on n'aura pas besoin. Les risques ont changé; il faut que l'armée évolue! Mais même si l'on arrivait à la conclusion qu'on devait aujourd'hui acheter un avion de combat, l'achat du Gripen ne serait pas le plus approprié.
Après la débâcle financière de l'achat du Mirage III S, le Parlement s'était promis de ne plus jamais acheter un appareil qui ne soit déjà opérationnel dans une armée. Oubliées, ces sages décisions! La commission avait fixé deux conditions: ne pas verser plus de 15 pour cent du prix avant de recevoir le premier avion et limiter les risques de change, car le prix d'achat est fortement lié à l'inflation suédoise. Aucune de ces conditions n'est remplie. Nous allons verser 1 milliard de francs, donc 40 pour cent de ce que nous allons payer aux Suédois pour l'achat, avant de toucher le premier avion. Le risque d'inflation en Suède est toujours là; ces dernières décennies, il y a eu des périodes où l'inflation entre la Suède et la Suisse était très différente. Le prix d'achat risque d'augmenter du tiers, voire de la moitié, suivant l'évolution sur quinze ans. Nous ne devons pas poursuivre dans cette ligne.
L'achat des Gripen ne profiterait ni à la Suisse dans son ensemble ni à la sécurité de notre pays, mais uniquement aux marchands de canons, à l'industrie de l'armement et à ses agences tel le Groupe romand pour le matériel de défense et de sécurité.
Le groupe des Verts vous demande donc de soutenir la proposition de non-entrée en matière de la minorité Allemann, ainsi que les propositions de renvoi au Conseil fédéral des minorités I (Müller Walter) et II (Fischer Roland), et de rejeter l'achat de cet avion ou de repousser cette décision.
Si vous ne deviez pas soutenir ces propositions, il est évident que les Verts lanceraient un référendum, car ils sont convaincus que le peuple ne va pas soutenir un achat inutile.