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Thorens Goumaz Adèle · Nationalrat · 2014-12-08

Thorens Goumaz Adèle · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2014-12-08

Wortprotokoll

Je vous demande, au nom de la minorité, de recommander au peuple et aux cantons d'accepter l'initiative populaire "pour la sortie programmée de l'énergie nucléaire".

La Stratégie énergétique 2050 telle qu'elle ressort de nos débats ne constitue pas une stratégie de sortie programmée du nucléaire. Paradoxalement, la situation en termes de planification pour la fermeture de nos vieilles centrales et de sécurité pour la population est même plus incertaine aujourd'hui qu'avant la catastrophe de Fukushima. Avant Fukushima, tant l'IFSN que les exploitants envisageaient la fermeture des centrales après une durée de vie de 40 à 50 ans pour des raisons de sécurité. Pour assurer leur mise hors du réseau, les exploitants proposaient alors de planifier la construction de deux nouveaux réacteurs. Après Fukushima, il est néanmoins apparu que la construction de nouvelles centrales nucléaires n'était plus envisageable dans notre pays. Nous venons encore une fois de le confirmer aujourd'hui. Trois ans plus tard et après plus d'une semaine de débats au Conseil national, le bilan est paradoxal.

Nos vieilles centrales, celles-là même que l'on jugeait déjà obsolètes avant la catastrophe de Fukushima, pourront bénéficier de prolongations de leur durée de vie jusqu'à plus de 60 ans - c'est ce que nous venons de décider. Plusieurs propositions de minorité offraient pourtant des pistes vers un compromis. Mais tant la proposition de minorité II (Chopard-Acklin), qui voulait limiter au moins la durée de vie de nos trois plus vieux réacteurs à 50 ans, que la proposition van Singer, qui aurait renforcé les exigences de sécurité permettant la prolongation de l'exploitation de nos vieilles centrales, ont été balayées. La majorité des membres de notre conseil a même décidé de biffer de la Stratégie énergétique 2050 le concept de sécurité croissante pour nos vieilles centrales nucléaires.

Ces décisions sont incompréhensibles. La catastrophe de Fukushima aurait dû nous inciter à plus de prudence, or c'est le contraire qui se passe puisque l'on envisage désormais de faire fonctionner nos vieilles centrales plus longtemps que ce que l'on imaginait avant Fukushima. Beznau, mise en service il y a 45 ans, est pourtant la plus vieille centrale au monde encore en fonction. Tout comme Mühleberg, elle ne correspond plus aux exigences actuelles de sécurité. Dans le monde, on ferme les centrales nucléaires après une durée de vie moyenne de moins de 30 ans. Malgré cela, 5 des 500 réacteurs mis en fonction ont terminé leur parcours à cause d'un grave accident impliquant la fusion de leur coeur. En Suisse, un tel événement aurait des conséquences désastreuses. Il est inacceptable d'imposer un tel risque à la population alors que des alternatives existent.

Notre conseil a certes fixé des valeurs indicatives extrêmement basses pour le développement des énergies renouvelables, mais nous avons adopté plusieurs mesures qui, appliquées de manière crédible, permettraient une sortie rapide et sûre du nucléaire. Je pense bien sûr aux décisions de ces derniers jours concernant l'intérêt national pour les installations d'énergie renouvelable. Je pense à l'augmentation des moyens pour soutenir le développement des énergies renouvelables. Je pense aussi au système de bonus/malus pour les économies d'énergie.

Plus de 30 000 projets d'énergie renouvelable sont en attente dans les tiroirs de la Confédération. Ils peuvent produire autant d'électricité que nos trois plus vieux réacteurs nucléaires. Pourquoi attendre? Pourquoi investir des centaines de millions de francs dans le maintien de centrales dangereuses et obsolètes au lieu de les engager pour les énergies de demain? On peut comprendre que les exploitants des centrales nucléaires veuillent continuer le plus longtemps possible à faire des bénéfices grâce à une énergie dont la collectivité assume tous les risques en cas d'accident, ainsi que les frais complémentaires de démantèlement des centrales - nous l'avons appris encore il y a quelques semaines avec un rapport sur le financement de ce démantèlement -, une énergie, dont les générations futures géreront et assumeront financièrement les déchets. Mais notre responsabilité à nous, dans cette salle, en tant que décideurs politiques, est de ne pas exposer la population à un risque nucléaire aussi inutile qu'inacceptable. C'est dans cette perspective que je vous demande de faire un choix clair. Si nous avons décidé de soutenir les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique, c'est pour sortir du nucléaire, pas pour en prolonger l'usage.

Au nom de la minorité, je vous demande de recommander au peuple et aux cantons l'acceptation de l'initiative "pour la sortie programmée de l'énergie nucléaire", qui impose un délai maximal de 45 ans pour la durée d'exploitation de nos centrales - 45 ans et non 60 ans - pour la sécurité de la population, et parce que nous devons nous engager pour les technologies de demain plutôt que pour le maintien des technologies d'hier. [PAGE 2208]