Mazzone Lisa · Nationalrat · 2015-11-30
Mazzone Lisa · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2015-11-30
Wortprotokoll
"Un politico guarda alle prossime elezioni. Uno statista guarda alle prossime generazioni": Alcide de Gasperi, presidente del Consiglio dei ministri italiano tra 1945 e 1953.
Herr Alterspräsident, Madame la présidente de la Confédération, Signur viceprezident, Mesdames et Messieurs les conseillers fédéraux, care colleghe e cari colleghi, caras cidadãs, caros cidadãos, të nderuar qytetarë, dragi stanovnici - je prononce quelque peu maladroitement, mais c'est pour tenter de m'adresser à la Suisse dans presque toute sa diversité.
"Un politicien pense aux prochaines élections; un homme ou une femme d'Etat pense aux prochaines générations." Voici ce qu'a dit Alcide de Gasperi. Dans le contexte actuel, sa sagesse pourrait nous inspirer. Une sagesse qui lui a permis de participer à la fondation de l'Europe, après s'être engagé contre le fascisme, pour la paix et la démocratie. Il ne s'agit pas de nous lancer dans la course au Conseil fédéral, mais simplement de prendre de la hauteur. Lever la tête de notre quotidien de politicienne ou de politicien pour dessiner notre avenir, avec ambition. Comme parlementaires, nous partageons la charge de l'Etat. A nous d'en mesurer la portée. Notre mandat est limité dans le temps, puisque le peuple nous élit pour quatre ans. Mais son effet ne se limite pas à quatre ans: certaines décisions que nous prenons aujourd'hui auront un impact durant de longues années ou seulement dans plusieurs années, comme celle concernant la sortie du nucléaire.
L'action politique ne fonctionne pas en vase clos. Au contraire, elle a le pouvoir et le désir de jouer un rôle décisif dans le façonnement de la Suisse. Notre Suisse n'ignore pas qu'elle est entourée d'autres pays, sur le même continent, qui côtoie à son tour d'autres continents. On peut donc aller jusqu'à dire, en toute humilité, que nos décisions auront des répercussions mondiales, de la même manière que, symétriquement, les changements mondiaux auront un effet sur notre pays. Nous ne sommes, à titre individuel, institutionnel et en tant que pays, qu'une partie d'un tout; une partie importante d'un tout important.
Tandis que je vous parle, 147 chefs d'Etat et de gouvernement, que Madame la présidente de la Confédération rejoindra certainement, sont réunis à Paris pour discuter de notre avenir, à l'occasion de la 21e Conférence internationale sur le climat. Pour la première fois dans l'histoire de la planète, l'activité humaine a brouillé les cartes des changements naturels. L'échelle temporelle de la terre, qui avance à coup de milliers d'années, s'accélère et nous place à notre propre échelle face à une urgence.
Wir können unsere Erde nicht ausblenden und uns nur mit den Problemen beschäftigen, die uns heute dringend scheinen. Denn wenn die nötigen Entscheide ständig auf später verschoben werden, ist es eines Tages zu spät. Eines Tages wird Leben auf unserem Planeten nicht mehr möglich sein. Denn unser Handeln von heute beeinflusst das Leben von morgen. Hundert Jahre, das ist die Lebensdauer unserer heutigen CO2-Emissionen in der Atmosphäre unserer Erde. Unsere Entscheide haben also einen Einfluss auf die nächsten 25 Legislaturperioden.
J'ai 27 ans et j'ai envie de me projeter, de m'imaginer dans le futur. Des projets en cascade éclairent notre quotidien, comme un objectif rassurant et enthousiasmant. D'ailleurs, à y regarder de plus près, nos problèmes sont tous liés, plus ou moins directement, à notre planète: de l'accès et de l'utilisation des ressources naturelles à l'aménagement du territoire, de l'économie à l'énergie, des flux migratoires à la mobilité ...
S'engager pour le climat permet autant d'avoir un impact global que de préserver et améliorer le quotidien de tout un chacun, ici même. Cet engagement est aussi une opportunité de retrouver le sens de la collectivité, basé sur le partage, l'entraide et les liens qui rattachent les individus les uns aux autres. Face à la limitation des ressources, nous devons nous organiser pour les répartir et les préserver, pour en laisser en partage aux générations futures. Mais l'engagement, ce n'est pas parler à tout-va et ratifier des traités. Il s'agit de passer de la prise de conscience aux actes, avec cohérence.
L'engagement pour le climat a déjà commencé, au niveau individuel, ou à l'échelle d'immeubles ou de quartiers. Mais quel bouleversement faudra-t-il pour qu'il y ait une mobilisation politique? Combien de victimes devrons-nous déplorer pour que l'indignation qu'elles susciteront traverse les murs de ce parlement?
Recollons les morceaux, réconcilions les pôles que nous avons séparés dans nos esprits et dans le fonctionnement de notre société: notre environnement et notre économie, la richesse et le partage, les besoins et la production, les ressources et la consommation. En restaurant les liens naturels qui nous unissent à notre planète, nous nous offrirons la meilleure boussole qui soit pour oeuvrer à notre bien-être et à notre avenir. Recollons aussi les parties du temps: rappelons-nous d'où nous venons et décidons où nous irons. [PAGE 1928] Tirons des enseignements des expériences passées pour préparer l'avenir.
Nous ne sommes pas en dehors de la planète. Que nous soyons jeunes ou vieux, de gauche ou de droite, homme ou femme, nous sommes un tout, pour le meilleur je l'espère, pour le pire aussi.
Je sors de chez moi et croise mon voisin indien qui travaille dans l'épicerie au coin de la rue. Mon téléphone sonne, c'est mon amie d'études québécoise, devenue enseignante de latin. Dans le train, je croise deux jeunes Kosovars, arrivés comme réfugiés pendant la guerre, que j'aidais à apprendre leur vocabulaire d'allemand - eh oui! - quand ils étaient enfants. J'arrive chez ma grand-mère, qui a grandi à Rapperswil et s'est mariée avec un Italien ayant lui-même grandi en Egypte. Là, mes deux grand-parents, physiciens, Italiens eux aussi et venus à Genève pour travailler au CERN, prennent le café.
Voilà ma réalité, et probablement celle de nombreuses Suissesses et de nombreux Suisses. Dans cet ensemble que nous formons, les échanges nous enrichissent dès lors que nous les acceptons. Ainsi, on peut taire volontairement des choses, en nier beaucoup et en ignorer d'autres, mais cela ne les rend pas moins réelles. Ce n'est qu'en reconnaissant les faits que nous pourrons travailler à nos lendemains et à la cohésion. Et c'est ce que je nous souhaite pour ces quatre prochaines années, ensemble et ici même.
Que cet avenir soit inspiré par la lumière qui se reflète sur la neige, l'odeur de la terre de nos alpages, le goût des myrtilles de nos forêts, ces sens qui s'éveillent sur nos sommets, du Säntis au Nufenen, du Pillon au Saint-Gothard. A la cime des montagnes, l'horizon est dégagé pour rêver d'un avenir durable de partage, de paix et de liberté. La politique, c'est d'abord rêver, pour ensuite réaliser. (Applaudissements)