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Couchepin Pascal · Bundesrat · 2002-03-06

Couchepin Pascal · Bundesrat · Wallis · 2002-03-06

Wortprotokoll

Je voudrais tout d'abord vous remercier de votre participation à ce débat de ce matin et aussi du ton, mesuré dans l'ensemble, que vous avez adopté, avec quelques vagues émotionnelles à l'occasion, ce qui est inévitable.

Quelqu'un l'a dit, nous ressentons tous un certain malaise dans cette occasion. Malaise parce que, en effet, il n'est agréable pour personne, ni pour les députés ni pour le Conseil fédéral, de revenir ici pour accepter ou demander un crédit additionnel, à quelques semaines de l'ouverture de l'Expo.02, pour permettre l'ouverture de l'exposition nationale et laisser les exposants, ceux qui ont conçu l'exposition, nous présenter leur oeuvre. Je suis personnellement convaincu que si l'Expo s'ouvre, elle sera un succès. C'est à vous de décider si elle doit s'ouvrir ou si elle ne s'ouvrira pas.

J'ai relu ces derniers jours l'ensemble des déclarations qui ont été faites dans les débats relatifs à l'Expo. J'ai participé à une partie de ces débats comme conseiller fédéral et, la première fois, comme membre du Parlement - j'étais assis, je crois, à la place qu'occupe aujourd'hui M. Steinegger; j'avais voté oui. J'ai relu les débats de 1996 et, Monsieur Föhn, en particulier votre appel assez enthousiaste - que je partage et que j'avais été tenté de prendre comme conclusion de ce débat - à voter oui à l'Expo et au crédit proposé à l'époque, qui inversait les proportions qu'on connaît aujourd'hui, c'est-à-dire: 800 millions de francs de sponsoring et 190 millions de francs de crédits publics. A l'époque, le Conseil fédéral, avec une certaine fierté, avait dit qu'il avait même raboté par rapport aux demandes des organisateurs, qu'il avait réduit de 40 millions de francs le montant du crédit qui était nécessaire. Il n'y avait pratiquement pas eu de critiques, en particulier quant à l'espoir d'obtenir 800 millions de francs de sponsoring de la part de l'économie privée.

Après avoir relu les textes précités, j'ai constaté que les arguments pouvaient être invoqués de tous les côtés et interprétés dans tous les sens. M. Villiger, conseiller fédéral, a répondu à M. Mugny, le 13 juin 2001, qu'il ne pouvait pas assurer qu'il n'y aurait pas de demandes complémentaires pour Expo.02. Moi-même, lorsque la motion Baumann J. Alexander 00.3578 a été traitée le 27 septembre 2001, j'ai dit qu'on ne pouvait exclure qu'une aide supplémentaire serait nécessaire. M. Neirynck a cité un texte qui me paraît encore d'actualité aujourd'hui: c'est une association privée et, si l'association privée fait faillite, on ne peut pas imposer à l'Etat de payer le déficit. Mais je ne veux pas que l'association privée fasse faillite! Parce que si c'était le cas, l'Expo ne s'ouvrirait pas. C'est précisément parce que nous ne voulons pas que l'association privée fasse faillite que je suis là aujourd'hui, devant vous, pour vous demander un crédit additionnel en faveur de l'association privée qui organise l'Expo.02.

Je veux que l'Expo s'ouvre et parce que je veux qu'elle s'ouvre, je veux que l'association privée ne fasse pas faillite. Si l'association privée venait à faire faillite, vous auriez à décider si vous voulez payer - à bien plaire - pour certains dommages résultant de cette faillite. Si vous estimiez au contraire que vous aviez eu tort de faire confiance à une association privée, même soutenue par la Confédération, vous pourriez décider de ne plus faire confiance à une organisation soutenue par les pouvoirs publics à l'avenir.

J'ai lu tous ces textes et je n'entends pas faire table rase du passé. Je veux simplement regarder vers l'avenir, avec, je l'espère, la majorité d'entre vous. Nous sommes à deux mois environ de l'ouverture de l'Expo.02. Plus de 1 milliard de francs a déjà été investi. 800 personnes ont été engagées par l'Expo elle-même. Beaucoup d'autres sont engagées par des exposants ou des exploitants de restaurants ou d'autres lieux publics.

1,25 million de billets a été vendu pour 68 millions de francs. M. Eggly a demandé s'il y avait là des concessions extraordinaires qui avaient été faites. En moyenne, les billets ont été vendus à 3 francs de moins que le prix que l'on aurait pu obtenir si ces billets n'avaient pas été vendus à l'avance. Cela nous semble être dans l'ordre de ce qui est tout à fait acceptable. Et je remercie l'ancienne entreprise de M. Walker, la Caisse Raiffeisen, par exemple, qui a pris une bonne initiative. Elle a décidé de promouvoir la vente des billets. J'espère que, avec la banque, nous allons pouvoir répondre à l'espoir de ceux qui ont cru que la banque et la Confédération vendaient quelque chose qui, un jour, pourrait obtenir sa contre prestation, c'est-à-dire que ceux qui ont acheté le billet à vos guichets, Monsieur Walker, puissent un jour visiter l'Exposition nationale 2002.

Ensuite, il y a plus de 300 sponsors. On a beaucoup parlé de chiffres, du montant qui est donné par les sponsors. Il faut voir que les sponsors ont signé des contrats: c'est 331 millions de francs de sponsoring d'après les derniers chiffres qu'on m'a donnés ce matin.

Les cantons et les villes ont aussi investi, puisque cantons et villes ont voté des crédits de 85 millions de francs directement pour l'Expo et, en plus de cela, ils ont fait des investissements importants pour faciliter l'Expo et faciliter le confort des visiteurs de l'Expo. On estime que les cantons et les villes ont investi, grosso modo - et je pense que, à deux mois de l'ouverture des portes de l'Expo, ces investissements sont pratiquement terminés -, 120 millions de francs. Cet argent a été voté et dépensé par les cantons et les villes, notamment les villes sièges.

Voilà ce qui a été fait à ce jour et voilà pourquoi, aujourd'hui, bien que, comme tout le monde, je ne sois pas heureux de devoir le faire, je vous demande un crédit supplémentaire.

Finalement, pour dire oui ou non à ce crédit, je pense qu'il est légitime de se poser trois questions:

1. Ce crédit supplémentaire est-il nécessaire parce qu'il y a eu mauvaise gestion?

2. Quelles conséquences aurait un refus?

3. Y a-t-il des alternatives?

Première question: ce crédit complémentaire est-il le résultat de la mauvaise gestion?

Qu'il y ait eu des erreurs d'appréciation au départ, en 1996 déjà, lorsqu'on a cru que le sponsoring allait apporter 800 millions de francs, est une évidence. A l'époque, j'étais au Parlement et personne n'a critiqué avec vigueur cet aspect des choses. Peut-être que le crédit a été accepté avec une certaine indifférence. Puis, l'atmosphère d'amitié, les circonstances particulières qui entouraient le débat sur ce crédit ont fait que personne à l'époque ne l'a contesté. Je crois que ce n'était pas de la mauvaise gestion, mais une erreur de prévision importante.

Dès l'instant où, à la suite du rapport Hayek, M. Steinegger a été mis à la tête du Comité directeur, je pense que beaucoup de progrès ont été accomplis dans le contrôle. Que des choses fausses aient été faites, c'est certain, et M. Steinegger ne contestera pas qu'il soit possible et même probable que quelques erreurs aient été commises. Il n'est pas facile de conduire une oeuvre aussi extraordinairement importante et qui se fait rarement, d'autant plus que l'expérience précédente ne sert pas à grand-chose et que la plupart des gens qui ont participé à l'exposition précédente sont à la retraite, voire ne sont plus de ce monde. Il est donc inévitable qu'il y ait un certain nombre d'erreurs, mais ce sont des erreurs de détail.

[PAGE 88] Dans l'ensemble, les dépenses ont été bien maîtrisées. Les programmes d'économies ont été réalisés. Puis, à un moment, on nous a dit, d'une part, que faire des économies supplémentaires en supprimant d'autres pavillons et même une arteplage aurait menacé la qualité de l'Expo et, d'autre part, qu'il fallait choisir entre la qualité, donc la chance de faire un succès de l'Expo, et y renoncer sous prétexte de réduire encore les frais et d'avoir un insuccès populaire. Nous avons choisi un équilibre entre le succès populaire et la nécessité de réduire les frais. Ce qui a été fait, c'est que les dépenses ont été maîtrisées.

C'est vrai que du côté des recettes, il a manqué une somme importante, qui est nécessaire aujourd'hui. On a dit et redit dans le débat que l'économie privée n'a pas apporté tout ce que ses dirigeants ont promis. Loin de moi l'idée de montrer du doigt ceux qui ont fait ces promesses en toute bonne foi. Imaginez la situation si, dès le départ, l'économie privée avait dit: "Nous n'arriverons pas à réunir un montant significatif pour soutenir l'Expo." On aurait accusé ses dirigeants d'avoir saboté le projet parce qu'ils auraient fixé la barre à un niveau si bas qu'il n'y aurait pas eu effet d'entraînement. On aurait aussi accusé l'économie privée de ne pas vouloir jouer le jeu.

Or le montant réuni à ce jour représente plus de 300 millions de francs. Rapporté à l'Allemagne, ce serait dix fois plus qu'il aurait fallu obtenir pour financer l'Exposition universelle d'Hanovre. Or tout le monde sait que l'économie allemande, malgré sa puissance, malgré les coups de fil du chancelier Helmut Kohl - avec tous les risques que cela comporte; je n'ai pas pris ce risque -, n'a pas réuni l'équivalent de 3 milliards de francs afin de sponsoriser l'Exposition universelle d'Hanovre. La Suisse, en comparaison internationale, a fait beaucoup; elle a fait bien; elle n'a pas fait assez par rapport aux besoins financiers de l'Expo; elle n'a pas fait assez vu les promesses faites par des gens qui ont en principe une certaine compétence. Je vous rappelle que les chiffres ont été confirmés par M. Hayek après avoir mené des sondages auprès des personnes qui avaient fait des promesses.

Je voudrais aujourd'hui éviter une chose, c'est qu'on dévalorise l'effort extraordinaire qui a été fait par des centaines d'entreprises, et notamment par les plus importantes de Suisse. Je voudrais éviter que soient récompensés ceux qui, dès le départ, n'ont pas eu le moindre élan patriotique, n'ont pas eu la moindre hésitation et qui ont dit: "Mes sous sont mes sous; rien pour le pays, rien pour faire quelque chose ensemble." Je voudrais éviter qu'aujourd'hui on les félicite et qu'on leur donne la chance de pouvoir dire: "Voyez-vous, chaque fois qu'on participe à une oeuvre nationale, on prend des risques. Nous, nous sommes restés à l'écart, nous avons critiqué constamment et nous avons bien fait. Les naïfs sont ceux qui croient qu'on peut faire quelque chose en commun qui dépasse le 'livre de la laitière' et les petits calculs les plus mesquins."

Je remercie ici sincèrement et profondément les entreprises qui ont passé au sponsoring. Pratiquement toutes les grandes entreprises du pays, à peut-être une exception près, ont participé au sponsoring.

C'est vrai, du côté des PME, on a eu des espérances qui ne sont pas accomplies. Bien! Les responsables de l'époque, M. Widrig et quelques autres, avaient dit: "On peut espérer que 20 francs par employé de PME soit quelque chose de raisonnable." Qui d'entre nous aurait condamné cette estimation? C'est en tout cas ce qui m'a été dit: "20 francs par employé, c'est quelque chose de convenable." Il semble qu'il n'a pas été possible de réunir ce montant, mais vous savez que les petites et moyennes entreprises ont des soucis aujourd'hui qui, sinon justifient, tout au moins expliquent assez largement le fait que les montants prévus n'ont pas été réunis. Là aussi, je voudrais remercier et non pas attaquer MM. le président, le directeur, les vice-présidents et tous les membres de l'Union suisse des arts et métiers, qui ont cru qu'on pouvait faire mieux que ce qui a été possible. Je crois qu'il ne faut pas leur faire un reproche. Il faut les remercier d'avoir pris un risque, un risque qui est en partie réalisé. Il ne faut pas les montrer du doigt, mais au contraire leur dire que c'était juste d'être un peu optimiste et d'avoir voulu apporter une contribution forte.

Première question: y a-t-il eu des erreurs de gestion? La réponse est non. Et personne au cours de ce débat n'a prétendu qu'il y avait eu des erreurs de gestion importantes qui justifient une sanction.

Deuxième question: quelles conséquences? M. Walker et quelques autres disent: "J'ai la foi. Rien ne se passera. Vous pouvez voter non." Je me suis naturellement posé cette question: "Que va-t-il se passer si on vote non?" La conclusion, je l'ai trouvée après discussion avec M. Steinegger, avec les responsables de ce dossier dans mon département. La réponse est que, si ce crédit n'est pas accordé, il y aura dépôt du bilan, théoriquement au mois de juin, mais dans la pratique beaucoup plus tôt. Car dès l'instant où le crédit serait refusé, la machine infernale se mettrait en marche. Et la machine infernale, elle consiste à ce que les artisans disent: "J'arrête de travailler si vous ne me donnez pas des garanties." Ceux qui doivent encore investir dans les grands projets disent: "Vaut-il encore la peine d'investir?" La Caisse Raiffeisen et toutes les organisations qui promeuvent la vente des billets disent: "Est-ce que j'ai encore le droit de promouvoir la vente des billets, alors que des solutions alternatives ne pourront peut-être pas être trouvées?"

Si on refuse ce crédit, ce n'est pas en juin que l'on ira vers la catastrophe, c'est beaucoup plus tôt, parce que - tous ceux qui ont une expérience de la vie économique le savent - les choses s'accélèrent, la perte de la confiance fait que tous les partenaires commencent à sauver leurs propres intérêts et la catastrophe est alors beaucoup plus rapide. Les banques révoqueront leurs crédits, les engagements de personnel deviendront impossibles, l'engagement des sponsors sera interrompu, les artisans demanderont des garanties. Ce n'est pas un scénario catastrophe; ce n'est pas un chantage que de dire la réalité, c'est simplement décrire quelque chose qui est désagréable, et décrire quelque chose qui est désagréable, n'est pas un chantage. Je pense, et je le pense avec le Conseil fédéral unanime, que c'est le scénario le plus crédible, le scénario réaliste, celui de l'échec total et immédiat de l'Expo.

Je tiens à dire que cette argumentation a fait l'objet d'une note de discussion au sein du Conseil fédéral, car je ne voulais pas qu'on puisse dire: "C'est vous seul, chef du département responsable directement de l'Expo, qui avez affirmé cela, d'autres conseillers fédéraux pensent le contraire." Le Conseil fédéral unanime pense que si ce crédit est refusé, nous allons vers une catastrophe beaucoup plus rapide que celle qui est théoriquement possible, qui interviendrait au mois de juin, du fait du manque de liquidités.

Troisième question: y a-t-il des alternatives? Je crois y avoir répondu en décrivant la machine infernale qui se mettrait en marche si le crédit était refusé. Les choses seraient relativement simples. Beaucoup de possibilités et alternatives seraient possibles si le délai n'était pas aussi court. On pourrait essayer de mettre sous pression les villes, les cantons. On pourrait essayer de récolter encore des fonds auprès de l'économie. - je crois que de ce côté-là, les choses ont été plutôt bien faites jusqu'à maintenant et il ne faut pas se faire d'illusion quant aux possibilités supplémentaires d'obtenir des crédits. Mais on n'aurait plus le temps de le faire, parce que si le Parlement disait non, tout le monde commencerait à penser à sauver ses propres intérêts et la machine infernale, que j'ai appelée il y a un instant non pas de mes voeux, mais que j'ai décrite, se mettrait en marche. Nous n'aurions pas le temps d'étudier des solutions alternatives. L'Expo irait vers la catastrophe.

La conclusion est que si on répond qu'il n'y a pas lieu de sanctionner des erreurs de gestion, si le crédit est refusé, c'est le scénario catastrophe qui se réalise et se concrétise. Il n'y a pas de chantage là-derrière. Les solutions alternatives ne sont pas possibles parce que le temps est court et que chacune de ces solutions implique le refus du crédit et, par conséquent, le début de la mise en marche de la machine infernale. Il n'y a qu'une possibilité réaliste pour ceux qui veulent réellement l'Expo, pour ceux qui croient encore [PAGE 89] que ce projet est mobilisateur dans le meilleur sens du terme et qu'il permet aux Suisses de partager une expérience commune et de continuer une tradition difficile, mais qui a apporté à chaque génération quelque chose de positif, soit la tradition de l'exposition nationale. Tous ceux qui croient à ce pays, qui croient que l'Expo peut contribuer au maintien de l'unité de ce pays et qui croient à une forme réaliste de patriotisme sont invités à voter oui, sans bonheur, mais le bonheur viendra lorsque l'Expo fermera ses portes et qu'on constatera qu'elle a été un succès et qu'elle a permis une expérience nationale bien nécessaire dans les circonstances actuelles.

Je vous invite à voter oui à ce crédit, sans état d'âme!