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Burkhalter Didier · Bundesrat · 2016-03-01

Burkhalter Didier · Bundesrat · Neuenburg · 2016-03-01

Wortprotokoll

La situation est très compliquée, mais ce débat est assez simple. Que demande le postulat? Il demande de l'aide d'urgence pour les personnes qui souffrent de la crise syrienne; il demande, si possible, de l'aide à la reconstruction ainsi que la mobilisation de moyens, de crédits-cadres et, si nécessaire, de crédits additionnels. C'est une demande qui a été faite il y a un certain temps déjà, et ce en même temps qu'un autre postulat, le postulat Eder 15.3026, était déposé au Conseil des Etats. Le Conseil des Etats qui, vous le savez, avec son "rythme de sénateur", avance beaucoup plus vite que votre conseil, a adopté au mois de juin 2015 déjà, à l'unanimité, le postulat Eder. Voilà pour la situation de départ.

Qu'en est-il de la crise syrienne? Cinq ans de crise en ce mois de mars 2016! Une population totale au début d'à peu près 22 millions d'habitants; maintenant, il y a à peu près 18 millions de personnes en Syrie. Sur ce nombre, trois quarts - donc trois personnes sur quatre - dépendent de l'aide humanitaire. Si on considère les personnes qui sont parties de Syrie et qui se sont réfugiées ailleurs et celles qui ont été déplacées au sein de la Syrie, on est à plus de 11 millions de personnes maintenant. Cette situation est absolument dramatique. Sur les 11 millions de personnes déplacées ou réfugiées, il y a évidemment beaucoup de réfugiés dans la région proche, tout spécialement en Turquie, en Jordanie et au Liban. Si l'on prend le Liban et la Jordanie en particulier, qui sont des pays de grandeur comparable à la Suisse, ce sont des pays qui accueillent des réfugiés par centaines de milliers, voire par millions. La situation est donc particulièrement difficile.

Que faisons-nous? Nous faisons la plus grande opération humanitaire de l'histoire de la Suisse. Quand on a répondu à votre postulat, Madame Schmid-Federer, on a parlé des 128 millions de francs qui avaient été investis - c'était juste après le dépôt de votre postulat et on avait pris en compte les chiffres jusqu'à la fin 2014. Aujourd'hui, avec ce qu'on a décidé au début de l'année, on en est au double: on est à [PAGE 43] 250 millions de francs d'investissements en Syrie et dans les pays proches - donc l'aide sur place, comme on l'appelle, "vor Ort" - pour aider à contenir la problématique des souffrances et des migrations forcées qui, on l'a vu, devient de plus en plus délicate. C'est avant tout de l'aide d'urgence; mais c'est aussi, comme je l'ai dit tout à l'heure quand on parlait du rapport sur la politique extérieure, de l'aide qui est un peu du développement, en tout cas de l'aide humanitaire plus solide puisque nous intervenons sur les questions d'éducation, de réhabilitation des écoles, de vie dans les camps qui deviennent des quasi-villages, avec différents éléments en dur, en quelque sorte. Je n'entre pas dans les détails, mais cela touche notamment l'eau ou la santé.

Et puis, vous avez demandé de l'aide à la reconstruction. Là, il faut être très clair: cela n'est pas possible à l'heure actuelle en Syrie. Cela sera peut-être possible bientôt, nous l'espérons. Mais quand on en sera à l'aide à la reconstruction, on en aura pour des années: reconstruire la Syrie, ce sera très long, très dur et très cher. Mais on n'en est pas encore là.

Avant de reconstruire, il faut faire la paix. C'est tout simple à dire: il faut d'abord faire la paix. Donc il faut la solution politique, pour laquelle notre pays est aussi mobilisé. La Genève internationale est à la base de l'équipe qui cherche actuellement la solution politique avec l'envoyé spécial Staffan de Mistura. Nous le soutenons. Nous le soutenons également avec des experts - nous avons plusieurs experts dans la médiation actuelle dans le cadre de l'action de l'ONU qui sont des représentants de notre pays. Nous offrons une série de facilitations, nous avons les bons offices, notamment entre l'Iran et l'Arabie saoudite.

Le plan actuel, en très résumé, est le suivant. Il vise très rapidement à une amélioration sur le plan humanitaire, notamment dans les zones assiégées. Ensuite, il faut la cessation des hostilités; c'est ce que l'on vit ces jours de manière plutôt positive, et il faut le dire, parce qu'on sait à quel point il est difficile de faire tenir une cessation des hostilités lorsque l'on est dans une guerre avec une série de groupes plus ou moins indépendants les uns des autres et qui ont tous des motifs différents - pour le moment, cela tient à peu près. Et si cela tient, il faut le redémarrage des négociations de paix, en principe le 7 mars à Genève. C'est cela l'espoir; il est ténu, mais il est là. Je crois qu'il y a des raisons d'appuyer ce processus parce qu'il n'y a pas d'autres solutions que la paix si on veut pouvoir reconstruire un jour.

Concernant les moyens, ils sont contenus dans les crédits-cadres, et, si nécessaire, il est possible de demander un crédit additionnel en fin d'année. Cela veut dire que lorsqu'on n'a plus assez de moyens dans le cadre budgétaire accordé par le Parlement, en fin d'année, on demande un crédit additionnel. On l'a fait l'année passée, en urgence. Le Parlement a accepté cela. Pourquoi? Parce que cela a servi d'exemple pour la communauté internationale, et cela a eu un effet de levier.

En conclusion, nous estimons que le sujet de ce postulat est autant d'actualité aujourd'hui que l'année passée. L'année passée, le Conseil des Etats a estimé à l'unanimité qu'il fallait accepter le postulat Eder 15.3026, "Contribuer à la protection des réfugiés syriens grâce à l'aide humanitaire sur place", dont la demande est identique au postulat Schmid-Federer. Nous estimons que le Conseil national devrait également soutenir ce postulat. Il devrait être transmis au Conseil fédéral qui continuera la politique que je viens de vous expliquer.