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Genecand Benoît · Nationalrat · 2016-03-09

Genecand Benoît · Nationalrat · Genf · FDP-Liberale Fraktion · 2016-03-09

Wortprotokoll

Trois notions sont au centre de cette initiative: le niveau d'autonomie en matière de production agricole; la diminution des surfaces agricoles et les moyens de lutter contre cette diminution; le revenu des paysans et la nécessité d'assurer aux paysans, comme le prévoit la loi sur l'agriculture, "un revenu comparable à celui de la population active dans les autres secteurs économiques de la même région". Je souhaite commenter ce dernier point.

La question est la suivante: est-on en mesure aujourd'hui de comparer le revenu des paysans avec celui du reste de la population? Etonnamment, la réponse est non. Pourtant, des analyses du revenu des paysans existent depuis le début du XXe siècle. Or, même avec de telles données historiques, nous n'avons pas encore une base statistique solide. En fait, si l'on en croit l'Office fédéral de la statistique, la base actuelle est tout sauf solide: elle est non valide, elle est nulle, si vous me permettez de le dire plus clairement.

Dans le document intitulé "Ermittlung der landwirtschaftlichen Einkommen" de décembre 2011 - pardonnez-moi le titre en allemand, mais ce texte n'existe que dans cette langue comme cela arrive parfois -, après une analyse fouillée, l'Office fédéral de la statistique répond par la négative à la question suivante concernant les revenus des paysans: "Sind die ermittelten Einkommen zuverlässig und aussagekräftig?" L'office ajoute: "Deshalb können auch keine verlässlichen statistischen Berechnungen vollzogen werden". L'échantillon n'est pas aléatoire. Certaines régions sont peu couvertes ou ne le sont pas, comme c'est le cas du Tessin ou de Genève. Certaines activités agricoles sont sous-représentées, comme c'est le cas de celle des maraîchers.

Avec un sens prononcé de la litote, l'Office fédéral de la statistique constate: "Diese Einschränkungen kommen aber in der aktuellen Kommunikation zu wenig zum Ausdruck." On peut d'ailleurs le constater dans le message du Conseil fédéral sur l'initiative populaire "pour la sécurité alimentaire", où il est dit: "dans l'agriculture, le revenu du travail est ... inférieur aux salaires tirés des autres activités économiques". Comment le Conseil fédéral peut-il affirmer cela sans statistique digne de ce nom? Sait-on au moins dans quel sens l'erreur a été commise? Les revenus sont-ils sous ou surestimés? Là encore, la réponse est non. Tout ce que l'on sait, c'est qu'une différence importante en positif ou en négatif est à attendre.

Nous consacrons chaque année 2,7 millions de francs à une base statistique sans valeur. C'est assez regrettable! Ce sujet est important, et il est temps que l'administration fédérale soit en mesure d'établir les faits pertinents dans le domaine de la rémunération des paysans. Il faut un échantillon valable, qui couvre tous les types d'activités et toutes les régions de la Suisse. Une fois le travail statistique réalisé, resteront encore à régler d'importantes questions méthodologiques: comment comparer les revenus indépendants des paysans avec des revenus de salariés du reste de l'économie? Comment tenir compte du fait que les paysans peuvent déduire un montant pour le capital investi dans l'activité? Comment tenir compte des avantages en nature qui se matérialisent par un coût inférieur du logement et de la nourriture? Et enfin, comment tenir compte des revenus de plus en plus importants générés hors de l'exploitation agricole?

Tant que l'on n'a pas effectué ce travail, autant ne plus faire de commentaire sur la question des revenus du monde paysan. Ou comme disait le philosophe Wittgenstein: "Wovon man nicht sprechen kann, darüber muss man schweigen."

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