Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2016-04-26
Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2016-04-26
Wortprotokoll
Un Etat de droit digne de ce nom se doit d'être responsable. Il se doit d'être responsable quant à ses engagements présents, c'est évident. Il se doit également d'être responsable à l'égard de l'avenir du pays et du monde qu'il va laisser en héritage aux générations futures. C'est d'ailleurs tout le sens de notre engagement clair et déterminé pour, plus que jamais, un monde sans nucléaire, mais aussi de notre engagement contre le réchauffement climatique et pour la préservation de notre Etat social.
Mais un Etat doit également assumer le passé, assumer les erreurs découlant de mesures décidées par les autorités de l'époque face à certaines catégories de concitoyennes et de concitoyens, surtout des enfants. Les autorités en question ont agi alors en leur qualité de dépositaires de l'autorité publique. 1981, ce n'est pas si loin. A cette époque, les aînés parmi nous terminaient une enfance ou une adolescence heureuse ou insouciante. Mais, jusqu'à cette date, les autorités de l'époque ont décrété des mesures administratives à l'égard d'enfants, d'adolescents, de personnes un peu "différentes", de gens du voyage, pour des raisons diverses et avec le prétexte officiel de leur porter aide et assistance. C'était la façon de faire, en règle générale sans procédure juridique avec voie de droit.
Les rapports humains à l'époque étaient certainement moins emprunts d'empathie et de respect des droits élémentaires qu'aujourd'hui. Du fait de ces mesures, les parcours de vie de nombreux habitants de notre pays ont pu s'apparenter à de véritables drames. Il y a eu des placements de force dans des foyers ou dans des domaines agricoles, par exemple. Des personnes ont été séparées de leur famille, privées de leurs droits essentiels. Il a été question d'exploitation, de mauvais traitements et d'abus. On relève des cas de stérilisation et d'avortement forcés, des atteintes inacceptables aux libertés fondamentales. Il y a eu des vies brisées, des souffrances cachées que toutes ces personnes, toutes ces victimes portent au fond de leur coeur.
Un Etat de droit responsable doit dire haut et fort: "Plus jamais cela!" Un Etat responsable doit savoir s'excuser. Cela a été fait officiellement en 2013 par le Conseil fédéral au nom du peuple suisse. Un Etat responsable doit accepter de faire toute la lumière sur ces sombres périodes de son passé, afin de comprendre et de prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter que cela ne se reproduise. Un Etat responsable doit accepter de réparer, c'est essentiel.
Une somme est due aux victimes, mais cela ne permet pas de réparer réellement, de panser les plaies, voire d'effacer toutes les souffrances passées, des plaies qui ont accompagné ces personnes jour après jour depuis lors. Si cela ne peut réparer réellement ce qui a été fait, cela symbolise cependant objectivement les excuses et la compassion de l'Etat à leur égard.
Ces personnes, certaines plus toutes jeunes, attendent ce dénouement depuis trop longtemps. Il faut décider, agir et [PAGE 666] réparer sans délai. Dans ce sens, le contre-projet indirect paraît une bonne solution.