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Piller Carrard Valérie · Nationalrat · 2016-04-26

Piller Carrard Valérie · Nationalrat · Freiburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2016-04-26

Wortprotokoll

Les autorités suisses ont commis d'énormes erreurs, le temps est venu de les réparer. Impossible de se voiler la face sous prétexte que l'erreur a été commise par nos prédécesseurs: des placements administratifs sans décision de justice ont eu lieu jusqu'en 1981. Des milliers de personnes sont concernées. Beaucoup sont décédées. Les autres, âgées, sont pour la plupart traumatisées, en mauvaise santé et vivent dans la pauvreté.

J'ai été extrêmement touchée par l'histoire de l'une de ces survivantes, relatée dans un livre qui vient de sortir sous le titre "Unter Vormundschaft. Das gestohlene Leben der Lina Zingg". Diagnostiquée schizophrène et légèrement débile à 18 ans - ce qui s'avérera ensuite faux -, elle a été mise sous la tutelle d'une Zurichoise qui lui a fait subir les pires sévices: violée durant quatorze ans par le premier mari de son bourreau, elle a été traitée en esclave, brutalisée, humiliée, affamée. Probablement victime du syndrome de Stockholm, elle n'a jamais osé s'enfuir.

Son calvaire a duré 53 ans. Elle a donc dû attendre 2011 pour être libérée, à 71 ans, grâce à l'intervention des filles de sa tortionnaire. Pendant toutes ces années, cette dernière a manipulé la ville de Zurich et, comble de l'horreur, a même empoché 500 000 francs pour soins donnés à une personne sous tutelle! Le frère de la victime a tout essayé pour la sortir de cet esclavage, mais n'a jamais été pris au sérieux. Il a renoncé à actionner la justice pour obtenir réparation, pour éviter de raviver les blessures, mais aussi en raison d'un manque de moyens. Ceci démontre que ces drames des temps modernes sont aussi affaire de classe sociale.

Nous avons aujourd'hui la possibilité d'agir rapidement afin de donner un signe de reconnaissance aux victimes. En acceptant d'une part que ces destins tragiques fassent enfin l'objet d'une étude scientifique, et d'autre part en réparant le préjudice subi en versant des indemnités aux victimes, nous prenons nos responsabilités face à ces décisions hâtives et arbitraires qui ont détruit la vie de nombreuses personnes. Ces deux éléments sont proposés à la fois dans l'initiative populaire et dans le contre-projet indirect du Conseil fédéral. A la différence que ce dernier, soutenu par les Commissions des finances et les Commissions des affaires juridiques, prévoit un montant de 300 millions de francs d'indemnisation, contre 500 millions dans la version des initiants.

Je vous prie de faire le geste de la réconciliation. Car bien au-delà de la somme qui sera au final attribuée aux milliers de victimes, il s'agit avant tout de reconnaître leur souffrance, un geste essentiel pour les années qui leur restent à vivre.