Béglé Claude · Nationalrat · 2016-06-02
Béglé Claude · Nationalrat · Waadt · CVP-Fraktion · 2016-06-02
Wortprotokoll
Parler de la coopération internationale n'est pas facile, car sa mission est complexe. Celle-ci doit faire face à des défis diversifiés et y répondre de façon différenciée. Ses interventions sont protéiformes; ses instruments sont multiples; ses procédures sont en évolution. C'est pourquoi le message du Conseil fédéral est parfois un petit peu touffu, mais il ne faut pas confondre la forme et le fond, qui est convaincant.
Si le groupe PDC souhaite une clarification de la stratégie établie, cela ne remet absolument pas en cause son soutien aux actions entreprises par la coopération internationale, ni son acceptation du crédit alloué à l'aide publique au développement inscrit au budget, montant qui correspond à 0,48 pour cent du revenu national brut.
La coopération internationale est en train de se réformer. Elle mérite notre soutien. La Direction du développement et de la coopération est dans un processus actif d'adaptation aux besoins actuels. Monsieur le conseiller fédéral Burkhalter l'a dit: son objectif est d'intégrer la coopération et l'aide humanitaire dans une conception globale de la politique extérieure. Elle évolue donc vers plus de centralisation. Le Département fédéral des affaires étrangères a la situation en main. J'étais hier soir encore à une réunion avec l'International Finance Corporation, et j'ai pu constater à quel point la Banque mondiale écoute et respecte la Suisse, et ce n'est pas rien.
Il apparaît que la coopération internationale évolue dans la bonne direction; elle fait du bon travail; elle est utile; elle inscrit son action dans une optique de développement durable, de lutte contre la pauvreté et de lutte pour la paix. Elle incarne l'engagement de notre pays pour la préservation de certains équilibres dans des contrées fragiles. Elle cherche à remédier aux insuffisances des institutions locales - lesquelles peuvent aller jusqu'à causer des conflits armés -, à la faible cohésion sociale ou au manque de perspectives pour les jeunes. Cela implique un travail de longue haleine, souvent ingrat, et même un peu risqué. Mais cela permet aux populations de se développer, de s'épanouir sur place plutôt que de prendre le chemin de l'exil. Donc mieux vaut investir en amont que de devoir réparer les dégâts colossaux résultant d'une catastrophe ou d'un conflit.
La coopération internationale tend à une cohésion accrue de l'ensemble de ses actions. Chacune des parties qu'elle compose s'articule de manière complémentaire avec les autres. Aux activités traditionnelles, largement représentées par les projets de coopération bilatérale, s'ajoutent celles de la coopération multilatérale, en plein essor, ainsi que les programmes orientés vers les économies déjà en transition.
La DDC se coordonne aussi avec nos instituts de recherche et le secteur privé pour élaborer des solutions innovantes et astucieuses, qui sont mises sur pied par la coopération globale et qui incarnent l'avenir. Elle assure aussi des tâches humanitaires liées à notre tradition dans ce domaine, en essayant toutefois d'intervenir de plus en plus en amont, de façon préventive. Dans ce domaine également, j'ai été très impressionné par ce qui était élaboré en matière de sécurité humaine pour éviter que des régions fragiles ne sombrent dans le chaos. On est là un peu dans le génie suisse.
Affirmer le lien entre la coopération internationale et le phénomène migratoire est une bonne chose. D'ailleurs, ce lien existe déjà. La coopération internationale accorde une grande priorité aux questions migratoires. Le message rappelle qu'elle est très présente dans les pays d'origine des migrants: la Corne de l'Afrique, l'Afghanistan, l'Afrique subsaharienne. Une bonne manière de prévenir les flux migratoires est d'offrir aux populations un maximum de perspectives de vie au niveau local. C'est pourquoi la DDC collabore avec le Secrétariat d'Etat aux migrations, le Secrétariat d'Etat à l'économie et d'autres organes de la Confédération, pour optimiser de façon coordonnée l'action de la Suisse dans ce domaine. C'est ainsi, par exemple, qu'elle complète l'aide humanitaire d'urgence en Syrie avec des projets d'emploi et d'éducation - mais aussi en Jordanie et au Liban - à l'attention des réfugiés syriens. Et cela va dans la bonne direction.
En résumé, il est judicieux de souhaiter une plus grande convergence entre coopération internationale et crise migratoire, en confiant à la coopération internationale la mission d'agir en amont des crises et de façon préventive, mais cela: a. sans dénaturer le rôle de la DDC, qui reste prioritairement de lutter contre la pauvreté; b. sans en arriver à la suppression complète des activités de la DDC dans certains pays non générateurs de flux migratoires; c. sans réduire excessivement les moyens de la coopération internationale en cas de hausse des coûts de l'accueil en Suisse de nouveaux réfugiés. Il ne faut pas enclencher un phénomène de vases communicants.
Le travail de la coopération internationale doit se concevoir comme un investissement préventif, pour éviter de trop grands déséquilibres dans les régions fragiles du monde et permettre notamment de limiter en amont les effets indésirables des flux migratoires et de réfugiés.