Burkhalter Didier · Bundesrat · 2016-09-15
Burkhalter Didier · Bundesrat · Neuenburg · 2016-09-15
Wortprotokoll
Tout d'abord, j'aimerais vous remercier pour la qualité du débat de ce jour et pour le travail effectué. Le débat d'aujourd'hui a vraiment montré à quel point vous vous engagiez et que vous défendiez avec clarté vos intérêts politiques dans ce dossier. Vos opinions sont évidemment différentes suivant le sujet, mais le débat de fond a été très marqué par les orientations politiques des uns et des autres. Chez certains d'entre vous, c'est en filigrane que se dessinent vos réactions et vos impressions personnelles. Certains les ont exposées de manière très complète, tandis qu'on les a plus senties entre les lignes, si je puis dire, chez d'autres. C'est normal parce que la collaboration, la coopération internationale, les projets que l'on monte dans les pays bénéficiaires - qui sont souvent dans une situation très difficile - ne nous laissent pas indifférents, parce qu'il y va de la dignité humaine ou même de la condition humaine, comme l'écrivait Malraux. C'est un peu la même chose, c'est cela, c'est cette condition humaine qui apparaît partout en filigrane.
Cela dit, merci pour le travail accompli, parce que la commission a mené ses travaux de façon très objective, "sachlich". Elle est vraiment allée au fond des choses. Elle l'a fait de manière très consciencieuse et elle a en effet apporté, comme l'a dit Monsieur Bischof, le rapporteur, des améliorations que nous saluons et que nous soutenons. Nous sommes d'accord avec vous pour apporter ces améliorations au projet. Nous reconnaissons qu'elles apportent clairement un plus et précisent les décisions du Conseil national, mais nous y reviendrons.
Quelle est la tâche du Parlement dans ce dossier? Elle est de confirmer le cadre de l'engagement, je souligne ce dernier terme, de notre pays dans la coopération internationale. Concrètement, ce montant de plus de 11 milliards de francs représente 3 à 4 pour cent des dépenses de la Confédération, soit près de 1 franc suisse - un franc suisse fort! - par habitant de notre pays et par jour durant les quatre prochaines années. C'est ce montant que cela représente.
A propos de franc fort d'ailleurs, j'aimerais bien une fois tordre le cou à un cliché: chaque fois, on nous dit que, grâce au franc fort, on a beaucoup plus. Ce n'est pas vrai! Les francs sont gérés par la Trésorerie fédérale: ce que l'on gagne ou ce que l'on perd va à la Trésorerie fédérale, qui évalue le cours, donc les montants ne vont pas au service concerné. D'ailleurs, de manière générale, nous payons de plus en plus les organisations internationales en francs suisses. Donc, ce n'est pas juste de dire qu'il y a une amélioration des possibilités simplement en raison de la réévaluation du franc suisse. Ce n'est pas juste, il faut tout simplement le savoir.
En revanche, c'est vrai que cela peut être positif pour la caisse fédérale, et donc pour l'endettement de la Confédération, parce, malgré toutes ces difficultés financières, cela fait un certain nombre d'années que nous bouclons nos comptes avec de bons résultats. "Pourvu que cela dure!", pourrait-on dire, mais enfin, toujours est-il que c'était comme cela jusqu'à présent.
De manière très résumée, quelle est la vision essentielle du projet? La vision essentielle est la suivante: nous voulons mettre en commun, nous voulons mobiliser tous les instruments, tous les moyens pour contribuer efficacement à plus de paix, à plus de perspectives et à moins de pauvreté. C'est la vision du projet; on peut donc la résumer de manière très simple. Tous les instruments et tous les moyens, ce sont donc les crédits-cadres: il y a les crédits-cadres relatifs à l'aide humanitaire et à la coopération au développement, regroupés dans le "crédit Sud"; la coopération économique au développement, qui dépend du SECO; l'aide à la transition des pays de l'Est, qui dépend des deux - SECO et DDC; la promotion de la paix et de la sécurité humaine. Ils figurent tous dans le projet, ce qui constitue l'élément essentiel.
Cette vision, et le projet, découlent directement de la Constitution et des lois. La Constitution est claire et limpide à cet égard: elle prévoit un engagement pour la paix, la démocratie, les droits de l'homme, l'environnement et contre la pauvreté. C'est la base de la Constitution, qui prévoit également que l'on fasse tout ce que l'on peut pour assurer la sécurité et la prospérité de notre beau pays, qui dépendent toujours plus du développement international, celui-ci étant toujours plus inquiétant, les crises étant toujours plus proches de chez nous.
Les lois, vous les connaissez, en particulier la loi fédérale sur la coopération au développement et l'aide humanitaire internationales. Si le débat tourne beaucoup autour des questions de migration - ce qui est juste, parce que c'est un grand problème actuel -, il ne faut tout de même pas oublier ce que le Parlement nous a donné comme mission. La loi et la Constitution sont claires: l'objectif principal, la priorité, c'est la lutte contre la pauvreté à long terme. Et nos actions doivent faire en sorte que, sur la durée - cela peut durer longtemps parce que c'est très difficile dans certains pays -, les pays concernés puissent assurer leur développement par leurs propres forces. C'est la loi fédérale sur la coopération au développement et l'aide humanitaire internationales qui le dit. Quant à la loi fédérale sur la coopération avec les Etats d'Europe de l'Est, elle constitue aussi une base et, si vous le voulez bien, vous pouvez décider de la prolonger par le biais du projet qui vous est soumis, puisque, là aussi, nous avons procédé par regroupement et réglé cette question.
Ce message sur la coopération internationale 2017-2020 s'inscrit aussi dans un contexte international, dont plusieurs d'entre vous ont évoqué les grandes lignes. En un mot, là aussi, c'est un contexte dur. C'est dur, c'est particulièrement dur depuis quelques années, et cela le restera. Le contexte international, c'est 65 millions de femmes, d'hommes et d'enfants qui sont déplacés contre leurs voeux par les crises. C'est comme si on jetait sur les routes - qui ne sont pas toujours très sûres - et dans des bateaux - qui ne sont souvent pas très solides - l'équivalent de huit fois la population de la Suisse! Vous prenez huit fois notre pays et vous le jetez sur les routes et dans des bateaux, et vous avez l'équivalent de ce qui se passe actuellement. La Syrie et tout ce qui se passe autour d'elle - j'y reviendrai, Madame Fetz - est révélatrice des crises de notre temps. Ce sont des crises qui, malheureusement, durent; ce sont des années de guerre. Le Yémen, malheureusement, prend la même direction. On en parle moins mais, en termes de personnes qui sont dépendantes de l'aide humanitaire, ce qui se passe au [PAGE 657] Yémen actuellement est terrible: les personnes sont arrachées de leurs maisons par millions alors qu'elles voudraient y rester. Non, dans cette région, les gens ne souhaitent pas partir, ils souhaitent même rentrer chez eux après quatre ou cinq ans de guerre. Ils ne souhaitent pas partir, c'est ce qu'ils disent lorsqu'on les rencontre dans les camps de réfugiés en Jordanie. Et puis, il y a les personnes, beaucoup plus nombreuses encore, qui dépendent de l'aide humanitaire, je l'ai dit.
Précisément, nous n'attendrons pas le nouveau message, car une part d'évolution reste possible, nous l'avons toujours dit. Par exemple, pour ce qui concerne les priorités, nous faisons un état de la situation et nous vous annonçons quel sera le cadre financier de nos engagements. Toutefois, dans ce cadre, des priorités peuvent être modifiées, même sans attendre le message pour les quatre années suivantes. Je pense qu'il est juste de laisser cette flexibilité au Conseil fédéral.
Que remarquons-nous? Nous l'avons précisé dans le message, les crises d'aujourd'hui dépassent complètement le cadre habituel des interventions en cas d'urgence humanitaire. Il n'y a plus de crises temporaires pour lesquelles il s'agit uniquement de nourrir les populations déplacées et de monter des tentes. Actuellement, les crises durent. Par conséquent, et comme c'est le cas en Jordanie, les jeunes femmes qui arrivent dans les camps avec un jeune enfant y restent trois, quatre ou cinq ans. J'en ai vu qui étaient là depuis déjà quatre ans et, souvent, le deuxième enfant naît dans le camp. Il faut donc des écoles, de l'eau, mais pas de l'eau qui vienne par camion, car, dans les camps, l'eau arrive souvent transportée par des camions qui en perdent une bonne partie en chemin. De plus, pour des tas de raisons, ce n'est ni si sûr ni si bénéfique pour les destinataires. Par conséquent, nous avons, nous Suisses, construit des réseaux d'eau potable, après avoir foré le sol de manière à trouver l'eau sur place et organisé par la suite un réseau pour tout le camp, parce que le camp devient un village et souvent même une ville. Il faut donc des écoles, des systèmes de formation, des emplois, des réseaux d'eau - je l'ai dit -, des actions d'intégration dans la région, ce qui ne va pas de soi. Actuellement, la Jordanie essaie d'intégrer 220 000 enfants en âge scolaire; parmi eux, 100 000 ont été intégrés, grâce à la Suisse, en grande partie, mais le reste est dans la nature, ce qui est une bombe à retardement.
Pour ce qui concerne la "Fokussierung", Madame Keller-Sutter a dit exactement ce que pense le Conseil fédéral. On peut donc "fokussieren".
Man darf schon etwas mehr fokussieren, das stimmt. Gleichzeitig gibt es ein Interesse, nicht zu viel zu fokussieren, wegen der Universalität der Schweiz und wegen der Politik der Schweiz, in keiner Allianz zu sein. Dafür haben wir auch zum Beispiel ein Aussennetz, das im Vergleich zur Grösse der Schweiz sehr gross ist. Das haben wir, weil wir das wollen, weil wir das nicht einfach an eine Allianz delegieren möchten.
Nous avons décidé, par conséquent, de rester assez larges, en effet, mais cela n'empêche pas une certaine focalisation. Mais alors c'est exactement l'inverse qui est visé, par exemple, par la proposition de "Kürzung". Parce que cette dernière - lisez-la - prévoit d'allouer un peu plus à l'aide humanitaire et beaucoup moins au développement et à l'aide à l'Est. Pour faire face à la crise - et c'est ce que dit le message -, il faut mettre les éléments les uns à côté des autres, les additionner. Vous ne devez pas affaiblir la coopération au développement, parce que, si vous le faites, vous affaiblissez les écoles, les réseaux d'eau, l'intégration, soit le travail sur les causes mêmes de la crise - comme l'a relevé Monsieur le conseiller aux Etats Levrat. Or, si on affaiblit cela, on prépare les crises suivantes. Affaiblissez le Liban, dont un quart des habitants sont des réfugiés, s'il explose, vous aurez encore une autre crise que celle qu'on a actuellement. La Jordanie tient bien le coup aussi, mais elle doit gérer une tension très forte avec l'intégration d'autant de personnes en très peu de temps.
Il faut savoir que tous ces éléments ne sont plus de l'humanitaire, qu'ils dépassent le cadre de l'humanitaire. Jusqu'à présent, peu de crédits en matière de développement étaient destinés à cette partie du monde; il y avait surtout des crédits pour le domaine humanitaire. En effet, beaucoup d'argent était destiné à l'humanitaire: 250 millions de francs en cinq ans dans cette région.
Objectivement, nous réfléchissons maintenant non seulement à maintenir notre action humanitaire - car, malheureusement, la crise est toujours là -, mais aussi à commencer à faire un peu plus que de l'humanitaire. C'est donc exactement ce que vous disiez; ce n'est rien de nouveau pour nous; c'est notre travail quotidien. En outre, il faut des solutions politiques: cela ne sert à rien de faire tout cela sans essayer de régler le problème politique.
Récemment, j'ai visité les bidonvilles de Beyrouth. Dans certains quartiers, il y avait des réfugiés syriens, les Libanais les plus pauvres et des réfugiés palestiniens de la troisième génération - des familles qui sont là depuis septante ans. Cela fait septante ans que le problème n'est pas réglé! Les gens tiennent les propos suivants au Liban : est-ce qu'on va faire la même chose avec les nouveaux réfugiés? est-ce qu'on en a aussi pour trente, quarante, cinquante ans? Désormais, les durées moyennes de séjour dans les camps, ce n'est pas une ou deux années, mais plutôt dix-huit ou vingt ans.
Ces situations impliquent vraiment la mise en oeuvre de ce que nous vous proposons: une vision consistant à additionner les éléments. Mettre en oeuvre des solutions politiques implique que la Suisse s'engage. Elle doit le faire, parce qu'elle a des responsabilités en matière de politique de paix, de bons offices, de médiation, de facilitation, de diplomatie humanitaire. La Suisse est parfois la seule, en tant qu'Etat, à pouvoir dialoguer avec tout le monde. Elle négocie les accès humanitaires avec la Syrie et l'Iran et ceux-ci commencent à s'améliorer, mais c'est très dur pour les gens qui sont laissés pour compte dans la crise syrienne.
Cette addition constructive d'éléments, nous la pratiquons aussi ailleurs. Nous l'avons pratiquée en Ukraine, vous le savez bien. Dans tous les domaines, nous avons maintenu la médiation que nous avions lancée en 2014 par le biais de la présidence de l'OSCE. Nous avons maintenu et développé les relations bilatérales. Nous développons le déploiement de l'aide humanitaire. Le cinquième convoi suisse arrive ces jours-ci à la frontière de l'Est, sur la ligne de contact. La Suisse est le seul acteur étatique qui peut envoyer des convois humanitaires des deux côtés avec l'accord des deux parties. Que se passe-t-il? A cause de nous, les installations qui produisent de l'eau potable peuvent fonctionner et elles fonctionnent toujours pour les deux côtés. Sans l'action de la Suisse, l'un ou l'autre des belligérants se serait emparé de la production d'eau potable. Grâce à la Suisse, grâce au convoi qui arrivera prochainement, 4 millions de personnes auront de l'eau potable pendant une année. Cela, c'est la tradition humanitaire suisse. De plus, nous agissons en partenariat avec des entreprises privées, qui nous ont offert le sable qui permet de filtrer l'eau pour la purifier afin de la rendre potable. Je passe sur les détails techniques qui me dépassent. Néanmoins, c'est une opération qui est vraiment révélatrice de ce que nous pouvons faire.
Il me paraît aussi important de vous dire qu'il faut investir longtemps pour mettre en place des partenariats migratoires. Nous allons intensifier notre action; nous avons très bien compris le message.
Prenons l'exemple du Sri Lanka. Lors du tsunami, le 26 décembre 2004, la coopération suisse était présente et active au Sri Lanka. Elle a tout de suite apporté de l'aide. Je me suis rendu sur place et j'ai pu voir que des villages avaient été entièrement reconstruits grâce à la coopération suisse. Vous ne pouvez pas savoir à quel point cela a été important pour les gens, car ils avaient tout perdu dans la catastrophe. Ces mêmes personnes, qui avaient tout perdu à cause du tsunami, ont de nouveau tout perdu - je précise que tout a été reconstruit une nouvelle fois - à cause de la guerre. Dans les deux cas, la Suisse était là. Toutes ces actions - [PAGE 658] pas bien grandes, parfois même toutes petites - sur le plan de la sécurité humaine ont formé une base qui a instauré la confiance. Quand un gouvernement a vraiment voulu changer les choses - c'est le cas maintenant au Sri Lanka -, il s'est adressé à nous. Par conséquent, nous pouvons aussi agir dans l'intérêt de la conditionnalité stratégique, d'un partenariat stratégique ou en tout cas d'un accord de migration avec le Sri Lanka, qui est en cours de négociation.
C'est important que vous compreniez qu'il faut beaucoup de temps pour gagner la confiance des pays, pour pouvoir obtenir, en retour, ces éléments d'intérêt que nous devons avoir.
Dans ce contexte difficile, il faut un cadre des moyens qui soit clair et il faut des priorités. En ce qui concerne le cadre des moyens, puisque vous avez déjà commencé un peu à débattre des détails à ce sujet, il y a les crédits-cadres. Cela signifie que l'on planifie les engagements à long terme sur la base de ces crédits-cadres. Nous devons donc les obtenir aussi vite que possible, c'est pourquoi le Conseil fédéral les demande en début de législature. Cela lui permet de planifier des engagements qui dureront d'ailleurs plus de quatre ans. Il faut faire la différence, évidemment, avec les crédits de paiement, mais les choses sont assez proches. Pour fixer ce cadre d'engagement, le Conseil fédéral - j'aimerais vraiment insister là-dessus en son nom - a débattu de l'ensemble des principales tâches de l'Etat et il a recherché un équilibre.
Ich denke, es sollte hier im Ständerat möglich sein zu verstehen, was der Bundesrat gemacht hat. Wir haben wirklich ein Gleichgewicht gesucht und nicht einfach sektoriell gesagt, was man wo tun muss. Wir sagen auch nicht einfach, dass wir überall um 2 Prozent kürzen. Wir haben geprüft, was von uns aus politisch richtig ist, was möglich ist und wo wir das Gleichgewicht behalten können. Darum drehten sich die Diskussionen, und es gab viele. Verschiedene Kürzungen haben wir selbst entschieden und werden dem Parlament verschiedene Vorschläge unterbreiten, zum Beispiel das Stabilisierungsprogramm.
A notre avis, nous avons véritablement trouvé une solution qui se défend. Le domaine de la coopération internationale a connu ces dernières années de fortes augmentations voulues par le Parlement - vous avez raison. Ces fortes augmentations ont été atteintes, bien que la mission n'ait pas été si simple, que l'opération ait été difficile à réussir. Nous avons atteint 0,5 pour cent du revenu national brut en 2015, comme prévu. Nous avons donc décidé que ce domaine fournirait à peu près 20 à 25 pour cent des efforts du programme de stabilisation, alors qu'il ne représente que 3 à 4 pour cent des dépenses de la Confédération. La part des efforts est à peu près sept fois plus grande que la part de ce domaine dans les dépenses. C'est la réalité.
La réalité est de savoir maintenant si cet équilibre est suffisant ou non. C'est évidemment une appréciation politique. Le Conseil fédéral vous recommande bien sûr de ne pas accepter les yeux fermés ce qui vous est proposé, mais il y a une logique, une réflexion et un équilibre politique là-derrière. Dans son ensemble, le Conseil fédéral ne s'est pas fait l'avocat des différents domaines, mais il a cherché une solution que l'on puisse défendre, comme je le fais maintenant, devant le Parlement. Nous sommes d'avis que cet équilibre est juste, que tout changement important de cet équilibre posera des problèmes, qui se répercuteront non seulement sur la suite des opérations, mais aussi de manière générale sur la volonté de recherche de compromis dans ce pays.
Vous avez répété aussi que la population ne comprenait plus, etc. Pour ma part, j'ai toujours l'impression que chacun entend ce qu'il veut bien entendre de ce qui dit la population. Personnellement, j'entends beaucoup d'autres choses. Si l'on regarde un fait très objectif, comme l'enquête menée chaque année par l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich, on constate qu'en 2015, la population, à 68 pour cent, estimait qu'il fallait faire plus dans le domaine de la coopération internationale, et non pas maintenir les moyens à disposition. Dans l'esprit de Monsieur Bischof, il faut faire preuve d'autocritique.
Man muss selbstkritisch sein. Ich werde selbstkritisch, wenn 68 Prozent der Schweizer Bevölkerung zurzeit - also 2015 - eigentlich für mehr Entwicklungshilfe wären. Das sind die Zahlen aus der Studie "Sicherheit 2015" der ETH Zürich. Wenn man selbstkritisch ist, heisst das auch, dass noch 32 Prozent der Bevölkerung zu gewinnen sind. Das stimmt, es gibt noch 32 Prozent, die bezüglich Entwicklungshilfe nicht so denken. Aber eine grosse Mehrheit, mehr als zwei Drittel, ist der Meinung, dass wir noch mehr tun könnten. Warum? Weil es in unserem Interesse ist und unseren Werten entspricht. Ich glaube, die Bevölkerung sieht das in dieser Richtung.
Le Conseil fédéral, dans la situation financière actuelle, estime qu'il faut faire un effort de stabilisation après une période d'augmentation des ressources mises à disposition, puis de baisse. Nous allons en fait les augmenter un petit peu, mais nous estimons que c'est possible.
Monsieur Damian Müller, vous avez demandé quel serait l'effet d'une réduction, telle que celle visée par la proposition Germann. Cela concerne la discussion par article, mais je vais vous répondre, même si nous menons actuellement le débat d'entrée en matière. Vous m'excuserez donc d'entrer un peu dans les détails. Monsieur Germann propose une réduction de 430 millions de francs répartie de manière inégale selon les crédits. En gros, sans entrer dans les détails, ce sont clairement les crédits touchant au développement, à la coopération économique et à la coopération à la transition dans les pays de l'Est qui sont réduits.
Voyons quelles pourraient être les conséquences de ces diminutions. Il faut se rendre compte que, dans notre situation, après une réduction d'environ un milliard de francs par rapport à ce qui était initialement prévu, y compris par le programme de stabilisation, on ne peut plus procéder à des réductions linéaires, mais il faut choisir certains projets. Alors oui, nous choisirions les projets, le cas échéant, mais qu'est-ce que cela signifierait pour le crédit-cadre relatif à la coopération technique et à l'aide financière en faveur des pays en développement? Cela toucherait ce que l'on fait en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et dans l'Hindou Kouch. En Afrique du Nord, en ce qui concerne le développement, nous sommes globalement actifs en Tunisie et en Egypte. Cela toucherait aussi le Moyen-Orient - mais pas le domaine humanitaire, pour lequel nous sommes nettement plus engagés - ainsi que l'Afghanistan. Tous ces programmes, théoriquement, seraient touchés si on procédait à l'économie demandée. Sinon, il faudrait choisir encore d'autres régions. Par exemple, si on visait l'Afrique sahélienne, on devrait quitter trois des cinq pays prioritaires, en tout cas, pour arriver à faire l'économie demandée. On peut encore choisir d'autres combinaisons, mais cela devient difficile de simplement couper un peu partout; il faudrait donc choisir des priorités.
Pour la coopération économique avec le SECO, ce qui est demandé correspondrait à un grand pays prioritaire en moins, par exemple la Tunisie ou, en Amérique latine, la Colombie ou le Pérou. Pour le "crédit Est", si on devait faire ce qui est demandé, ce qui est beaucoup - alors même qu'à l'Est, il y a d'énormes problèmes actuellement, il y a des tensions de plus en plus grandes qui concernent directement la Suisse en termes de migration comme en termes de sécurité au sens large -, cela voudrait dire que, si on ne prend que les Balkans, par exemple, il faudrait abandonner le Kosovo et la Bosnie-Herzégovine, qui posent problème. Je sais qu'on n'a pas toujours de bons résultats avec certains de ces pays, mais ce n'est pas une raison pour les abandonner maintenant. Je dirai même que c'est une raison pour y renforcer notre action.
Ce qui a été dit aussi par Monsieur Germann, c'est qu'il faudrait enfin faire davantage en matière de formation professionnelle. Et c'est précisément ce que l'on a fait: de 2013 à 2016, nous avons permis la formation professionnelle de 300 000 personnes, surtout des jeunes filles et des jeunes femmes, dans vingt pays. Le Conseil fédéral a dit que, pour 2017-2020, les moyens seraient stabilisés - on réduit un petit peu puis on augmente pour stabiliser; avec ces moyens, [PAGE 659] même stabilisés, il devra y avoir un déplacement fort, à l'intérieur du crédit, vers la formation, puisque l'on ne double pas, mais que l'on augmente de 50 pour cent. Donc, comme ce qui a été fait de 2013 à 2016, on voudrait augmenter de 50 pour cent, ce qui représente - je crois - quelque chose comme 250 millions de francs de plus. C'est clair que cela sera remis en cause, si vous réduisez les montants. Voilà en ce qui concerne les aspects financiers.
S'agissant des priorités, nous les avons vues en détail en commission. Je les énumère seulement de manière générale. La première priorité du Conseil fédéral, c'est la recherche de solutions aux conflits. Donc, on veut renforcer notre action en termes de médiation et de construction de ponts - je n'entre pas dans les détails, je le répète, il y aurait beaucoup à dire. C'est ce que vise, par exemple, notre projet sur l'utilisation des droits de l'homme comme système d'alarme ainsi que notre plan d'action contre l'extrémisme violent, comme cela a été mentionné dans plusieurs interventions aujourd'hui.
La deuxième priorité est l'aide aux victimes. Pour ce faire, on renforce l'aide humanitaire traditionnelle, mais aussi la résilience, donc on renforce de plus en plus ce qui relève du développement et de la prévention aussi.
La troisième priorité est l'engagement dans des contextes fragiles et la réduction de la pauvreté. Dans ce domaine, on s'est focalisé sur une augmentation des moyens destinés à l'Afrique du Nord, à l'Afrique subsaharienne et également au Moyen-Orient. Nous avons décidé également de mettre l'accent, comme je l'ai déjà dit, sur la formation et sur les organisations internationales prioritaires.
Les organisations prioritaires pour nous sont le Comité international de la Croix-Rouge, le Programme des Nations Unies pour le développement, l'Unicef, Onusida, ONU Femmes, les banques multilatérales et, nouvellement, le Partenariat mondial pour l'éducation, ce qui va exactement dans le sens de ce que disait Monsieur Germann. Nous avons donc aussi décidé, sur un plan multilatéral, de mettre un accent plus fort sur le Partenariat mondial pour l'éducation.
La quatrième priorité, c'est la réduction des risques globaux. Sont compris, très clairement, tous les crédits nécessaires à la Suisse pour tenir ses engagements en matière de changements climatiques, donc les suites de l'Accord de Paris sur le climat de l'année passée. Si on coupe, il faudra à un moment donné se poser la question de savoir si ces engagements peuvent toujours être tenus, mais c'est largement lié à ces crédits-cadres. Pour la sécurité alimentaire, pour la santé dans le domaine de l'eau, on fera beaucoup plus, mais je ne m'attarde pas.
En ce qui concerne la migration, qui est aussi un des grands défis, j'aimerais préciser ici deux ou trois choses. Tout d'abord, on mobilise tous les crédits-cadres sur le thème de la migration et, en effet, comme l'a dit le rapporteur de manière très complète, il y a l'action directe. En gros, il y a la protection - c'est essentiellement cela, essayer de protéger sur place -, puis la résilience et la prévention. Par conséquent, il y a l'aide directe et l'aide indirecte. Mais sans l'aide indirecte, on prépare les crises à venir. On doit donc faire véritablement les trois: prévention, résilience, protection. Malgré cela, on ne peut pas toujours garder tout le monde dans son pays, mais on tente au moins de leur permettre de rester dans leur zone, afin de leur éviter autant que possible les affreux déplacements - non seulement l'arrivée dans nos pays qui pose des problèmes - mais aussi et surtout les risques associés à ces déplacements sur ces routes et sur ces voies maritimes. C'est ce qui est fait et cela représente 1 franc sur 5 des crédits-cadres; 20 pour cent des crédits-cadres concernent donc la migration. Nous allons intensifier notre aide géographiquement aussi, puisque nous allons agir plus en Afrique et au Moyen-Orient, des régions qui sont à l'origine des problèmes migratoires principaux pour la Suisse. On est déjà bien positionnés partout, que ce soit dans la région syrienne au sens large, aux Balkans, dans la Corne de l'Afrique, sauf en Erythrée - dont on parlera tout à l'heure et qui est un problème, mais c'est le seul. Sinon, on est partout. Bien sûr que l'on ne réussit pas tout partout, il faut rester modeste et "selbstkritisch" mais, cela dit, on y est déjà. On a donc déjà ces priorités géographiques, par exemple aussi dans la région des Grands Lacs, au Pakistan, en Afghanistan et puis au Sri Lanka dont j'ai déjà parlé.
Dans le domaine de la migration et de l'aide au développement, nous sommes favorables à la conditionnalité stratégique - j'y reviendrai si nous menons une discussion par article. Nous estimons que la proposition de la Commission de politique extérieure est très juste: elle précise et clarifie l'article 1a, qu'avait ajouté le Conseil national au projet d'arrêté 1. C'est exactement ainsi que nous voyons l'intensification du travail en la matière et du lien à faire entre coopération internationale et politique migratoire. Ce lien n'est pas trop strict mais il est stratégique: il permet d'obtenir des résultats dans l'intérêt des pays de provenance comme de la Suisse, et dans une procédure de dialogue et de coopération qui se base aussi sur les causes profondes des problèmes. Tout y est, et nous soutenons cette proposition.
La dernière priorité que je voulais évoquer ici est le travail avec le secteur privé. Il s'agit non seulement des partenariats public-privé que nous développons, mais également de tout le travail en partenariat avec les ONG bien déployées sur le terrain et qui font aussi un travail remarquable, souvent aussi au nom de notre pays.
Nous vous remercions de bien vouloir entrer en matière et de soutenir les propositions de votre commission. Nous les soutenons toutes nous aussi. Nous estimons qu'elles permettent de compléter le projet et de montrer clairement la ligne politique voulue par le Parlement. Nous nous exprimerons si nécessaire sur certaines d'entre elles dans la discussion par article, notamment sur la question des évaluations, de la conditionnalité stratégique ou de la planification financière pour atteindre d'ici à 2028 une part de 0,7 pour cent du revenu national brut consacrée à l'aide publique au développement.